La Force opérationnelle aérienne de l’ARC – la petite nouvelle (La Revue de l'ARC - AUTOMNE 2015 - Volume 4, Numéro 4)

Table des matières

 

Par le lieutenant-colonel Pux Barnes, CD, M.A.

 

Combien d’enfants de deux ans peuvent non seulement marcher, parler et jouer de façon indépendante, mais aussi voyager à travers le pays et le monde à moins de 24 heures d’avis, prêts à jouer un rôle crucial dans des activités de toutes sortes, depuis l’aide humanitaire jusqu’à des opérations complètes, et ce, pendant plusieurs mois consécutifs?

De nombreux parents seront fiers de vous raconter à quel point leur enfant de deux ans est intelligent et capable, mais je vous parie que leurs enfants (même s’ils sont certainement plus mignons) n’arrivent pas à la cheville de la petite nouvelle des Forces armées canadiennes (FAC), la Force opérationnelle aérienne (FOA). Les leçons apprises durant des opérations passées comme l’opération (Op) APOLLO/l’Op ATHENA (Afghanistan, 2003–2011), l’Op HESTIA (Haïti, 2010) et l’Op MOBILE (Libye, 2011) ont mis au jour des tendances selon lesquelles les capacités déployables de l’Aviation royale canadienne (ARC) souffraient d’un certain manque de capacité de planification, d’une structure de commandement qui changeait constamment et des difficultés certaines associées au fait que différentes communautés travaillaient au sein d’un ensemble. Le concept de FOA a été mis au point pour corriger ces problèmes et pour donner une structure et de la prévisibilité à la façon dont l’ARC constitue ses forces déployables, tout en améliorant la contribution apportée aux opérations.

Publié en mai 2014 sous le titre « Note de doctrine aérienne 14/01 – Aviation royale canadienne – Commandant de la Force opérationnelle aérienne : définitions, rôles et responsabilités », le concept de la FOA a de fait contribué à donner une forme au développement et à l’utilisation de la puissance aérienne en appui à de nombreuses opérations expéditionnaires au pays et à l’étranger. Mais, un instant, n’allons pas trop vite. Afin de comprendre où la FOA nous a amenés, il faut voir rapidement comment tout cela a commencé.

Cplc Marc-André Gaudreault, caméra de combat des Forces canadiennes, IS2013 2006 023

Un CC150 Polaris de l’Aviation royale canadienne ayant à son bord des membres de l’Équipe d’intervention en cas de catastrophe des Forces armées canadiennes arrive à l’aéroport municipal d’Iloilo durant l’opération RENAISSANCE 13-1, le 16 novembre 2013.

Un centre de guerre, une doctrine C2 et un général – Les débuts de la FOA

En 2012, le Centre de guerre aérospatiale des Forces canadiennes (CGAFC) a terminé un processus de 27 mois sur la recherche, la rédaction, l’examen en collaboration et l’amélioration de la première doctrine de commandement et contrôle (C2) depuis la fin de la guerre froide, la publication B-GA-401-000/FP-001. La « 401 », comme elle est communément désignée, a immédiatement commencé à produire des dividendes, puisqu’elle offre non seulement un cadre pour le C2 de la puissance aérienne, mais elle sert également de guide du commandant sur ce que l’ARC devait faire pour s’assurer d’utiliser efficacement la puissance aérienne.

Bien qu’il s’agisse d’une doctrine utile à cet égard, la 401 ne pouvait cependant pas dire aux commandants comment utiliser la puissance aérienne. Il faudrait pour cela un autre genre de guide, un guide qui fournirait des détails plus précis sur la façon dont l’ARC devrait organiser ses forces en vue de leur utilisation; un guide qui exigerait l’assentiment de l’ensemble de l’ARC sur la façon de travailler ensemble comme une force homogène.

Le concept de FOA a pris naissance à la fin de 2012 en réponse à un défi lancé au CGAFC par le major-général (Mgén) Pierre St-Amand, alors commandant (cmdt) de la 1re Division aérienne du Canada (1 DAC). Lorsque l’auteur lui a demandé ce que le Centre de guerre pouvait faire pour la force opérationnelle aérienne maintenant que la 401 était en vigueur et utilisée, le Mgén St-Amand a répondu immédiatement. Dessinant un rectangle en l’air avec ses doigts, il a suggéré que nous pourrions aider en définissant une boîte qui deviendrait la clé de la mise sur pied et l’emploi d’une force pour livrer la puissance aérienne de l’ARC d’une façon qui permettrait de briser le cycle négatif actuel de planification et d’exécution ad hoc. « Définir la boîte, trouver la meilleure façon d’en assurer le commandement et le contrôle... et surtout, me fournir des options pour tous les types d’opérations[1]. » Rien que ça, hein?

Haut de la page

Dix-huit mois plus tard, après beaucoup de travail de développement en jeu de guerre et après avoir obtenu l’adhésion de tous les intervenants de l’ARC, le concept de FOA a été approuvé par le cmdt de l’ARC, le lieutenant-général Yvan Blondin, le 26 mai 2014. En réalité, il y avait près d’un an que l’ARC utilisait le concept de FOA pendant son développement, à partir d’ébauches de ce qui allait devenir le plan final.

Une FOA est « un regroupement temporaire de formations, d’escadrons, d’unités ou de détachements opérationnels/tactiques, formés dans le but d’exécuter une opération, une mission ou une tâche précise[2] ». En bref, une FOA peut être simple et de petite taille (quelques aéronefs et le personnel connexe) ou de grande taille et complexe. Les FOA plus importantes peuvent comprendre des détachements aériens navigants et non navigants, un quartier général (QG) propre à la FOA, et même une escadre expéditionnaire aérienne offrant les services d’un élément de soutien opérationnel, d’un élément de soutien de mission et d’un élément de protection de la force. Pour comprendre une FOA, il faut comprendre qu’elle est modulable en fonction de la tâche et qu’elle présente souvent un aspect différent des autres FOA.

Contrairement à l’Armée canadienne ou à la Marine royale canadienne, il arrive rarement que l’ARC place la totalité d’un escadron ou d’une unité en haut niveau de préparation et le déploie ensuite pour une période prolongée. En temps normal, seule une partie d’un escadron ou d’une unité est placée en haut niveau de préparation tout au long de l’année et déployée à court préavis sous la forme d’un détachement aérien tactique, navigant et non navigant. Lorsque plusieurs détachements aériens sont déployés pour former une FOA, l’ARC doit aussi fournir le personnel et la structure de C2 de la FOA. Fournir un élément C2 à haut niveau de préparation pour assurer le commandement et le contrôle de FOA de taille et de composition variées exige de l’ARC une solution C2 robuste et bien planifiée – c’est ce qui est au cœur du concept de FOA.

FOA Mali, 2013

La première opération durant laquelle le nouveau concept de FOA a été mis en application a eu lieu lorsque les FAC ont appuyé l’Op SERVAL, l’intervention militaire de la France au Mali, en Afrique de l’Ouest, du 15 janvier au 31 mars 2013. Le mandat de la FOA Mali se limitait au transport aérien et excluait spécifiquement le combat. Le transport aérien portait sur le personnel, les véhicules et l’équipement de ravitaillement comme la nourriture, l’eau et l’équipement médical.

La contribution du Canada aux opérations de la France au Mali a pris la forme d’un aéronef de transport lourd CC177 Globemaster III et d’environ 40 membres de l’ARC, les équipages et l’équipe d’entretien provenant du 429e Escadron de transport et les techniciens de mouvement du 2e Escadron de mouvements aériens, deux unités de la 8e Escadre Trenton, dans le sud de l’Ontario.

Le CC177 a quitté Trenton pour l’Europe le 15 janvier 2013 et effectué sa première sortie opérationnelle de ce déploiement le 17 janvier; il transportait alors un véhicule blindé léger français, des fournitures médicales et des munitions entre Évreux en France et la capitale du Mali, Bamako. Au total, la FOA Mali a effectué 48 vols et transporté environ 3 561 000 livres (1 615 240 kg) de fret.

La FOA Mali marque également la première occasion où un officier de l’ARC a assuré le commandement d’une FOA. Le major Bill Church du 429e Escadron de transport a exercé les rôles et responsabilités élargis de cmdt FOA, relevant du Commandant de la composante aérienne de la force interarmées (CCAFI) à Winnipeg.

Haut de la page

Sergent Matthew McGregor, Caméra de combat des Forces canadiennes © 2013 DND-MDN Canada IS2013-1008-12

Troupes françaises montant à bord d’un CC177 Globemaster III des Forces canadiennes à la Base aérienne 125 Istres-Le Tubé à Istres.

Opération LENTUS 13-1, 2013

L’Op LENTUS 13-1, réponse interarmées des FAC à la demande d’assistance du gouvernement de l’Alberta, a été menée pour fournir de l’assistance humanitaire à la suite des graves inondations qui ont sévi dans le sud de l’Alberta. L’Op LENTUS a offert des services d’atténuation et de prévention des inondations aux autorités provinciales. Le personnel, les véhicules, l’équipement et les aéronefs affectés à l’Op LENTUS sont passés sous le commandement opérationnel du cmdt du Commandement des opérations interarmées du Canada (COIC) et le contrôle opérationnel du cmdt de la Force opérationnelle interarmées (Ouest) [FOIO] à Edmonton, en Alberta.

Les hélicoptères de recherche et sauvetage CH149 Cormorant de l’ARC des bases Comox, en Colombie-Britannique, et Cold Lake, en Alberta, ont été les premiers à être appelés pour aider la Gendarmerie royale du Canada à effectuer des opérations d’évacuation terrestres, de recherche de personnes disparues et d’extraction des propriétaires de maison et des membres de leurs familles réfugiés sur les toits. Au plus fort de l’Op LENTUS, environ 2 300 soldats, marins et aviateurs étaient déployés à Calgary, Canmore, Cochrane, Red Deer, High River, Airdrie et Medicine Hat. La FOA était composée d’environ 100 membres du personnel et de six hélicoptères CH146 Griffon, deux hélicoptères CH149 Cormorant, un avion de transport CC130 Hercules et un avion de surveillance CP140 Aurora.

L’une des premières opérations menées selon le projet de doctrine, la FOA LENTUS, a fait appel au directeur de l’Élément de coordination de la composante aérienne (ECCA) comme cmdt FOA. Ce choix a été fait par le CCAFI pour capitaliser sur la compréhension que le directeur de l’ECCA avait de la région, sa connaissance de la situation et la confiance qui était déjà établie entre lui et le cmdt FOIO. En utilisant l’expert de la puissance aérienne dans la région comme cmdt de la FOA, la FOIO a été en mesure d’accélérer l’emploi de la FOA et de diminuer le temps de réponse afin qu’il passe de quelques jours à quelques heures.

Haut de la page

Cplc Patrick Blanchard, Caméra de combat des Forces canadiennes IS2013-3025-07

Les membres du Lord Strathcona’s Horse (Royal Canadians) aident l’équipe de recherche et de sauvetage à évacuer des gens qui étaient prisonniers du William Watson Lodge dans le parc provincial Peter Lougheed durant l’Op LENTUS, à Calgary, en Alberta, le 22 juin 2013.

Opération IMPACT, 2014-2015

L’Op IMPACT est la contribution des FAC à la Force de stabilisation au Moyen-Orient – la coalition multinationale visant à freiner et à neutraliser le groupe État islamique en Irak et en Syrie (EI) en République d’Irak et en Syrie.

Environ 600 membres des FAC sont déployés dans le cadre de la Force opérationnelle interarmées Irak (FOI-I), qui comprend des responsables de la planification et de la liaison pour travailler avec les États-Unis et les autres partenaires de la coalition, les éléments de soutien aux équipages aériens, l’élément de commandement et de contrôle, l’élément de logistique et la FOA. Appliquant la doctrine C2 interarmées des FAC, le cmdt de la FOA déployée, subordonné au cmdt FOI, est responsable de la liaison avec le quartier général de l’élément aérien de la coalition, tout en assurant des effets aériens tactiques en effectuant des missions. Dans le théâtre, une relation positive s’est établie entre le QG FOI et le QG FOA afin d’assurer une circulation fluide de l’information et le maintien en puissance.

La Force opérationnelle aérienne ‑ Irak (FOA‑I) contribue aux opérations aériennes de la coalition contre l’EI. L’extension et l’expansion de la mission ont permis à l’ARC d’effectuer des frappes contre des cibles de l’EI en Irak et en Syrie. L’utilisation de la puissance aérienne a contribué à la destruction d’infrastructures et d’équipements de l’EI, le privant des moyens militaires qui lui auraient permis d’attaquer les forces de sécurité irakiennes ou les ressources de la coalition. À son apogée, la FOA‑I comprenait six chasseurs CF188 Hornet, un aéronef de ravitaillement aérien CC150T Polaris pour appuyer les opérations aériennes de la coalition et deux aéronefs de surveillance CP140M Aurora pour contribuer aux capacités de renseignement, de surveillance et de reconnaissance de la coalition.

Dans ce qui devait être au départ une mission de transport par voie aérienne, les aéronefs de la FOA‑I ont effectué 25 vols de CC130 et de CC177 entre le 28 août et le 26 septembre 2014, livrant plus de 1 600 000 livres (725 748 kg) de matériel militaire en Irak. Les dons des pays alliés comprenaient des armes légères, des munitions et du matériel militaire divers. Le matériel a été livré de concert avec les partenaires militaires, incluant le Royaume-Uni et les États-Unis, aux forces de sécurité à l’œuvre à Bagdad et à Erbil.

À la fin de juillet 2015, les Hornet de la FOA avaient effectué près de 800 sorties, alors que les Polaris avaient effectué plus de 200 sorties (livrant plus de 12 millions de livres [5 443 108 kg] de carburant aux aéronefs de la coalition) et que les Aurora avaient effectué environ 250 missions de renseignement, de surveillance et de reconnaissance.

L’Op IMPACT est le premier déploiement à grande échelle d’une FOA dans le cadre de la nouvelle doctrine de FOA de l’ARC. À ce titre, elle est dirigée par un commandant de FOA qui détient le grade de colonel.

Haut de la page

Op IMPACT, DND-MDN GD2015-0053-006

Les techniciens en systèmes d’armement aérien utilisent un chargeur de bombes MJ-1A pour charger une munition de précision guidée sur un CF188 Hornet en vue de la prochaine mission durant l’Op IMPACT, le 13 janvier 2015 près du Camp Patrice Vincent, au Koweït.

Opération REASSURANCE, 2014-2015

Depuis la création de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), il y a 65 ans, les FAC apportent une contribution importante aux opérations et aux exercices de l’Alliance, et elles ont à cœur l’unité, la sécurité et la stabilité transatlantiques. Au cours des dernières années, le Canada a participé activement aux missions menées par l’OTAN en Afghanistan, dans les Balkans (Op KOBOLD) et en Libye (Op MOBILE).

La FOA Roumanie a mené une formation visant à assurer l’interopérabilité avec les alliés de l’OTAN à Câmpia Turzii, en Roumanie, entre mai et août 2014. Cette formation avec les forces alliées comprenait la défense aérienne, la supériorité aérienne, une évaluation et des essais aérospatiaux ainsi qu’un appui tactique. La FOA comprenait six aéronefs CF188 et environ 200 membres du personnel.

Mission de police aérienne de l’OTAN dans les pays baltes (Lituanie). La FOA a participé à la mission de police aérienne de l’OTAN dans les pays baltes (PAB) de septembre à décembre 2014, à partir d’une base à Siauliai, en Lituanie. La FOA Lituanie comprenait environ 135 membres du personnel, quatre aéronefs CF188 et un élément de soutien de la mission.

La passation des pouvoirs de la mission de police aérienne dans les pays baltes a eu lieu entre le Portugal et le Canada et l’Italie et la Pologne respectivement. Même si le Canada a formellement procédé à la passation de ses pouvoirs à la Pologne pour la mission de police aérienne dans les pays baltes, la FOA continuera de soutenir activement les opérations de la mission jusqu’au 5 janvier 2015 afin d’assurer la continuité des opérations et d’appuyer ses alliés de l’OTAN et ses partenaires en matière de sécurité durant la période de transition.

Pendant sa participation à la mission, la FOA a travaillé de concert avec ses alliés de l’OTAN et répondu à toutes les intrusions dans l’espace aérien des pays baltes. La mission de police aérienne de l’OTAN est purement défensive. Elle n’a pas été mise en place en réponse à une menace précise; il s’agit plutôt d’un élément de routine fondamental de la sécurité que l’OTAN assure à ses membres.

Haut de la page

Force opérationnelle aérienne – OP REASSURANCE, DND-MDN WG2014-0438-0190

Un membre de la FOA canadienne décrit les caractéristiques du chasseur CF188 Hornet à des officiers lituaniens, lettons et estoniens de l’Académie militaire Général Jonas Zemaitis à la Base aérienne de Siauliai en Lituanie, le 3 décembre 2014, durant l’opération REASSURANCE, en appui à la mission de police aérienne de l’OTAN dans les pays baltes, Bloc 36.

Opération RENAISSANCE 15-1, 2015

Dans le cadre de la réponse du gouvernement du Canada, les FAC, sous la direction du ministère des Affaires étrangères, du Commerce et du Développement, ont fourni un soutien humanitaire au Népal après les séismes dévastateurs qui ont frappé le pays le 25 avril et le 12 mai 2015. Le premier séisme, de magnitude 7,8, a causé des dommages importants dans la capitale du Népal, Katmandou, alors que les répliques ont déclenché des avalanches dans les montagnes de l’Himalaya. Le séisme a fait de nombreux morts et blessés, en plus de détruire des propriétés, laissant des milliers de personnes en grand besoin d’aide humanitaire. Les membres des FAC ont commencé à se déployer dans la région le 26 avril 2015, et la mission a officiellement pris fin le 29 mai 2015, alors que la responsabilité pour le rétablissement à long terme a été remise aux organisations non gouvernementales et aux autorités locales.

Initialement composée de deux CC177 et de leurs équipages, la FOA RENAISSANCE est arrivée à Katmandou les 29 et 30 avril, transportant plus de 100 membres des FAC, y compris les membres de l’équipe d’intervention et d’aide humanitaire, du génie, du personnel médical, et le détachement de recherche et sauvetage en milieu urbain à l’aide d’équipements légers. Enfin, d’autres CC177 ont transporté des fournitures de secours, y compris de l’eau, des rations et du matériel de campement (tentes et produits connexes) pour les victimes vivant à l’extérieur.

D’une manière générale, l’Op RENAISSANCE[3] repose sur une action immédiate de l’ARC, car les longues distances doivent normalement être couvertes par les forces de l’assistance humanitaire en intervention. Bien que de portée relativement faible, toute Op RENAISSANCE nécessite une coordination rapide et efficace de tous les acteurs afin que les bonnes personnes ayant le bon équipement montent dans le bon avion – tout cela étant souvent prévu avec seulement quelques heures de « préavis de mouvement ». Les opérations complexes telles que celle-ci nécessitent un plan de contingence bien développé, où tous les acteurs ont préparé leurs rôles longtemps à l’avance, bien avant que la mission soit lancée. Le plan de contingence RENAISSANCE est le premier à inclure un plan entièrement conçu pour employer une FOA afin de soutenir l’opération.

Haut de la page

Cpl Kevin McMillan, Caméra de combat des Forces canadiennes IS09-2015-0028-014

Les membres de l’Équipe d’intervention en cas de catastrophe (EICC) procèdent au débarquement d’équipement et de fournitures médicaux essentiels, ainsi que des premiers éléments de l’EICC, y compris du matériel de secours en plus du personnel médical et du personnel du détachement de recherche et sauvetage en milieu urbain à l’aide d’équipements légers transportés à bord d’un CC177 Globemaster III à l’aéroport de Katmandou au Népal dans le cadre de l’envoi de secours par le gouvernement du Canada à la suite du tremblement de terre survenu le 29 avril 2015.

La FOA a deux ans maintenant; qu’avons-nous appris?

La mise sur pied d’une force évolutive et agile capable de se déployer partout dans le monde reste un objectif clé de l’ARC. La « monnaie opérationnelle » de l’ARC, définie par ce qu’elle apporte à la lutte, est la FOA. Peu importe la taille de la FOA ou la complexité de l’opération dont elle fait partie, quelques observations communes peuvent être faites quant à son efficacité.

Éviter la planification et la mise sur pied d’une force ad hoc. En offrant une solution de rechange au cycle antérieur des planifications ad hoc pour les opérations et pour la mise sur pied d’une force, la FOA a fourni un moyen de plus en plus prévisible et gérable pour le commandant de la 1 DAC de présenter la puissance aérienne et de la rendre prête pour le déploiement. L’effet a été ressenti dans l’ensemble des FAC, car les commandants et les planificateurs interarmées comprennent maintenant mieux comment l’ARC contribue à une opération, avec des membres de la FOA en chair et en os, et pas seulement avec un avion et son équipage.

Définir la puissance aérienne déployable. Même si elle peut être définie librement par « toute la force nécessaire pour accomplir le travail », la FOA a parcouru un long chemin dans la définition de ce qu’est une force déployable de l’ARC en raison de sa structure, son organisation et sa langue opérationnelle. Par-dessus tout, la FOA concentre l’ARC sur une capacité déployable qui est supérieure à la somme de ses parties. Une FOA n’est plus un ensemble constitué de différentes flottes d’aéronefs et du personnel ayant des compétences spécialisées; au contraire, il s’agit d’une force organisée et cohérente. Le personnel de l’ARC ne se considère plus comme faisant juste partie d’un détachement Hercules qui a effectué le transport aérien tactique en Afrique; le personnel se considère comme faisant partie d’une FOA qui a soutenu une opération – une différence qui n’est vraiment pas négligeable.

Le CCAFI de l’ARC et le Centre multinational d’opérations aérospatiales (CMOA). Avoir plusieurs FOA réparties à travers le Canada et le monde à un moment donné peut défier les commandants et leurs systèmes de C2. Pour exercer effectivement une portée de commandement sur plusieurs FOA simultanément, il est devenu nécessaire pour le cmdt COIC de placer la majorité des FAO sous le commandement du CCAFI de l’ARC, le conseiller en chef sur les questions de l’air. Tirant parti de la puissance du CMOA, le CCAFI est le mieux adapté pour commander plusieurs FAO et pour répondre aux exigences de l’opération. La relation entre le CCAFI et le cmdt COIC s’est considérablement renforcée depuis la création de la FAO; il existe une compréhension plus complète de ce qu’une FAO peut offrir et de la façon dont elle peut produire des ressources aériennes pour atteindre les objectifs du cmdt COIC.

Haut de la page

Commander la FOA. Un autre résultat important de la création de la FAO a été l’évolution du cmdt de la FAO, l’officier de l’ARC chargé de faire fonctionner la FAO. Les commandants de la FAO se sont retrouvés à fonctionner à la fois au niveau opérationnel et tactique des opérations, ce qui entraîne un plus grand besoin de formation et de préparation efficace avant le déploiement. Le développement de commandants de la FAO bien qualifiés et expérimentés, capables de travailler au niveau opérationnel, restera pour l’ARC un projet à long terme qui est digne de poursuite.

En fin de compte, la FAO représente aujourd’hui une solution C2 de l’ARC qui peut être appliquée avec souplesse à toute structure de C2 entre les forces alliées et de coalition. À son tour, le cmdt FAO représente un élément clé de la FAO, qui intègre efficacement les ressources aériennes dans les opérations.

En conclusion

Depuis ses débuts où la FAO était une idée qui tiendrait compte des leçons retenues au cours des opérations de puissance aérienne sur la façon dont l’ARC pourrait mieux se préparer à l’emploi, la FAO a connu une ascension rapide en tant que façon de faire les choses. Dans les années qui ont suivi son développement, le concept de la FAO a mûri rapidement pour devenir la façon d’organiser les forces de manière à réagir rapidement aux demandes du gouvernement du Canada à employer la puissance aérienne dans presque toutes les activités militaires des FAC.

Personne ne contestera que la puissance aérienne est utile dans le cadre de la lutte, mais la moitié de la bataille sera toujours la formation, l’organisation et la direction des forces de sorte qu’elles soient déjà préparées à intégrer une opération conjointe bien avant le déploiement. Le concept de la FAO connaît un succès qui ne se dément pas depuis sa création et sera sans doute une voie à suivre pour encore un certain temps. Souhaitons donc un bon deuxième anniversaire à la FAO... et félicitons-la pour son beau travail!


Le lieutenant-colonel Pux Barnes est chef du Service de l’éducation de la guerre aérienne du CGAFC à Trenton. Il a dirigé l’équipe qui a développé le concept de la FAO, il est l’auteur de la publication de doctrine B-GA-401-000/FP-001, Commandement et contrôle aérien (à promulguer) et il a écrit de nombreux articles et documents sur le C2 d’opérations interarmées de la puissance aérienne.

Haut de la page

Abréviations

1 DAC―1re Division aérienne du Canada
ARC―Aviation royale canadienne
C2―commandement et contrôle
CCAFI―commandant de la composante aérienne de la force interarmées
CGAFC―Centre de guerre aérospatiale des Forces canadiennes
cmdt―commandant
COIC―Commandement des opérations interarmées du Canada
É.-U.―États-Unis
ECCA―élément de coordination de composante aérienne
EI―État islamique en Irak et en Syrie
EICC―Équipe d’intervention en cas de catastrophe
FAC―Forces armées canadiennes
FOA―force opérationnelle aérienne
FOA-I―Force opérationnelle aérienne ‑ Irak
FOI―force opérationnelle interarmées
FOIO―Force opérationnelle interarmées (Ouest)
GC―Gouvernement du Canada
Mgén―major-général
Op―opération
OTAN―Organisation du traité de l’Atlantique Nord
PAB―Police aérienne dans les pays baltes
QG―quartier général

Notes

[1]. Mgén St-Amand, durant une discussion ouverte avec des membres du CGAFC, le 21 février 2013.  (retourner)

[2]. Forces canadiennes, Note de doctrine arienne 14/01 ‑ Aviation royale canadienne ‑ Commandant de la force opérationnelle aérienne : définitions, rôles et responsabilités, http://www.rcaf-arc.forces.gc.ca/fr/centre-guerre-aerospatiale-fc/doctrine-nda-14-01.page (consulté le 29 septembre 2015). (retourner)

[3]. L’Op RENAISSANCE 15-1 constituait la contribution des FAC aux efforts de secours humanitaire déployés au Népal en avril et mai 2015. L’Op RENAISSANCE 13-1 constituait la contribution des FAC aux efforts de secours humanitaire déployés aux Philippines après le typhon de novembre 2013. Le plan de contingence RENAISSANCE est le plan adopté par les FAC pour effectuer un déploiement rapide sur la scène d’une catastrophe hors du pays, à la demande du gouvernement du Canada. (retourner)

Date de modification :