Crisis on the Mediterranean: Naval Competition and Great Power Politics, 1904–1914 (La Revue de l'ARC - HIVER 2016 - Volume 5, Numéro 1)

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Crisis in the Mediterranean:Naval Competition and Great Power Politics, 1904–1914

par Jon K. Hendrickson

Annapolis, MD: Naval Institute Press, 2014
219 pages
ISBN 978-1-61251-475-8

Compte rendu du major Chris Buckham, CD, M.A.

Le monde actuel est tellement différent de ce qu’il était avant la Première Guerre mondiale qu’il est difficile de bien comprendre les défis et les préoccupations des pays de cette époque en ce qui a trait aux relations internationales. Cet état de choses tenait notamment au fait que la mer Méditerranée représentait, pour de nombreux pays, un enjeu important en matière de transport et de sécurité en plus d’être une frontière commune entre de nombreuses grandes puissances mondiales (de l’époque), à savoir l’Italie, la France, l’Empire britannique, l’Empire Ottoman et l’Empire austro-hongrois. Chacune de ces puissances avait son propre plan et sa propre vision pour la région et, dans de nombreux cas, ceux-ci allaient à l’encontre des souhaits de leurs voisins. Dans son livre, Hendrickson explique la situation complexe de la diplomatie navale internationale entre les pays de la Méditerranée pendant la période de 1904 à 1914. Cela démontre encore une fois que les pays ne sont jamais altruistes les uns envers les autres et que leurs relations sont très souples.

Le livre Crisis in the Mediterranean commence par un sommaire du contexte et un historique de la région afin de donner le ton et de fournir un point de départ. L’auteur adopte ensuite une approche chronologique et traite d’un élément précis des interactions dans chaque chapitre. Son point de vue est que l’état naturel des choses en Méditerranée est anarchisant et qu’aucun joueur n’a réellement occupé de place prépondérante pendant une longue période. Ainsi, le contrôle britannique de la Méditerranée pendant le dernier quart du 19e siècle était une déviation de la norme et non pas la norme. Le point de départ du livre est 1904, date à laquelle les Britanniques ont reconnu qu’ils n’étaient plus en mesure de conserver leur suprématie navale en Méditerranée. Cela a eu une série d’effets pour eux, notamment sur leur capacité à continuer d’exercer une influence sur les Ottomans, les forçant ainsi à se doter de forces terrestres additionnelles pour maintenir le contrôle de leurs territoires à Malte, en Égypte et au Gibraltar et à rechercher proactivement des alliés avec qui partager le fardeau de la « présence ».

Hendrickson retrace et analyse les principaux jalons qui expliquent les relations entre les acteurs internationaux alors que la Méditerranée entre encore une fois en jeu. Des chapitres sont donc consacrés à l’émergence des marines italiennes et austro-hongroises durant leur menace de guerre entre 1909 et 1911, ainsi qu’à leur rapprochement ultime et à son incidence sur leur puissance en Méditerranée. Par la suite, l’auteur examine la décision des Italiens — motivée par la confiance de ces derniers dans leurs relations avec l’Autriche et la Hongrie et par leur désir d’exercer une plus grande influence sur les affaires méditerranéennes — d’envahir la Libye. Cette invasion a eu une incidence imprévue et déterminante sur la relation de l’Italie avec les pays de l’Alliance (Allemagne, Autriche-Hongrie et Italie) et la France. L’auteur examine ensuite la réaction de la Grande-Bretagne et de la France à ces événements et explique comment la situation internationale avec l’Allemagne a forcé la Grande-Bretagne à conclure des ententes qui allaient à l’encontre de ses inclinations naturelles. Il fait ensuite la lumière sur le renforcement des liens entre l’Italie et l’Alliance par suite de la réaction des pays de l’Entente (la Grande-Bretagne, la France et, plus tard, la Russie) à l’expansionnisme de l’Italie. Il termine le sommaire narratif avec un exposé des répercussions stratégiques que le 19e Corps a eues sur les plans de guerre de la France. Composé des soldats les plus aguerris et les plus expérimentés de l’arsenal français, le 19e Corps était posté en Algérie et devait se rendre en France pour remplir son rôle dans le plan de campagne de l’Ouest. Hendrickson souligne l’importance de cette unité pour la France et l’Entente en consacrant son dernier chapitre à la façon dont la France et la Grande-Bretagne ont fait face à ce problème.

Hendrickson effectue avec brio une analyse technique des capacités des flottes et une étude plus vaste des répercussions opérationnelles et stratégiques des manœuvres politiques entreprises par les acteurs clés. Son style narratif est clair et concis; il permet de bien comprendre les questions complexes auxquelles font face les différents danseurs au « bal de la Méditerranée ». Hendrickson fournit un sommaire des événements à la fin de chaque chapitre et offre une bibliographie exhaustive pour approfondir la recherche. Crisis in the Mediterranean est un livre fascinant, bien documenté et remarquable, qui décrit en détail le rôle de l’Italie et de l’Autriche-Hongrie dans les événements qui ont mené à la Première Guerre mondiale, un sujet que l’on oublie habituellement lors de la couverture de la course navale entre l’Allemagne et la Grande-Bretagne et compte tenu de l’accent mis sur les forces armées.


 Le major Chris Buckham est un officier de la logistique aérienne qui est actuellement affecté au Centre international de formation de soutien de la paix à Nairobi, au Kenya. Il tient un cybercarnet professionnel de lecture à l’adresse www.themilitaryreviewer.blogspot.com.

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