Un parcours différent : Fréquenter un collège d’état-major sud-américain (La Revue de l'ARC - AUTOMNE 2015 - Volume 4, Numéro 4)

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Par le lieutenant-colonel Loïc Roy, CD, MSc

Introduction

Le présent article vise à mieux faire connaître aux officiers de l’Aviation royale canadienne (ARC) la possibilité de fréquenter un collège d’état-major étranger reconnu en Amérique du Sud, et à leur donner un aperçu de ce en quoi cela consiste. Étant donné qu’il n’y a pas beaucoup d’officiers de l’ARC qui ont fréquenté un collège d’état-major en Amérique du Sud, j’espère que cet article fournira des renseignements utiles qui aideront quiconque se trouve dans un tel processus de prise de décisions et envisage de fréquenter un collège d’état-major sud-américain et de soumettre sa candidature.

Fréquentation par des membres des Forces armées canadiennes d’un programme de commandement et d’état-major interarmées étranger reconnu en Amérique du Sud

J’ai eu le privilège de fréquenter l’Escuela Superior de Guerra Aérea (Collège d’état-major de la Force aérienne) de l’Argentine à Buenos Aires de janvier à décembre 2011. C’était la première fois qu’un officier de l’ARC suivait officiellement ce cours. Il y a un cycle de trois ans pour les officiers des Forces armées canadiennes (FAC) qui fréquentent des collèges d’état-major sud-américains, et ce cycle peut se résumer ainsi :

  • 1 officier de l’ARC est envoyé au Collège d’État-major de la Force aérienne du Brésil pour un cours d’un an (donné en portugais du Brésil);
  • L’année suivante, 1 officier de la Marine royale canadienne (MRC)  ou 1 officier de l’ARC est envoyé au Collège d’état-major de la Force aérienne ou de la Marine de l’Argentine (cours donné en espagnol);
  • La troisième année du cycle, 1 officier de la MRC est envoyé au Collège d’état-major de la Marine du Chili (cours donné en espagnol);
  • Le cycle recommence.

C’est de toute évidence une merveilleuse occasion, et ce ne sont peut-être pas tous les conseillers de branche de l’ARC, tous les superviseurs de la chaîne de commandement, tous les gestionnaires de carrières ou tous les officiers de l’ARC qui la connaissent. Il est important de noter que si le candidat des FAC choisi ne parle pas la langue étrangère voulue, une certaine formation linguistique (normalement un an) pourrait être requise à une école des langues des Forces canadiennes.

L’expérience du Collège d’état-major de la Force aérienne de l’Argentine

Le public cible

Dans la classe de 2011, il y avait 54 stagiaires de l’aviation, dont sept étaient des étrangers provenant du Brésil, du Chili, du Canada, de la République dominicaine, des États‑Unis et du Vénézuela. Parmi les stagiaires, on comptait des opérateurs de l’aviation (p. ex. des pilotes, des navigateurs et des spécialistes du renseignement) et des membres des groupes professionnels de soutien de l’aviation (p. ex. des spécialistes de la maintenance, de la logistique et des communications), des membres de groupes professionnels spécialisés qui n’existent pas dans notre structure actuelle de l’ARC (p. ex. des officiers de l’artillerie antiaérienne et des membres des forces spéciales). Durant les discussions et les exercices, cette diversité des groupes professionnels permettait à toute la classe de puiser dans une vaste gamme d’expériences et d’opinions. Pour ce qui est du grade, parmi les stagiaires, cela allait des capitaines supérieurs aux lieutenants-colonels, et parmi le personnel de l’instruction, des majors aux colonels.

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Le programme de cours

Similairement à ce qui se fait au Programme de commandement et d’état-major interarmées (PCEMI) du Collège des Forces canadiennes (CFC) à Toronto, les principaux sujets incluaient la doctrine aérienne, le leadership, la planification opérationnelle et des campagnes aériennes, la géopolitique, les concepts de la maintenance et du soutien logistique, pour n’en nommer que quelques-uns. Il fallait aussi rédiger un article de recherche (niveau de la maîtrise) en espagnol sur un thème connexe. Le programme de cours incluait des travaux en groupe d’analyse et d’examen de la documentation, ainsi que des séminaires internationaux présentés par des experts argentins reconnus sur toute une gamme de sujets. On ne sera pas surpris d’apprendre que la plupart des exercices portaient sur la tristement célèbre guerre des Malouines de 1982.

Le cours diffère du PCEMI du CFC de par le ton argentin / sud-américain que prenait la plupart des discussions, et le fait que ce cours porte surtout sur la Force aérienne, et tient peu compte des opérations interarmées. Cela donnait lieu constamment à des questions de la part des participants au cours, étant donné que l’une des principales raisons de la défaite argentine durant la guerre des Malouines était clairement et ouvertement attribuée au manque de « cohésion interarmées » entre leurs trois services. Malgré un décret présidentiel qui a ordonné aux forces armées de l’Argentine d’adopter une posture interarmées en 1983, il y a encore beaucoup de résistance interne aux plus hauts niveaux à l’exécution de cette transformation interne des plus nécessaires.

Le processus de planification opérationnelle argentin / sud-américain

Tous les trois services des Forces armées de l’Argentine utilisent un processus de planification opérationnelle (PPO) appelé le Proceso de Planificación de Comando (PPC) ou, en français, le processus de planification de commandement. L’essence et la séquence de ce processus sont assez semblables à celles du PPO des FAC, à part quelques exceptions clés.

Une différence structurelle fondamentale est que, contrairement aux systèmes de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) ou canadiens, la plupart des quartiers généraux (de composantes ou interarmées) des nations sud-américaines sont structurés selon des codes J/A [Interarmées et Air) qui vont de J/A 1 à J/A 5, comme l’illustre la figure 1.

La figure 1 montre la hiérarchie des quartiers généraux des forces armées sud américaines. Le commandant est au sommet de la hiérarchie. Le chef d’état-major relève directement du commandant. Sous le chef d’état-major se trouvent les cinq composantes interarmées/aériennes : 1 (Personnel), 2 (Renseignement), 3 (Opérations et plans), 4 (Logistique) et 5 (Communications). Fin de la figure 1.

Figure 1. Structure typique d’un quartier général de forces armées sud-américaines

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La seconde exception fondamentale est la façon dont ils produisent leurs plans d’action durant leur PPC. À l’étape précédant l’établissement des plans d’action, leur processus exige l’énumération de tous les facteurs potentiels qui peuvent avoir une incidence sur le succès de la mission (facteurs géographiques, ressources et capacités amies et ennemies, conditions météorologiques, logistique, etc.). Pour les scénarios sur lesquels nous nous sommes penchés, cela voulait dire établir et énumérer plus de mille facteurs. Une fois que tous les facteurs étaient consignés, ils étaient combinés durant une phase d’analyse en un ensemble de 10 à 15 facteurs critiques présentés au commandant à des fins d’approbation. Une fois approuvés, ces facteurs critiques servaient ensuite de base à l’élaboration du plan d’action. Il est à noter qu’il fallait tenir compte de chacun de ces facteurs critiques dans chaque plan d’action. Lorsqu’on compare leur système au nôtre, on voit que leur processus est clairement fondé sur une approche situationnelle plutôt que sur une technique axée sur un centre de gravité. Cette différence clé était un changement de paradigme pour l’officier de la United States Air Force (USAF) et moi, et a donné lieu à beaucoup de discussions en classe. À titre d’essai et au moyen du même scénario, l’officier de la USAF et moi avons élaboré des plans d’action au moyen de l’approche du PPO standard de l’OTAN, alors que les officiers sud-américains utilisaient le processus appris en classe. Il était intéressant de voir certaines différences clés dans le plan d’action final produit, selon le processus utilisé. À partir de cet exemple, et étant donné que les deux approches examinent le problème de points de vue différents, nous avons pu évaluer les avantages et les désavantages et obtenir une certaine appréciation des limites respectives des deux approches.

Mot de la fin

Dans l’ensemble, mon expérience en Argentine a été vraiment remarquable — tant pour l’expérience professionnelle que j’ai acquise que pour les nouveaux amis et les nouveaux contacts sud-américains que je me suis faits. Par chance, suite à mon affectation en Argentine (avec ma maîtrise de l’espagnol en poche et une assez bonne compréhension des affaires militaires sud-américaines), j’ai été affecté au Commandement Canada / Commandement des opérations interarmées du Canada (COIC) à la section Hémisphère occidental, un travail intéressant et stimulant qui offre, selon moi, un excellent rendement par rapport à l’investissement. En 2014, j’ai été affecté à l’ambassade canadienne à Mexico, en tant qu’attaché adjoint de défense du Canada, une merveilleuse affectation où encore là, il m’a été possible de tirer profit de tout ce que j’avais appris au Commandement Canada / COIC et, de façon encore plus importante, pendant que j’étais en Argentine.

J’espère que le présent article vous aura mieux fait connaître la teneur des occasions qu’offrent les collèges d’état-major sud-américains aux officiers de l’ARC et les possibilités d’affectation qui peuvent s’ensuivre. Les compétences et l’expérience acquises durant ce cours peuvent mener à des affectations inhabituelles, mais extrêmement intéressantes.


Le lieutenant-colonel Loïc Roy est un ingénieur en aérospatiale qui est affecté à l’heure actuelle à l’ambassade canadienne à Mexico en tant qu’attaché adjoint de défense du Canada. Il a travaillé avec le CF188, le CC130 et le CC130J, au sein de l’organisation du Sous-ministre adjoint ( Matériels) et au Commandement Canada / COIC. Il a suivi le PCEMI étranger du Collège d’état-major de la Force aérienne de l’Argentine en 2011.

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Abréviations

ARC―Aviation royale canadienne
CFC―Collège des Forces canadiennes
COIC―Commandement des opérations interarmées du Canada
FAC―Forces armées canadiennes
J/A―interarmées/air
MRC―Marine royale canadienne
OTAN―Organisation du Traité de l’Atlantique Nord
PA―plan d’action
PCEMI―Programme de commandement et d’état-major interarmées
PPC―Proceso de Planificación de Comando
PPO―processus de planification opérationnelle
USAF―United States Air Force

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