Une épreuve décisive de la détermination : Article XV, le Plan d'entraînement aérien du Commonwealth britannique et une Croisade pour la reconnaissance nationale (La Revue de l'ARC - PRINTEMP 2016 - Volume 5, Numéro 2)

Table des matières

 

Par Richard Oliver Mayne, CD, Ph. D.

 

Le Plan d’entraînement aérien du Commonwealth britannique (PEACB) était l’une des principales contributions du Canada à la Seconde Guerre mondiale. C'était une entreprise de grande envergure qui devait exiger de nouveaux terrains d'atterrissage, des dizaines de milliers d'instructeurs et de travailleurs de soutien, l'acquisition de milliers d'aéronefs et la mobilisation de nombreuses ressources nationales, pour mener à la formation de 131 553 membres d’équipages d'aéronef alliés[1]. Pour un pays qui n'avait récupéré le contrôle de sa politique étrangère du Royaume-Uni (R.-U.) qu'en 1931, le PEACB était une épreuve décisive de la détermination du Canada ainsi qu'une mesure de son sens du nationalisme et de son orientation à titre d'état indépendant. Cela s'est exprimé de façon évidente pendant les négociations qu'ont entamées les représentants canadiens et britanniques pour formaliser l'entente qui devait faire du PEACB une réalité.

Étant donné l'importance du PEACB, la plupart des gens comprendront pourquoi l'Aviation royale canadienne (ARC) souhaite célébrer le 75e anniversaire d'un accord qui a permis d'en faire la force de frappe professionnelle qu'elle est aujourd'hui. Ce qui est toutefois moins évident, c'est la raison pour laquelle l'ARC souligne cet événement en 2016 au lieu de deux ans plus tôt, soit exactement 75 ans après la signature de cet accord, le 17 décembre 1939. La réponse est tout simplement l'Article XV. On ne peut en effet exagérer l'importance de cette clause pour le Canada et ses forces aériennes. Il se lisait comme suit :

« Le Gouvernement du Royaume-Uni s’engage à affecter à leurs dominions respectifs, une fois leur entraînement terminé, les élèves du Canada, de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande, en organisant des escadrilles ou des formations distinctes pour les dominions, ou de quelque autre manière; les méthodes à employer devant faire l’objet d’une entente avec les gouvernements des dominions intéressés. Le Gouvernement du Royaume-Uni prendra l’initiative de pourparlers entre les gouvernements à cette fin[2]. »

Cela signifiait que plutôt que de faire partie d'unités britanniques, comme cela avait été le cas lors de la Première Guerre mondiale, de nombreux soldats canadiens qui servaient outre-mer le feraient dans des escadrons canadiens dirigés par leurs propres commandants. Ainsi, non seulement cela a-t-il permis à l'ARC d'avoir un sens supérieur d'identité et d'indépendance, mais a aussi fait en sorte que le Canada a directement contribué, et de façon importante, à l'effort de guerre aérien.

La meilleure preuve de cela est sans doute la création en mars 1941 du premier des fameux escadrons de la série 400 qui, grâce à l'Article XV, est devenu l’indicateur qui permettait d’identifier un escadron canadien outre-mer[3]. Étant donné le nombre d'escadrons de la série 400 toujours en activité de nos jours et qui célébreront leur 75e anniversaire au cours des trois prochaines années, cela semblait tout naturel de se rappeler l'article qui a rendu leur existence possible. Beaucoup d'encre a d'ailleurs coulé en lien avec le PEACB et l'Article XV, mais personne n'avait encore jusqu'à maintenant étudié cet article suffisamment en détail pour avoir une idée de toute l'importance qu'il avait eue pour le Canada et pour l'ARC[4]. C'est pourquoi le présent document a pour but de raconter en quoi l'Article XV a joué un rôle si important dans le cadre du PEACB et comment les négociations qui l'ont entouré ont été le symbole de la croissance de la maturité, de la confiance et du sens du nationalisme du Canada.

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Il est possible de remonter la piste du PEACB bien avant la Deuxième Guerre mondiale, mais les négociations officielles ont commencé au moment où le premier ministre britannique d'alors, Neville Chamberlain, a proposé, le 26 septembre 1939, l'idée d'un plan d'entraînement aérien au Canada, à l'Australie et à la Nouvelle-Zélande[5]. Le premier ministre canadien de l'époque, William Lyon Mackenzie King, a immédiatement fait preuve d'un grand enthousiasme pour le concept. La Première Guerre mondiale avait coûté cher au Canada, non seulement en termes de citoyens morts au combat, mais aussi quant au stress imposé au tissu social par différentes questions controversées, notamment la conscription. Comme l'a d'ailleurs observé un historien de renommée :

...un effort aérien était plus attrayant que l'envoi d'un « important corps expéditionnaire d'infanterie »... [et] laissait planer l'espoir d'une force moins imposante, d'un moins grand nombre de blessés, d'une pression réduite sur la main-d'œuvre et d'une réduction du risque d'avoir à faire de nouveau face à la conscription. Le projet de plan d'entraînement aérien était particulièrement attrayant, possiblement parce qu'il serait en très grande partie réalisé au Canada et parce qu'il laissait entrevoir qu'une bonne partie de l'ARC serait chargée de l’entraînement au pays au lieu de participer aux opérations outre-mer. …Chamberlain ne l'avait sans doute alors pas réalisé, mais on pourrait presque dire qu'en 1939, le plan d'entraînement aérien pouvait être considéré comme la réponse aux prières de nombreux politiciens canadiens[6].

L'Australie et la Nouvelle-Zélande étaient tout aussi réceptives au concept, et cela ne prit pas beaucoup de temps avant que les représentants officiels affluent au Canada pour lancer les négociations d'un accord. Il est facile de comprendre pourquoi le Canada a été sélectionné pour héberger le plan. Libre de toute activité aérienne ennemie, tout en étant relativement proche du R.-U., le Canada était l'endroit idéal pour préparer les pilotes, les navigateurs, les observateurs et les mitrailleurs de bord de la cause alliée. Quoique cette cause ait exigé un effort commun, chacun des pays participants n'a pas pour autant laissé complètement de côté ses intérêts nationaux pendant les négociations.

La délégation britannique était dirigée par Lord Riverdale (Arthur Balfour), fabricant d'acier de grande réputation qui est arrivé le 15 octobre et qui a par la suite reçu l'appui du capitaine Harold Balfour, sous-secrétaire d'État pour l'Aviation et de Sir Gerald Campbell, haut-commissaire du R.-U. à Ottawa, et Sir Robert Brooke-Popham, maréchal en chef de l'Air. Du côté canadien, les principaux participants étaient le premier ministre Mackenzie King, le ministre de la Défense nationale, Norman Rogers, le ministre des Finances, James Layton Ralston, et le ministre des Transports (plus tard, Munitions et Approvisionnements), Clearance Decatur Howe. La délégation canadienne a été formidable, particulièrement en ce qui a trait à l'Article XV, puisqu'il était clair que « le précédent touchant l’entraînement canadien du Royal Flying Corps (RFC) / Royal Air Force (RAF) lors de la Première Guerre mondiale était bien présent à l'esprit des représentants officiels du " ministère de l'Air " [britannique] en 1939 » et que l'intégration d'aviateurs du Dominion aux escadrons de la RAF « était probablement, en termes purement militaires, la manière la plus commode, efficace et économique de constituer une importante force aérienne[7]. » [Traduction] S'il s'agissait vraiment de la position des Britanniques à leur arrivée à Ottawa, ils réaliseraient rapidement qu'ils se trompaient lourdement.

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Les membres du cabinet de King, tout comme ce dernier, souhaitaient ardemment que les Canadiens servent dans leurs propres unités nationales. Avant même que ne commencent les négociations, King avait clairement indiqué au haut-commissaire britannique à Ottawa que son pays était plus que favorable à apporter son aide, mais « que son gouvernement souhaitait que des unités des forces aériennes canadiennes soient formées dès qu'il y aurait suffisamment de personnel entraîné outre-mer et que ces escadrons soient constitués de personnel canadien et maintenus par du personnel canadien aux frais du gouvernement canadien [8] » Il semblerait que les Britanniques aient d'emblée compris le concept, puisqu'ils affirmèrent à King que le personnel canadien « prêté » à la RAF aurait par la suite la possibilité de joindre des unités de l'ARC si leur gouvernement optait pour mettre sur pied des unités aériennes distinctes outre-mer[9].

Malgré de telles assurances, King se méfiait des intentions des Britanniques. Presque dès le début en effet, King avait pris grand soin d'insister sur le fait que le PEACB n'était pas une idée canadienne. Il s'assura plutôt de faire en sorte qu'il soit clairement établi que c'était les Britanniques qui demandaient l'assistance des Canadiens. C'était un point important. Même avant que commencent les négociations, King se préoccupait du fait que la mère patrie adopte une attitude condescendante et dictatoriale avec ses anciennes colonies. À cet égard, les Britanniques ne l'ont pas désappointé. Après la rencontre du 31 octobre avec les Canadiens, au cours de laquelle Riverdale et Balfour expliquèrent ce qu'ils attendaient du Canada, King confia plus tard à son journal personnel jusqu'à quel point les Britanniques s'étaient conformés à ses attentes :

Tout ce qu'on attendait du Canada était décidé d'avance... Aucun élément du discours de Riverdale ou Balfour ne montrait la moindre appréciation du souhait exprimé par les Canadiens de coopérer. Ils tenaient pour acquis que c'était pour nous un devoir et une obligation de les aider et que leur partie de la mission consistait simplement à nous dire ce qu'ils s'attendaient que nous fassions[10]. [Traduction]

Le premier ministre réalisa qu'une telle attitude ne répondait pas nécessairement aux intérêts supérieurs du Canada et, par conséquent, établit les fondations des futures négociations en adoptant une position de force et en insistant sur le statut de nation indépendante du Canada.

Un certain nombre de membres du cabinet de King partageaient ses préoccupations. Le ministre des Finances comprenait certainement très bien ce qui était demandé aux Canadiens, de sorte qu'il avisa le premier ministre qu'alors que tout le monde savait que le Canada « était prêt à faire sa part, et même plus, dans le cadre du conflit[11], » qu'il ne « pourrait jamais consacrer[12] » les fonds nécessaires au financement d'un tel plan, tout simplement parce que le Canada n'avait pas d'empire à offrir en garantie à un tel investissement. King était d'accord et avisa par la suite la délégation britannique que l'engagement du Canada n'irait pas au-delà des ressources qu'il pouvait consacrer au plan. En toute équité pour les Britanniques cependant, il est important de noter que King et ses ministres souhaitaient aussi tirer quelque chose de l'accord. Lors de la rencontre du Conseil d'urgence du 31 octobre (renommé par la suite cabinet de guerre), King expliqua comment on avait suggéré que le Canada s'occupe de la partie financement et entraînement du plan, alors qu'il sentait que l'opinion populaire insisterait pour que des escadrons canadiens soient formés outre-mer pour participer aux combats. Selon une hypothèse qui devait revenir plus tard le hanter, King pensait qu'étant donné que le Canada contribuerait considérablement au plan d'entraînement aérien, il était tout naturel que le R.-U. assume le coût de l'équipement et de l'entretien des escadrons de l'ARC outre-mer après leur mise sur pied[13].

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King n'était pas le seul à penser ainsi. Ralston affirma avoir personnellement discuté de l'idée avec la délégation du R.-U., allant même jusqu'à proposer que ces sommes soient créditées lors des achats effectués au Canada par les Britanniques. Ce fut toutefois Rogers qui fut le premier à indiquer que même si la question avait été abordée avec la délégation du R.-U., le fait était que la proposition qui avait été élaborée ne comprenait aucune référence ni aucun mécanisme permettant de créditer les achats des Britanniques. Ainsi, dès la première rencontre avec la délégation britannique, King et son équipe ont insisté sur leur position et sur les raisons pour lesquelles ils exigeaient l'établissement d'escadrons canadiens outre-mer qui seraient maintenus par le R.-U. On ne sait pas clairement si la délégation britannique a entièrement compris ce que proposaient les Canadiens, parce que le journal personnel de King ne laisse planer aucun doute en précisant que cette première rencontre tenait beaucoup moins de la négociation que du débat enflammé, confiant notamment à son journal personnel que « Lord Riverdale a constaté qu'il était allé beaucoup trop loin avec ses exigences[14]. » [Traduction]

Même si cette première rencontre se rapprochait beaucoup plus d'une joute verbale, il semble que les Canadiens avaient remporté la première manche. Du moins, était-ce l'interprétation de King, qui pensait que Riverdale avait l'air « démoralisé » à la fin de la séance, puisqu'il « était clair que la méthode adoptée [par les Britanniques] quant au plan était celle du rouleau compresseur, exactement à l'image de ce qui était reproché à Hitler quant à sa façon de procéder[15]. » [Traduction] Même si aucune délégation ne mordit la poussière, King eut l'occasion de décocher quelques puissants coups qui firent en sorte que les Britanniques surent que le Canada était maître chez lui. Son attitude, tout comme celle des ministres de son Cabinet, ne laissait planer aucun doute... Les Canadiens souhaitaient négocier en position de force.

Pour King, les Britanniques laissaient à penser que c'étaient eux qui faisaient une « contribution gratuite » au plan. C'est pourquoi il a insisté sur le fait que cette façon de penser était à « l'inverse de la réalité » et que c'était plutôt le « Canada qui faisait une contribution », et qu'il « convenait de le garder à l'esprit ». King n'avait aucune difficulté à affronter les Britanniques sur ce point, parce qu'il avait le sentiment que les négociations n'aboutiraient à rien de bon si « on tenait pour acquis que le centre de l'empire pouvait dicter ses volontés aux pays limitrophes », surtout lorsqu'on tenait compte que « le pire dans toute cette histoire, c'était qu'il s'agissait beaucoup plus en réalité d'une entreprise de recrutement pour les forces aériennes britanniques que d'une réelle tentative de coopération[16]. » [Traduction]

King et ses ministres pensaient avoir exprimé clairement leur position en ce qui concernait le besoin pour le R.-U. de soutenir les escadrons canadiens outre-mer dans le cadre du plan d'entraînement aérien, mais ils ont vite réalisé que soit les Britanniques n'avaient pas compris leurs exigences, soit ils avaient simplement choisi de ne pas en tenir compte. Pour les Canadiens, cela pouvait être suffisant pour saborder l'accord, et personne ne saisissait mieux l'importance du concept que le Chef d’état-major de la Force aérienne (CEMFA), le maréchal de l'Air G. M. Croil. Lorsqu'on lui demanda son opinion, Croil fut catégorique. Histoire à l'appui, Croil rappela à ses maîtres politiques que des escadrons canadiens avaient été formés à la fin de la Première Guerre mondiale en réponse, insista-t-il, à la pression du public[17]. C'était certainement le cas. En se fondant sur des articles prélevés dans la presse nationale, Croil démontra que le désir de mettre sur pied un certain type de force aérienne distinctive pour le Canada était si fort que le premier ministre de l'époque, Robert Borden, en vint à revenir sur la position énoncée voulant que la puissance aérienne devait relever de la responsabilité impériale. En fait, ayant personnellement été témoin de la manière dont l'identité canadienne se fondait dans la RFC, Borden était si préoccupée qu'il en était venu à affirmer « être enclin à penser que le temps était venu d'envisager la mise sur pied d'une force aérienne canadienne indépendante[18]. »

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Quoi qu'il en soit, pour Croil, il s'agissait de beaucoup plus que d'une simple question d'identité. Pour essentielle que fut cette question, il a aussi indiqué à ses patrons politiques qu'il considérait comme d'une extrême importance le fait que l'ARC ait à faire plus que de simplement assurer l’entraînement des équipages de l'empire. Dans une note de service éloquente, Croil expliquait :

  1. Jusqu'à quel point cela nuirait à l'image de prestige du Canada en tant que nation de voir ses efforts officiels dans le domaine aérien se limiter à la défense territoriale et à l’entraînement.
  2. En quoi le plan d'entraînement préparerait les Canadiens aux activités du combat aérien, tout en précisant en même temps que si le Canada n'avait pas d'escadrons outre-mer, le travail de tous ces éléments se verrait fusionner aux efforts de la RAF. Nous avons toutes les raisons de croire que les Canadiens sauront brillamment tirer leur épingle du jeu dans les airs. S'ils sont en mesure de servir au sein d'escadrons canadiens, ils accroîtront la crédibilité du Canada en tant que nation et établiront la tradition de l'ARC et de ses escadrons.
  3. En quoi le plan d'entraînement prévoyait de confiner 26 000 Canadiens à des activités d’entraînement au Canada, ce qui ne tenait nullement compte du tempérament des Canadiens qui préfèrent se trouver au front et qui seraient insatisfaits, à moins qu'on ne trouve le moyen de leur donner la chance de se rendre outre-mer[19].

Les termes utilisés par Croil avaient parfaitement saisi l'esprit de l'ARC et le désir du gouvernement d'obtenir une reconnaissance nationale dans le cadre d'une guerre qui promettait d'être aussi longue et coûteuse que la précédente. Cette fois, en effet, les réalisations canadiennes ne passeraient pas inaperçues parce que ses aviateurs seraient exclusivement intégrés aux unités britanniques. Les commentaires de Croil ci-dessus ne laissent aucun doute sur le fait que l'Article XV était la manifestation (et la codification) de ces pensées patriotiques, qui recevaient d'ailleurs l'appui entier du CEMFA.

King avait aussi d'autres demandes, en plus de la création d'escadrons de l'ARC outre-mer. Réalisant toute la valeur du plan à l'échelle nationale, le premier ministre a insisté pour que les Britanniques reconnaissent officiellement que le programme d’entraînement était la plus importante contribution que pouvait apporter le Canada à l'effort de guerre (reconnue comme la primauté en matière d'effort). En faisant cette demande, King avait d'autres objectifs politiques pratiques en tête, et cela alors qu'une division de l'Armée canadienne s'apprêtait à mettre pied au R.-U. En clair, le premier ministre avait besoin de cet énoncé sur la primauté du plan d'entraînement aérien pour la consommation nationale et pour apaiser certaines régions du pays, notamment le Québec, où on se préoccupait d'avoir à payer une fois de plus un lourd tribut, comme cela avait été le cas lors de la Première Guerre mondiale, et où la politique de conscription, qui visait à remplacer les pertes, avait presque réussi à déchirer le pays.

Ce n'était toutefois pas les seules demandes de King. Pour accroître le contrôle du Canada sur sa propre destinée, le premier ministre voulait aussi que le plan soit administré et sous le contrôle de l'ARC et du gouvernement canadien. Les négociations, qui s'étaient plutôt bien déroulées en novembre, connurent vers la fin du mois un certain ralentissement attribuable aux éclaircissements qu'exigeaient ces demandes. Comme si ce n'était pas assez, les Britanniques augmentaient la pression exercée sur les Canadiens pour que l'accord soit signé avant que les délégations australiennes et néo-zélandaises aient à retourner dans leurs pays[20].

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Malgré les propos encourageants de divers camps affirmant qu'un accord était à portée de main, les positions canadiennes et britanniques étaient en fait beaucoup plus éloignées que ce que quiconque pouvait imaginer[21]. King n'entendait pas revenir sur ses conditions, et après avoir dit à ses ministres qu'il avait reçu un message de Chamberlain, il précisa qu'il...

...ne nous accordait cependant pas les conditions que nous jugions comme essentielles. Je croyais que le libellé du télégramme différait de l'attitude des Britanniques à l'égard de nos demandes. Je croyais très fermement, et les autres ministres étaient d'accord avec moi, qu'il était essentiel de bien comprendre toutes les questions avant d'en venir à un quelconque accord... qu'il fallait que toutes les responsabilités et les obligations soient entièrement comprises, notamment en ce qui avait trait à l'administration, qu'il fallait entièrement régler. … En ne cédant pas sur ce point, d'une extrême importance du point de vue de tout gouvernement responsable, ni sur celui du statut du Canada avant la conclusion d'un accord, je croyais qu'il fallait d'abord vider la question[22].  [Traduction]

King jouait dur. En ce qui le concernait, une telle approche directe était la seule façon d'amener les Britanniques à laisser un ministre canadien diriger le programme ou « d'obtenir un règlement satisfaisant de la question de l'identité du commandement et des autres conditions que nous avions fixées[23] ». La tactique de King entraînait des retards, mais cela ne semblait pas lui causer de remords puisqu'il écrivait...

Je reconnais qu'en ce qui a trait à l'accord, le gouvernement britannique a posé une charge énorme sur les épaules du Canada. Ils peuvent être très reconnaissants de pouvoir compter sur un dominion si loyal pour porter un tel fardeau à cette époque. Évidemment, je crois que les Britanniques luttent pour leur liberté et que nous devons tous faire ce qui est en notre pouvoir, et même plus, pour leur venir en aide[24]. [Traduction]

C'est à ce moment que la conclusion de l'accord a plus ou moins été laissée à Rogers et Balfour. Les deux hommes ont sans contredit fait des progrès, puisque les Britanniques ne prirent pas beaucoup de temps à accepter la question de la « primauté de l'effort ». Cela fut bien entendu précédé d'une demande des Britanniques qui exigeaient que le gouvernement de King accélère l'envoi de troupes au R.-U., ce qui en fait était une demande visant à satisfaire l'opinion publique britannique[25]. Des progrès furent également réalisés sur la question du contrôle du plan. Là encore, les Britanniques étaient d'accord pour confier l'administration du plan à l'ARC et au gouvernement, concession qui fut sans aucun doute facilitée par l'acceptation de la mise sur pied d'un conseil multinational pour permettre à toutes les nations d'avoir voix au chapitre et d'exercer une certaine autorité sur le PEACB[26].

Il restait encore la question de l'établissement d'escadrons canadiens outre-mer. De prime abord, il semblait que tout se déroulait également bien pour cette question. Réalisant que la complexité inhérente à la formation d'escadrons avec l'aide des Britanniques exigerait probablement son propre accord, King ne voulait que l'assurance que le gouvernement du R.-U. appuierait le concept[27]. La position de la délégation britannique ne lui permettait pas de procéder ainsi, mais les Canadiens étaient optimistes, parce qu'ils avaient pu observer que « la question de l'identité et du commandement des formations et des unités sur le terrain a été abordée par le ministre de la Défense nationale et le capitaine Belfour et que nous avons toutes les raisons de croire que nous en viendrons à un accord sur ces points[28] ». Les Canadiens affirmèrent alors aux Britanniques qu'ils seraient plus qu'heureux de signer l'accord. C'était là où en étaient les choses lorsque Balfour retourna au R.-U. pour présenter le dossier canadien directement à ses supérieurs[29].

King dut attendre jusqu'au 7 décembre avant de recevoir un mot de Chamberlain confirmant ce que des communiqués précédents suggéraient déjà, soit que les Britanniques étaient prêts à accepter le principe de la primauté de l'effort. King était enchanté et affirma que cette décision « réglait pratiquement l'accord », surtout que le ministre de la Défense devait rencontrer Riverdale dans le but de finalement mettre de côté la question des escadrons canadiens outre-mer. Il n’en a toutefois pas été ainsi. Les conclusions de la discussion entre Rogers et Riverdale ont en effet mené à la rédaction d'une lettre qui, une fois livrée outre-mer, a relancé toutes les négociations.[30] La lettre de Rogers était en elle-même inoffensive, puisqu'elle proposait simplement le libellé de ce qui portait alors le nom de « Paragraphe 15 ». Ce dernier était supposément le résultat des discussions qu'avaient eues les deux hommes la journée précédente, puisque Riverdale affirmait, dans un message optimiste, qu'il croyait que son gouvernement accepterait probablement cette interprétation[31]. Il avait tort.

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King eut tôt fait de réaliser qu'il pouvait encore exister un problème quant à l'accord. Par exemple, comme il avait appris qu'il y avait de fortes chances que la réponse de Riverdale ait été en fait rédigée par un membre subalterne de la délégation britannique, King s'assura « qu'on [fasse] définitivement comprendre à Lord Riverdale qu'il ne signerait pas l'accord tant que la délégation ou le gouvernement britannique n'accepterait pas l'interprétation faite de ce paragraphe particulier de l'accord que comportait la lettre de Rogers[32]. » Riverdale de son côté confirma personnellement qu'il appuyait en fait la position canadienne, mais cela n'a pas, et de loin, soulagé les inquiétudes du premier ministre canadien, surtout lorsqu'il a découvert que Balfour n'était pas vraiment convaincu de la nécessité d'approuver l'Article XV, parce qu'il avait en fait « certaines difficultés » avec le concept. C'est tout ce dont avait besoin King pour se persuader que les négociations n'étaient pas terminées et pour interpréter ce fait comme la preuve que le « ministère de l'Air de l'Angleterre tentait de conserver les escadrons canadiens à sa disposition en les fusionnant aux forces britanniques, recréant ce faisant dans les airs toute la confusion qui avait affecté l'armée au cours de la guerre précédente. Cela doit être évité à tout prix, et ce le sera si je fais preuve de fermeté en ce domaine comme je l'ai fait avec la question de la priorité en matière de contribution des services[33]. »

King était déterminé à remporter cette bataille et passa immédiatement à l'offensive. Une demande de Campbell de se rendre au Canada pour discuter de la question fut déclinée, probablement dans le but de montrer aux Britanniques jusqu'à quel point King était sérieux, demande qui fut suivie d'une réitération que le Canada ne signerait pas d'accord tant que l'Article XV ne serait pas accepté. Ce fut une tactique efficace, même si elle ne reposait pas entièrement sur une froide logique calculatrice. Ce fut certainement apparent lorsque King laissa paraître ses émotions dans son journal personnel :

C'est vraiment honteux la manière dont le gouvernement britannique tente de se soustraire et de ne pas tenir compte de ses obligations. Il n'est pas surprenant que les Allemands et d'autres n'arrivent pas à s'entendre avec des gouvernements qui se comportent de cette façon avec leurs proches en ne faisant pas ce qu'ils peuvent pour leur venir en aide. … les Britanniques souhaitent être au sommet, point final, sans vouloir partager avec ceux qui les aident à sauver leur peau[34]. [Traduction]

King n'en avait toutefois pas encore fini avec les Anglais. Dans le but de mettre la pression aux Anglais, un message fut envoyé au R.-U. le 11 décembre précisant que l'Article XV était le seul point de l'accord qui achoppait, ce qui, de l'opinion du Canada, découlait uniquement de la « réticence du gouvernement du Royaume-Uni d'accepter notre réserve voulant que le personnel canadien participant au plan d'entraînement aérien... fasse partie de formations de l'ARC lors des combats ». Et pour accentuer encore plus la pression sur les Britanniques, on affirma au haut-commissaire britannique pour le Canada au R.-U. que « cela pourrait permettre d'économiser du temps si vous laissiez savoir au gouvernement britannique toute l'importance que le gouvernement [canadien] accorde à cet article[35]. » [Traduction]

La tempête déclenchée par King ramena effectivement les Britanniques à la table des négociations et traça les grandes lignes de la dernière étape des négociations qui devait précéder la signature de l'accord. Ce ne fut pas un processus facile, puisque les six jours suivants furent fertiles en événements dramatiques, intrigues et manœuvres diplomatiques. Ainsi, ils méritent une description détaillée puisqu'ils illustrent clairement toute l'importance qu'a revêtue l'Article XV pour le Canada dans son ensemble et pour l'ARC en particulier.

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À bien des égards, il est facile de saisir pourquoi l'Article XV constituait un problème pour les Britanniques. De leur point de vue, qui ne manquait d'ailleurs pas de justificatif, l'Article XV mettait en place un cadre en vertu duquel les contribuables britanniques seraient en fin de compte appelés à payer pour les escadrons canadiens outre-mer. Ils tenaient là quelque chose. Même si la contribution du Canada au plan visait à équiper et à entretenir des escadrons distincts, cela ne serait quand même pas suffisant pour couvrir le coût de l’entraînement de tous les Canadiens dans le cadre du plan, et il était clair que King et son équipe s'attendaient à ce que le R.-U. assume le reste de la facture. À juste titre, ce n'était pas un élément que favorisait le gouvernement britannique, mais il était prêt à accueillir autant d'escadrons canadiens que l'ARC voudrait bien fournir, à la condition, bien évidemment, que le Canada accepte de couvrir les dépenses qui y seraient associées. Comment le Canada entendait trouver les fonds pour soutenir le plan d'entraînement et payer pour les escadrons opérationnels qui, selon les paroles mêmes de King, placerait un lourd fardeau sur les épaules du pays, ne fut jamais expliqué[36]. Alors même que les Britanniques acceptaient l'idée tout en reconnaissant qu'il semblait impossible que le Canada arrive à trouver les fonds nécessaires au plan d'entraînement et aux escadrons outre-mer, il semblait néanmoins que leur ancienne colonie semblait vouloir le beurre et l'argent du beurre. Surtout, comme l'affirmait un universitaire canadien, « que les demandes en matière de financement et d'identité nationale visaient des objectifs opposés[37]. » Ce n'était pas le seul élément de la logique intéressée du Canada avec lequel les Britanniques avaient de la difficulté.

L'argent était un aspect; le personnel en était un autre. À titre d'exemple, l'un des observateurs britanniques indiquait que si tous les pilotes canadiens formés dans le cadre du plan devaient soudainement intégrer des unités de l'ARC, la moitié des escadrons actuellement en France deviendraient canadiens, malgré le fait que ces pilotes ne constituent qu'un dixième de nombre total de personnes en poste à cet endroit[38]. Ce concept devenait encore plus intrigant lorsque les chiffres étaient ramenés au niveau de chaque escadron. La nature du fonctionnement des escadrons a toujours fait en sorte que les équipes de soutien au sol soient considérablement plus importantes que le personnel d'aéronef, ce qui soulevait la question à savoir s'il était approprié de qualifier un escadron de « canadien » quand la grande majorité de son personnel provenait d'un autre pays que le Canada. Charles « Chubby » Power, qui devait devenir le ministre de la Défense nationale pour l'Aviation, a donné du poids aux arguments des Britanniques en étant par la suite forcé d'admettre que : « d'affirmer qu'un escadron était canadien alors que le personnel qui s'y rattachait était Britannique dans une proportion de dix personnes pour une constituait en quelque sorte une anomalie[39]. » [Traduction]

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Tout aussi valables qu'ils fussent, ces arguments n'ont pas convaincu King. Selon lui, le Canada assumait un énorme fardeau avec ce plan, de sorte qu'il n'était pas déraisonnable de s'attendre que les Britanniques acceptent cette demande en particulier. Après tout, c'est le Canada qui venait à l'aide du R.-U., et pas le contraire. Considéré sous cet angle, il faut avouer que King avait raison. On exigeait beaucoup du Canada, de sorte que les Britanniques n'auraient pas dû être réfractaires au sens croissant de nationalisme du Canada et à son souhait de contrôler les destinées de ses équipages d'aéronef en leur permettant de servir dans ses propres escadrons nationaux. C'est certainement un élément que Ralston, probablement le plus ardent défenseur de l'Article XV, a clairement exprimé à la délégation britannique, alors que King se rappelle comment...

Ralston revenait constamment sur [la] question du commandement et du soin de nos propres hommes d'équipage. Il insistait pour dire qu'au moment d'enrôler un grand nombre de pilotes au Canada, la première chose que ces derniers voudraient savoir serait s'ils devaient être placés sous les ordres d'un commandant canadien. S'ils allaient pouvoir faire partie d'escadrons canadiens plutôt que d'escadrons commandés par des officiers britanniques. Ralston précisa qu'à moins que ce que le Canada obtienne à cet égard ne soit clairement compris, le personnel craindrait d'être affecté, comme lors de la dernière guerre, à des endroits comme Passchendaele où leurs vies seraient inutilement sacrifiées. J'ai affirmé que je devais donner au Parlement l'assurance que nous serions protégés contre ce type de situations. J'ai clairement indiqué qu'il n'était que raisonnable de demander une telle chose lorsque ce sont des vies que nous mettons en jeu[40]. [Traduction]

C'est d'ailleurs cet argument, le fait que des Canadiens feraient sous peu l'ultime sacrifice pour aider les Britanniques dans leur effort de guerre, qui finit par convaincre le R.-U. qu'il devait faire tout en son pouvoir pour créer le plus grand nombre possible d'escadrons canadiens outre-mer.

Évidemment, les Britanniques n'étaient pas contre l'idée de se servir du personnel du plan pour former des escadrons canadiens outre-mer, dans la mesure où cela se ferait de manière équitable. La première tentative de compromis fut toutefois loin de satisfaire King. Dans les faits, les Britanniques suggérèrent que la contribution canadienne au plan soit le facteur clé pour déterminer le nombre d'escadrons qui seraient formés outre-mer. Ainsi, selon cette formule, le Canada pourrait mettre sur pied une quinzaine d'escadrons outre-mer. Curieusement, cette formule de calcul était presque identique à celle que Rogers avait proposée le 6 novembre, au moment où il indiquait que si le R.-U. entretenait 15 escadrons de l'ARC outre-mer, ce ne serait que raisonnable que le Canada assume 15 pour cent des coûts du plan d'entraînement aérien[41]. Le problème toutefois, c'est que la formule proposée alors par les Britanniques prévoyait une contribution financière canadienne de loin supérieure à 15 pour cent[42].

C'est à ce moment que le climat des négociations de l'Article XV s'est détérioré. À partir d'une suggestion de Campbell, un groupe, formé du lieutenant-colonel K. S. MacLachlan (sous-ministre de la Défense nationale pour la Marine et l'Aviation) et de Croil, représentant les Canadiens d'une part et de Brooke-Popham accompagné d'un membre subalterne de la délégation britannique d'autre part, fut mis sur pied pour tenter d'en venir à une formule qui serait satisfaisante pour tous. Leur solution se distinguait des formules antérieures en ce qu'elle ne tenait pas compte des aspects financiers, mais suggérait plutôt que l'organisation des escadrons de l'ARC sur le terrain dépende du nombre de Canadiens pour assurer le soutien au sol. King était furieux, affirmant « qu'il s'agissait d'une toute nouvelle suggestion » qui, de manière surprenante, était présentée au terme des négociations, surtout que ni l'Article XV ni même le reste du plan n'avaient jamais fait mention des équipes de soutien au sol. Le fait que même le CEMFA était d'accord avec cette formule ne surprit pas King qui croyait « qu'il était clair que le personnel des forces aériennes était favorable à cette formule puisqu'elle signifiait que les formations seraient entièrement canadiennes, tant dans les airs qu'au sol[43]. » [Traduction] Personne ne sait exactement quelle était la logique de Croil, même si on pourrait la résumer en affirmant qu'il croyait que des escadrons formés uniquement de Canadiens seraient plus « durables » et que, par conséquent, elle survivrait mieux à la période de paix suivant la guerre; du point de vue de King toutefois, le CEMFA n'avait pas bien saisi la perspective politique dans son ensemble.

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Le problème avec cette formule, c'est qu'elle était fondée sur l'hypothèse que les équipes britanniques au sol pourraient remplacer les Canadiens affectés au plan de sorte que ces derniers puissent être confiés aux escadrons canadiens outre-mer. Selon Riverdale, les Britanniques avaient fait cette proposition uniquement pour donner aux Canadiens ce qu'ils demandaient. King et ses ministres n'étaient toutefois pas impressionnés, puisque le premier ministre croyait que « cela ferait en sorte que le public critiquerait la formule en affirmant que les Canadiens ne visaient qu'à remplacer le personnel du R.-U. dans les zones dangereuses », ou pire encore, que le Canada « envoyait ses hommes au front pour servir de chair à canon ». Howe était tout aussi critique, en affirmant que la proposition britannique était « une offense au bon sens et à l'efficacité[44]. »

Cette référence à l'inefficacité découlait probablement du fait que toutes les évaluations financières canadiennes relatives au plan reposaient sur l'hypothèse que les Britanniques fourniraient le personnel de soutien au sol pour les escadrons outre-mer ce qui, comme le clamaient haut et fort King et Ralston, était leur perception de la situation depuis le tout début des négociations. Quoi qu'il en soit, tandis que Ralston considérait que ce concept britannique rendait l'Article XV caduc, King ne se gêna pas pour souligner que la RAF obtenait tous les pilotes qu'elle souhaitait de sorte que le R.-U. pourrait facilement compenser « ses dépenses en personnel au sol [pour les escadrons outre-mer] par les dépenses des Canadiens en personnel au sol affecté aux écoles de formation au Canada ». Pour les Canadiens toutefois, le bilan était fort simple : la formule britannique était « plutôt insatisfaisante » parce qu'elle limitait le nombre d'escadrons sur le terrain en Europe ce qui, dans l'optique du Cabinet de King, « ne pourrait réussir à satisfaire l'opinion publique au Canada[45] ».

Alors que King s'entêtait à imposer l'Article XV, un incident se produisit qui, croyait-il, était une tactique délibérée visant à lui forcer la main pour signer immédiatement un accord de plus grande envergure[46]. À sa grande surprise, King apprit au matin du 15 décembre que le premier ministre australien, Rober Menzies, avait annoncé que son pays et le R.-U. avaient conclu un accord en ce qui concernait le plan d'entraînement aérien. Il est important de noter qu'en dépit des soupçons et des croyances de King qui affirmait « qu'il s'agissait là d'une outrageuse violation des termes de l'accord[47] » [traduction], rien ne tend à prouver que les Britanniques s'étaient servis des Australiens pour exercer des pressions sur le Canada. Cependant, c'est exactement l'effet qu'avait eu l'annonce de Menzies. Le fait que le Canada poursuivait ses négociations avec les Britanniques après qu'un accord avait été conclu avec l'Australie pourrait  facilement laisser croire que c'était King et son gouvernement qui retardait la signature d'un accord global. L'Australie n'était pas le seul partenaire du Commonwealth à exaspérer King en ce qui concernait l'Article v; en effet, le représentant de la Nouvelle-Zélande avait déjà exercé des pressions sur le premier ministre canadien en faisant remarquer que l'accord devait être immédiatement signé et qu'il « fallait se fier aux Britanniques sans soulever la question [de l'Article XV] pour le moment[48]. » [Traduction] Isolé et seul à vouloir donner aux nations du Commonwealth un certain degré d'autonomie en ce qui concernait leurs escadrons outre-mer, King devait résister à une incroyable pression le poussant à faire sa propre annonce dans les journaux. Comment il arriverait à le faire sans que les négociations sur l'Article XV ne soient ficelées était plus qu'incertain[49]. Il savait cependant deux choses : que sa cause était juste et qu'il valait la peine de se battre pour le principe que représentait l'Article XV. King n'allait pas reculer, puisque de son point de vue...

...c'est simplement que les Britanniques veulent que leurs chiffres soient pris en compte en nous soutirant le plus d'argent possible. C'est une attitude plutôt mesquine étant donné les énormes dépenses que nous faisons et des généreuses mesures que nous proposons dans l'ensemble. Je suis heureux d'avoir fait preuve de fermeté la semaine dernière, puisque cette question [l'Article XV] a soulevé un problème beaucoup plus important que ce qui [primauté de l'effort], selon nous, était en jeu[50].

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La détermination de King a porté des fruits. Plutôt que de céder à ce qu'il considérait comme des manœuvres et, jusqu'à un certain point, des tactiques sournoises de la part des Britanniques, le premier ministre passa à l'offensive. Il rencontra d'abord Riverdale qui, comme l'avait bien deviné King, était le membre le plus raisonnable et le plus facile d'approche de la délégation britannique. Ce faisant, King insista sur le fait que l'annonce de Menzies causait un grand embarras au Canada et que la question devait être réglée sans délai. En réalité, si les Britanniques s'étaient vraiment servis de Menzies pour exercer des pressions sur le Canada, ils avaient gravement sous-estimé King, dont la ruse politique était sur le point de saper entièrement leur position.

King s'attela immédiatement à la tâche avec Riverdale parce qu'il croyait « qu'ils avaient relativement la même manière de voir les choses ». Admettant plus tard qu'il « avait lui-même bien des problèmes avec ses propres troupes », référence qui semblait dirigée vers Campbell et Brooke-Popham, Riverdale souhaitait signer cet accord tout aussi ardemment que King. Il a par conséquent montré à King une ébauche de réponse à la lettre de Rogers du 8 décembre 1939 qui indiquait à peu de choses près que les Britanniques étaient prêts à accepter l'Article XV tel que les Canadiens l'avaient rédigé[51]. Si Riverdale avait été le seul aux commandes, la crise se serait arrêtée là. Après une poignée de main « destinée à régler la question », Riverdale affirma à King qu'il devait montrer sa réponse à Campbell et Brooke-Popham, mais qu'il espérait être rapidement de retour. Riverdale n'est jamais revenu. Comme la question était maintenant entre les mains de Campbell et Brooke-Popham, King n'aurait pas dû être surpris qu'elle soit soudainement portée à l'examen de Londres. Le lendemain, 16 décembre, King était réticent à appeler Riverdale par peur qu'un tel appel ne laisse croire qu'il était anxieux, ou pire encore, effrayé, et que cela envoie le mauvais message à un tournant crucial des négociations. Il demanda donc à Ralston de prendre contact avec Riverdale et Brooke-Popham. La réponse de Ralston fut moins que satisfaisante, puisqu'il indiquait que les deux hommes avaient exigé un peu de temps pour réfléchir à ce qui avait été dit. King n'était pas satisfait et communiqua finalement avec Riverdale pour se faire dire qu'il était impossible de réunir l'équipe britannique dont certains membres étaient sortis pour le dîner et d'autres assistaient à une partie de hockey[52].

Il est difficile de ne pas en venir à la conclusion que les Britanniques laissaient aller les choses dans l'espoir que la pression de l'annonce de Menzies finirait par avoir raison de King. Ce fut certainement évident lorsque King dit aux représentants britanniques qu'il croyait devoir appeler personnellement Londres pour obtenir une réponse. Les affirmations de Campbell voulant « qu'il était trop tard pour appeler » et que la conversation de King risquait d'être interceptée, ce qui rassurerait l'ennemi au plus haut point, sentaient le désespoir et semblaient indiquer que la position des Britanniques n'était pas aussi solide qu'ils voulaient le laisser croire[53]. King avait raison d'avoir des soupçons. Lorsque la réponse des Britanniques est finalement arrivée, il ne pouvait en croire ses oreilles.

Après avoir entendu la réponse de Londres, Riverdale dit à King qu'il était dorénavant autorisé à répondre à la lettre de Rogers du 8 décembre. Les Britanniques étaient prêts à accepter l'Article XV, moyennant toutefois une importante réserve : la mise sur pied des escadrons canadiens outre-mer serait étroitement liée aux sommes que le Canada engagerait dans le plan. King était outré, affirmant que la réponse des Britanniques était « froide » et qu'elle ne tenait absolument pas compte de « l'importante contribution du Canada en personnel, notamment en pilotes, observateurs et mitrailleurs de bord ». Pour le premier ministre, ce fut le coup fatal, puisqu'il croyait que « le message correspondait à ce que nous pensions depuis le début, que le ministère de l'Air tentait de soutirer le plus d'argent possible du gouvernement du Canada pour faire en sorte qu'il soit impossible de commander les Canadiens alors que les équipes de soutien seraient britanniques ». Sa réaction était brillante et donnait une bonne idée du politicien avisé et rusé qu'il était[54].

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Tout d'abord, King acceptait les termes de la proposition à laquelle il avait travaillé avec Riverdale le matin même et, ce faisant, il rejetait effectivement la réponse qu'il venait tout juste de recevoir[55]. Ensuite, il rédigea et envoya directement un télégramme à Neville Chamberlain qui ne laissait aucun doute quant à la résolution du premier ministre à l'égard de cette question :

Je crains qu'un grave danger ne mette en péril le plan d'entraînement conjoint à moins que nos deux gouvernements n'en viennent à une entente sans délai... Je ne peux trop fortement insister auprès de vous sur l'importance qu'accorde la population canadienne au principe abordé dans la lettre du ministre de la Défense nationale en date du 8 décembre, compte tenu de l’impact sur les soldats canadiens sur le terrain. Nous sommes désireux de conclure l'accord et d'aller de l'avant avec le plan dans les plus brefs délais[56].

Sa tactique finale fut probablement la plus brillante, au moment où il rendit visite au gouverneur général. Il s'agissait d'une initiative audacieuse, puisqu'en consultant le représentant au Canada du roi George V, le premier ministre faisait effectivement appel à la monarchie britannique. Et cela a fonctionné. Le gouverneur général était plus que favorable à l'idée alors que King mettait tout sur la table, notamment ses soupçons quant à l'annonce de Menzies qui laissait entrevoir la participation du ministère de l'Air britannique ainsi que ses craintes voulant que le R.-U. tente d'extorquer plus d'argent du Canada en échange de son acceptation de l'Article XV. Le gouverneur général trouvait tout cela « ridicule » et « outrageux », mais c'est ce que King ajouta par la suite qui sembla vraiment choquer le plus le représentant du roi[57].

Le commentaire le plus dévastateur de King faisait référence à certains commentaires désobligeants qu'avait eus Brooke-Popham à l'égard des Canadiens pendant les négociations en lien avec la création des escadrons outre-mer. King soulevait alors un argument de taille. Au premier abord, les arguments de Brooke-Popham semblaient avoir du sens, puisqu'il avait déjà affirmé que les unités se devaient d'être homogènes[58]. Mais cet énoncé ne tenait pas compte du fait qu'un grand nombre de Canadiens étaient déjà en place dans les escadrons britanniques, ce qui a amené Howe à se demander si « la mission du R.-U. voulait ainsi insinuer qu'alors que d'une part il était possible pour les équipages d'aéronef de l'ARC de grossir les rangs des escadrons de la RAF, il était d'autre part impossible pour les équipes de soutien au sol de la RAF de grossir les rangs des escadrons de l'ARC[59] ». Il s'agissait certes d'un argument important, mais un commentaire intercepté par King voulant que le maréchal de l'Air britannique ne pouvait pas accepter l'Article XV parce que cela voudrait dire « qu'un grand nombre d'Anglais devraient servir sous commandement militaire canadien[60] » acheva d'emporter les dernières résistances. Du point de vue de King, il avait fait « sortir le chat du sac[61] » et renforcé l'idée que...

Comme nous le pensions, ce qui importait vraiment pour les forces aériennes britanniques, c'était de conserver le commandement, bien qu'elles aient été obligées d'admettre qu'en de nombreuses occasions, les pilotes canadiens faisaient preuve de compétences et d'un jugement supérieurs à ceux de leurs équipages. À la lumière de cette remarque, je me suis fait à l'idée que nous devions résister avec la dernière énergie aux doutes quant à leur position une fois que nos équipages seraient sur place[62]. [Traduction]

Le fait que King croyait que l'Article XV, et possiblement l'accord en entier, ne pourrait être signé parce que la délégation britannique ne voulait pas que le personnel britannique serve sous les ordres de commandants canadiens toucha une corde sensible chez le gouverneur général qui, de l'avis du premier ministre, « était entièrement de mon côté[63]. »

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Quoique l'intention apparente de King était de transmettre toute la question au roi George V, il voulait avant tout que le gouverneur général parle à Brooke-Popham qui était, lui-même, un ancien représentant des colonies. La stratégie de King n'aurait pu être mieux choisie. Dans un effort pour mettre fin à la discussion, King indiqua qu'il tentait désespérément de conclure un important accord et que, de son point de vue, le gouverneur général était le mieux placé pour expliquer la situation à Brooke-Popham. Ce serait malheureux que « la rumeur se répande que cet accord... qui aurait dû se régler par un simple « oui » le 8 décembre... a été retardé pendant de nombreux jours en raison de l'impossibilité de réunir une équipe parce que certains de ses membres devaient assister à des dîners ou à des parties de hockey[64]. » King condamnait effectivement les Britanniques, et cela mit la table pour un ultime et, jusqu'à un certain point, pathétique bras de fer entre les deux délégations.

Le 16 décembre, tout juste avant minuit, King rencontra la délégation britannique; il était alors clair que sa tactique auprès du gouverneur général avait porté fruit. L'examen de la documentation relative aux négociations montrait clairement que Brooke-Popham avait été le plus grand obstacle à la signature de l'Article XV et qu'il croyait sans doute que ce serait plus efficace du point de vue opérationnel d'affecter les équipages d'aéronef du Commonwealth à des escadrons britanniques. À de nombreux égards, il avait raison. Le désir de l'ARC de créer des escadrons nationaux, politique qui à l'époque connut une certaine notoriété sous l'appellation de « canadianisation », fut à l'origine d'un certain nombre de problèmes qui n'auraient pas existé si les nations du Commonwealth s'étaient entendues pour regrouper tout leur personnel dans ce qui aurait effectivement été une importante force aérienne impériale. C'est toutefois sur ce point que Brooke-Popham, et à cet égard les Britanniques dans leur ensemble, avaient gravement sous-estimé le désir au sein des nations du Commonwealth, et au Canada en particulier, d'être reconnues à titre de nations indépendantes au lieu d'être intégrées dans de grandes unités britanniques. Cela est tout particulièrement évident dans un rapport rédigé par Campbell quelques jours après la conclusion des négociations sur le PEACB et dans lequel il affirmait que :

Toutes proportions gardées, il ne fait aucun doute qu'il [le Canadien] préférait faire partie d'une brigade avec des compatriotes canadiens... Le Canadien moyen se rappelle des exploits des équipages d'aéronef canadiens au cours de la dernière guerre. Il sait qu'ils n'ont pas eu à servir dans la Royal Air Force. Il dirait sans aucun doute... Amenez-moi au front, mettez-moi dans une machine, envoyez-moi me battre dans les airs contre l'ennemi; c'est tout ce dont j'ai besoin pour prouver au monde mon identité canadienne[65]! [Traduction]

Le commentaire était flatteur, mais il ne tenait pas compte du fait que King et ses ministres savaient mieux que quiconque ce que voulait leur pays, et qu'il était clair dans leur esprit que la population n'accepterait rien de moins que la majorité des Canadiens fassent partie de leurs propres escadrons nationaux.

Le fait que King avait remporté la bataille de l'Article XV était bien connu au moment où il a vu Brooke-Popham pour la dernière fois avant la signature de l'accord :

Je dois dire que je n'avais jamais vu un homme si dévasté que semblait l'être Sir Robert Brooke-Popham. En fait, on aurait dit qu'il avait subi une sévère correction. Il avait le visage rouge et ses gestes étaient très hésitants. Je crois qu'il n'avait jamais prévu que le gouverneur général s'adresse à lui, et parce qu'il avait lui-même occupé le poste de gouverneur d'une colonie de la Couronne, il avait réalisé toute l'importance de la parole du gouverneur d'un dominion autonome qui parlait au nom du roi[66]. [Traduction]

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Comme le faisait remarquer un observateur, les négociations entourant le PEACB avaient parfois été amères, tout particulièrement au moment de la conclusion de l'Article XV[67]. Plutôt que d'accepter d'avoir été manipulé et écarté par King, Brooke-Popham fit un dernier affront aux Canadiens. C'était un geste ridicule qui prouvait jusqu'à quel point s'étaient abaissés les négociateurs de l'Article XV. Après avoir lu le texte de la réponse qui devait mener à la conclusion de l'accord, Brooke-Popham fut offensé par un seul et unique mot dans une seule et unique phrase :

Étant entendu que les chiffres qui serviraient à l'établissement des unités feraient l'objet de discussions entre les deux gouvernements, le gouvernement du Royaume-Uni accepte le principe selon lequel, conformément à l'intention du paragraphe 15 du protocole d'entente, le gouvernement du Royaume-Uni, à la demande du gouvernement canadien, prendrait les mesures nécessaires pour faire en sorte que les élèves canadiens, à leur sortie du plan d'entraînement, soient intégrés à des unités et des formations de l'Aviation royale du Canada sur place[68]. [Traduction] [C'est nous qui soulignons.]

Pour Brooke-Popham, le mot « the (les) » devant l'expression « élèves canadiens » revêtait une signification sinistre qui laissait entendre que tout le personnel de l'ARC formé dans le cadre du plan devrait rejoindre des unités canadiennes. À cette heure avancée de la nuit, King était atterré par le fait qu'un seul mot empêchait la conclusion de l'accord, et il avait de la difficulté à déterminer en quoi ce simple mot modifiait, d'une façon ou d'une autre, la signification de l'Article XV. Réalisant peut-être que c'était le moyen qu'avait trouvé Brooke-Popham pour sauver la face dans ce qui avait autrement l'air d'une victoire canadienne sur toute la ligne, King accepta sa demande d'enlever le fameux « mot » si offensant. Cette modification apparemment insignifiante mit fin à la bataille entourant l'Article XV[69].

L'accord sur le PEACB fut signé en date du 17 décembre 1939, qui correspondait aussi à l'anniversaire de King; ce dernier fit le souhait tout à fait approprié que l'épisode qui venait de prendre fin représenterait : « un instrument de paix qui ferait en sorte qu'un jour, la paix serait restaurée et maintenue. Au moment d'apposer ma signature, je me suis retourné vers les autres personnes présentes dans la pièce et j'ai dit que mon premier souhait en cette nouvelle année de ma vie était que ce document, que nous nous apprêtions à signer, accélère le retour de la paix dans le monde[70]. » C'est exactement ce que devait faire le PEACB, ses « diplômés » intégrant l'effort de guerre aérienne des Alliés qui fut essentiel à la victoire qui devait mettre fin à la guerre. Quoi qu'il en soit, grâce à King, à ses ministres et au CEMFA, le rôle joué par le Canada dans la guerre aérienne a fait l'objet d'une reconnaissance beaucoup plus importante que si sa participation avait uniquement été intégrée aux activités de la RAF. Ce fut un instant mémorable, parce que l'Article XV devait mener au changement du numéro des trois escadrons existants et à la mise sur pied de pas moins de trente escadrons outre-mer de la série 400. Tous ces escadrons se sont bravement battus, instituant une fière tradition qui a perduré jusqu'à ce jour pour les unités qui sont toujours actives. Avec les escadrons 400, 401 et 402 qui poursuivaient dans la lignée des escadrons existants, la mise sur pied de l'escadron 403 en mars 1941 a été un moment décisif pour l'ARC. Et étant donné que la création de ces escadrons il y a 75 ans était le résultat direct des négociations de l'Article XV, l'ARC est dans une bonne position pour reconnaître l’importance du PEACB, qui a rendu tout cela possible.


 M. Richard Oliver Mayne, CD, Ph. D., a fait partie de la Réserve navale du Canada pendant 17 ans. Il a été historien à la Direction – Histoire et patrimoine et chef de section adjoint dans l’Équipe d’analyse de la sécurité future relevant du Chef – Développement des forces. Il a obtenu son doctorat de l’Université Queen’s au printemps 2008 et il a signé de nombreuses publications sur les affaires militaires canadiennes. Il occupe maintenant le poste de Directeur – Histoire et patrimoine de la Force aérienne.

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Abréviations

ARC―Aviation royale du Canada (avant 1968); Aviation royale canadienne (après 2011)BAC―Bibliothèque et Archives Canada
CEMFA―Chef d'état-major de la Force aérienne
FD―fonds de dossiers
NF―numéro de fonds
PEACB―Plan d’entraînement aérien du Commonwealth britannique
R.-U.―Royaume-Uni
RAF―Royal Air Force
RFC―Royal Flying Corps

Notes

[1]. F. J. Hatch, L'aérodrome de la démocratie : Plan d'entraînement aérien du Commonwealth britannique et du Canada, 1939–1945, Ottawa, Direction – Service historique, 1983, p. 2.  (retourner)

[2]. Le Plan d’entraînement aérien du Commonwealth britannique, sans date, Bibliothèque et Archives Canada (BAC), numéro de fonds (NF) 25, vol. 1858A, fichier 72-T-38c.  (retourner)

[3]. La série 400 a été établie pour éviter toute confusion entre les forces du Commonwealth. Pendant la bataille d'Angleterre par exemple, il y avait un Escadron n° 1 de l'ARC et un Escadron n° 1 de la RAF. Pour éviter une telle situation, les escadrons canadiens se sont vus attribuer un bloc de numéros de 400 à 449. Un observateur avisé remarquerait que cette série ne tient pas compte de l'escadron 450. Le fait que le Canada possède un escadron 450 est une erreur d'après-guerre; on n'avait alors pas réalisé que la désignation d'escadron 450 avait déjà été attribuée à l'Australie. Heureusement, les Australiens ont accepté de partager ce numéro d'escadron avec le Canada.  (retourner)

[4]. Il y a lieu de préciser que si le présent document s'attarde au côté canadien de l'histoire, personne n'a encore étudié les dossiers britanniques relatifs à l'Article XV.  (retourner)

[5]. C. P. Stacey, Armes, hommes et gouvernements : les politiques de guerre du Canada, 1939-1945, Ottawa, Imprimeur de la Reine, 1970, p. 19.  (retourner)

[6]. C. P. Stacey, Armes, hommes et gouvernements : les politiques de guerre du Canada, 1939-1945, Ottawa, Imprimeur de la Reine, 1970, p. 20.  (retourner)

[7]. W. A. B. Douglas, The Creation of a National Air Force, Toronto, University of Toronto Press, 1986, p. 213.  (retourner)

[8]. C. P. Stacey, Armes, hommes et gouvernements : les politiques de guerre du Canada, 1939-1945, Ottawa, Imprimeur de la Reine, 1970, p. 124-132.  (retourner)

[9]. C. P. Stacey, Armes, hommes et gouvernements : les politiques de guerre du Canada, 1939-1945, Ottawa, Imprimeur de la Reine, 1970, p. 124-132.  (retourner)

[10]. Journal personnel de William Lyon Mackenzie King (ci-après, journal personnel de King), 31 octobre 1939, BAC, p. 1191-1195, consulté le 3 juin 2016, www.collectionscanada.gc.ca/databases/king/index-e.html, p. 1191-1195.  (retourner)

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[11]. Comité de guerre du Cabinet, 31 octobre 1939, BAC, NF 2, 7 C, vol. 1.  (retourner)

[12]. C. P. Stacey, Armes, hommes et gouvernements : les politiques de guerre du Canada, 1939-1945, Ottawa, Imprimeur de la Reine, 1970, p. 21.  (retourner)

[13]. Comité de guerre du Cabinet, 31 octobre 1939, BAC, NF 2, 7 C, vol. 1.  (retourner)

[14]. Journal personnel de William Lyon Mackenzie King (ci-après, journal personnel de King), 31 octobre 1939, BAC, p. 1191-1195.  (retourner)

[15]. Journal personnel de William Lyon Mackenzie King (ci-après, journal personnel de King), 31 octobre 1939, BAC, p. 1191-1195.  (retourner)

[16]. Comité de guerre du Cabinet, 31 octobre1939, BAC, NF 2, 7 C, vol. 1; journal personnel de William Lyon Mackenzie King (ci-après, journal personnel de King), 31 octobre 1939, BAC, p. 1191-1195.  (retourner)

[17]. Comité de guerre du Cabinet, 6 novembre 1939, BAC, NF 2, 7 C, vol. 1.  (retourner)

[18]. Cité dans Brereton Greenhous et Hugh Halliday, L'aviation militaire canadienne 1914–1999, Montréal, Art Global, 1999, p. 19. Pour de plus amples renseignements sur cette période, consultez l'article de Richard Oliver Mayne, « Questions de royauté : symbolisme, histoire et importance du changement de nom de l'ARC, 1909–2011 » La revue de l'Aviation royale canadienne, vol. 1, n° 4 (automne 2012).  (retourner)

[19]. CEMFA au ministre, 23 novembre1939, Direction – Histoire et patrimoine, 180.009 (D12).  (retourner)

[20]. Compte rendu du Conseil d'urgence, 14 novembre 1939, BAC, NF 2, 7 C, vol. 1.  (retourner)

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[21]. Secrétaire d'État pour les Affaires extérieures au haut-commissaire pour le Canada (Londres), 25 novembre 1939, BAC, NF 25, vol. 1858A, dossier 72-T-38c, partie 1; message 111 du premier ministre britannique au premier ministre canadien, 27 novembre 1939, BAC, dossiers de King, NF 26 – J 13; message 118 du premier ministre canadien au premier ministre britannique, 27 novembre 1939, BAC, NF 25, vol. 1858A, dossier 72-T-38c, partie 1.  (retourner)

[22]. Journal personnel de William Lyon Mackenzie King (ci-après, journal personnel de King), 31 octobre 1939, BAC, p. 1261-1262.  (retourner)

[23]. Journal personnel de William Lyon Mackenzie King (ci-après, journal personnel de King), 31 octobre 1939, BAC, p. 1265-1266.  (retourner)

[24]. Journal personnel de William Lyon Mackenzie King (ci-après, journal personnel de King), 31 octobre 1939, BAC, p. 1265-1266.  (retourner)

[25]. Secrétaire d'État des Affaires du dominion au secrétaire d'État des Affaires extérieures, 1er décembre 1939, BAC, NF 25, vol. 1858A, dossier 72-T-38c, partie 1.  (retourner)

[26]. Échange entre Rogers et Balfour, 27 novembre1939, BAC, dossiers de King, FD 26 – J 13, 234424.  (retourner)

[27]. Compte rendu du Conseil d'urgence, 27 novembre1939, BAC, NF 2, 7 C, vol. 1.  (retourner)

[28]. Secrétaire d'État aux Affaires extérieures au secrétaire d'État aux Affaires du dominion, réponse au télégramme n° 111, 28 novembre 1939, BAC, NF 25, vol. 1858A, dossier 72-T-38c, partie 1.  (retourner)

[29]. Échange entre Balfour et Rogers, 27 novembre 1939, BAC, NF 25, vol. 1858A, dossier 72-T-38c, parte 1; et journal personnel de William Lyon Mackenzie King (ci-après, journal personnel de King), 31 octobre 1939, BAC, p. 1265-1266.  (retourner)

[30]. Journal personnel de William Lyon Mackenzie King (ci-après, journal personnel de King), 31 octobre 1939, BAC, p. 1296.  (retourner)

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[31]. Échange entre Rogers et Riverdale, 8 décembre 1939, BAC, dossiers de King, FD 26 – J 13, 234432; échange entre Riverdale et Rogers, 8 décembre 1939, BAC, dossiers de King, 234437.  (retourner)

[32]. Journal personnel de William Lyon Mackenzie King (ci-après, journal personnel de King), 31 octobre 1939, BAC, p. 1300.  (retourner)

[33]. Journal personnel de William Lyon Mackenzie King (ci-après, journal personnel de King), 31 octobre 1939, BAC, p. 1300.  (retourner)

[34]. Journal personnel de William Lyon Mackenzie King (ci-après, journal personnel de King), 31 octobre 1939, BAC, p. 1302-1303.  (retourner)

[35]. Affaires extérieures à Ottawa au haut-commissaire pour le Canada en Grande-Bretagne, 11 décembre 1939, BAC, GE 25, vol. 1858A, dossier 72-T-38c, partie 1.  (retourner)

[36]. Notes d'une rencontre tenue au Bureau du Dominion le 13 décembre pour discuter du plan d'entraînement aérien, 13 décembre 1939, BAC, NF 25, vol. 1858A, dossier 72-T-38c, partie 1; et C. P. Stacey, Armes, hommes et gouvernements : les politiques de guerre du Canada, 1939-1945, Ottawa, Imprimeur de la Reine, 1970, p. 26.  (retourner)

[37]. W. A. B. Douglas, The Creation of a National Air Force, Toronto, University of Toronto Press, 1986, p. 215.  (retourner)

[38]. Notes d'une rencontre tenue au Bureau du Dominion le 13 décembre pour discuter du plan d'entraînement aérien, 13 décembre 1939, BAC, NF 25, vol. 1858A, dossier 72-T-38c, partie 1.  (retourner)

[39]. Charles G. Power, A Party Politician, Toronto, Macmillan, 1966, p. 204.  (retourner)

[40]. Journal personnel de William Lyon Mackenzie King (ci-après, journal personnel de King), 31 octobre 1939, BAC, p. 1314 et 1316-1318.  (retourner)

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[41]. Comité de guerre du Cabinet, 6 novembre 1939, BAC, NF 2, 7 C, vol. 1.  (retourner)

[42]. Notes d'une rencontre tenue au Bureau du Dominion le 13 décembre pour discuter du plan d'entraînement aérien, 13 décembre 1939, BAC, NF 25, vol. 1858A, dossier 72-T-38c, partie 1.  (retourner)

[43]. Journal personnel de William Lyon Mackenzie King (ci-après, journal personnel de King), 31 octobre 1939, BAC, p. 1310-1311; échange entre le CEMFA et le ministre, 23 novembre 1939, Direction – Histoire et patrimoine, 180.009 (D12).  (retourner)

[44]. Comité de guerre du Cabinet, 14 décembre 1939, BAC, NF 2, 7 C, vol. 1; journal personnel de William Lyon Mackenzie King (ci-après, journal personnel de King), 31 octobre 1939, BAC, p. 1310-1311.  (retourner)

[45]. Comité de guerre du Cabinet, 14 décembre 1939, BAC, NF 2, 7 C, vol. 1.  (retourner)

[46]. Journal personnel de William Lyon Mackenzie King (ci-après, journal personnel de King), 31 octobre 1939, BAC, p. 1319.  (retourner)

[47]. Journal personnel de William Lyon Mackenzie King (ci-après, journal personnel de King), 31 octobre 1939, BAC, p. 1314 et 1316-1318.  (retourner)

[48]. Journal personnel de William Lyon Mackenzie King (ci-après, journal personnel de King), 31 octobre 1939, BAC, p. 1302-1303.  (retourner)

[49]. Journal personnel de William Lyon Mackenzie King (ci-après, journal personnel de King), 31 octobre 1939, BAC, p. 1314 et 1316-1318.  (retourner)

[50]. Journal personnel de William Lyon Mackenzie King (ci-après, journal personnel de King), 31 octobre 1939, BAC, p. 1310-1311.  (retourner)

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[51]. Échange entre King et Riverdale, 15 décembre 1939, BAC, dossiers de King, FD 26 – J 13, 235648.  (retourner)

[52]. Journal personnel de William Lyon Mackenzie King (ci-après, journal personnel de King), 31 octobre 1939, BAC, p. 1319.  (retourner)

[53]. Journal personnel de William Lyon Mackenzie King (ci-après, journal personnel de King), 31 octobre 1939, BAC, p. 1314 et 1316-1318.  (retourner)

[54]. Échange entre Riverdale et King, 15 décembre 1939, BAC, dossiers de King, FD 26 – J 13, 236642; journal personnel de William Lyon Mackenzie King (ci-après, journal personnel de King), 31 octobre 1939, BAC, p. 1314 et 1316-1318.  (retourner)

[55]. Échange entre King et Riverdale, 15 décembre 1939, BAC, dossiers de King, FD 26 – J 13, 235648.  (retourner)

[56]. Échange entre King et Chamberlain, 16 décembre 1939, BAC, NF 25, vol. 1858A, dossier 72-T-38c.  (retourner)

[57]. Journal personnel de William Lyon Mackenzie King (ci-après, journal personnel de King), 31 octobre 1939, BAC, p. 1319.  (retourner)

[58]. Comité de guerre du Cabinet, 14 décembre 1939, BAC, NF 2, 7 C, vol. 1.  (retourner)

[59]. Comité de guerre du Cabinet, 14 décembre 1939, BAC, NF 2, 7 C, vol. 1.  (retourner)

[60]. Journal personnel de William Lyon Mackenzie King (ci-après, journal personnel de King), 31 octobre 1939, BAC, p. 1319.  (retourner)

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[61]. Journal personnel de William Lyon Mackenzie King (ci-après, journal personnel de King), 31 octobre 1939, BAC, p.1318.  (retourner)

[62]. Journal personnel de William Lyon Mackenzie King (ci-après, journal personnel de King), 31 octobre 1939, BAC, p.1314 et 1316-1318.  (retourner)

[63]. Journal personnel de William Lyon Mackenzie King (ci-après, journal personnel de King), 31 octobre 1939, BAC, p.1319.  (retourner)

[64]. Journal personnel de William Lyon Mackenzie King (ci-après, journal personnel de King), 31 octobre 1939, BAC, p. 1319.  (retourner)

[65]. Haut commissaire du R.-U. pour le secrétariat des dominions, 19 décembre 1939, The National Archives (R.-U.), Prem 1/397. Comme indiqué dans le livre de W. A. B. Douglas, The Creation of a National Air Force, Toronto, University of Toronto Press, 1986, p. 214.  (retourner)

[66]. Journal personnel de William Lyon Mackenzie King (ci-après, journal personnel de King), 31 octobre 1939, BAC, p. 1319.  (retourner)

[67]. Charles G. Power, A Party Politician, Toronto, Macmillan, 1966, p. 204.  (retourner)

[68]. Échange entre Riverdale et Rogers, 16 décembre 1939, BAC, dossiers de King, FD 26 – J 13, 234434. Note de l’éditeur : dans la citation originale en anglais, le texte se lit : « … would arrange the Canadian pupils… ». En français, l’emploi de l’article « le » est obligatoire, alors qu’en anglais, s’il est utilisé, la connotation déterminante est clairement indiquée.  (retourner)

[69]. Journal de King, 16 décembre 1939, p. 1319; C. P. Stacey, Armes, hommes et gouvernements : les politiques de guerre du Canada, 1939-1945, Ottawa, Imprimeur de la Reine, 1970, p. 27.  (retourner)

[70]. Journal personnel de William Lyon Mackenzie King (ci-après, journal personnel de King), 31 octobre 1939, BAC, p.1319.  (retourner)

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