Critique de livre - Master of the Air: William Tunner and the Success of Military Airlift (La Revue de l'ARC - ÉTÉ 2016 - Volume 5, Numéro 3)

Cover of Master of the Air

Master of the Air: William Tunner and the Success of Military Airlift

Par Robert A. Slayton

Tuscaloosa: The University of Alabama Press, 2010
303 pages
ISBN 978-8173-1692-1

compte rendu de Richard Goette, Ph. D.

Master of the Air est une étude biographique du champion de la mobilité aérienne / du transport aérien stratégique des forces aériennes américaines, le lieutenant-général William Tunner. Robert Slayton, un professeur au Département d’histoire du Wilkinson College of Humanities and Social Sciences à l’Université Chapman, en Californie, désigne Tunner comme « le père du transport aérien militaire[1]. » Cette appellation est appropriée, car ce remarquable général des forces aériennes américaines a joué un rôle clé et souvent de premier plan dans certaines des entreprises de transport aérien les plus importantes du milieu du XXe siècle, y compris le « Hump » en Birmanie, le pont aérien de Berlin, la Corée ainsi que le développement et la croissance du secteur de la mobilité aérienne de la United States Air Force (USAF).

Dans les pages de ce livre, Slayton expose brièvement la longue carrière de Tunner dans le domaine du transport aérien stratégique; il souligne particulièrement ses efforts assidus pour que la mobilité aérienne soit un partenaire de plein droit de certains des autres secteurs, plus cinétiques, des forces aériennes comme les chasseurs et les bombardiers. L’auteur dépeint ainsi Tunner d’une manière rappelant presque Billy Mitchell. Tunner est comparé non seulement à l’interprétation plus inclusive de la puissance aérienne du célèbre théoricien de la puissance aérienne américaine, mais également à la défense ardente et même de croisade, de ce en quoi il croyait, et pour Tunner, c’était le transport aérien. En effet, Slayton désigne Tunner comme un « agent de la transformation[2] », en insistant sur le fait que les personnes qui sont des agents du changement pour les institutions sont celles « qui remettent en question l’essence même des croyances et des pratiques des institutions, et qui les obligent à changer en mieux[3]. » [Traduction] Cependant, Slayton ne se concentre pas sur Tunner en oubliant les autres; en effet, l’auteur démontre clairement un aspect crucial du leadership : avoir des subalternes compétents (ce que Slayton appelle au chapitre 4 « les hommes de Tunner ») dans son état-major pour permettre au leader et à la mission de réussir. Tunner n’était pas quelqu’un qui supportait les imbéciles, mais il n’était pas non plus un leader autoritaire, car il reconnaissait aussi qu’il est important d’avoir une concurrence saine entre les équipages d’aéronefs pour accroître l’efficacité et que l’humour était essentiel au maintien du moral.

Bien que Slayton soit de toute évidence un admirateur de Tunner, il ne s’empêche pas de critiquer directement le général de l’USAF lorsqu’il le faut. En particulier, Slayton souligne la façon dont l’incroyable éthique du travail de Tunner voulait aussi dire qu’il attendait le même dévouement de la part de ceux qu’il commandait, faisant en sorte qu’il avait tendance à surmener son personnel, ce qui entraînait des problèmes de moral. En outre, la grande vision de Tunner de vouloir démontrer que le transport aérien était un partenaire de plein droit l’empêchait parfois de voir d’autres problèmes urgents, comme être trop concentré sur « recevoir des quantités massives de marchandises, et ne pas s’arrêter pour les débarquer[4]. » [Traduction] En lisant que Tunner travaillait avec tant d’acharnement qu’il s’est vraiment rendu malade[5], on se rappelle également notre propre maréchal de l’Air Gus Edwards de l’Aviation royale du Canada (ARC).

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Le point culminant du livre est l’examen que fait Slayton du rôle de Tunner dans l’opération VITTLES durant le pont aérien de Berlin, lequel, on pourrait affirmer, est une des démonstrations les plus remarquables de l’utilité de la puissance aérienne (particulièrement la mobilité aérienne). L’auteur note le point intéressant que les Soviétiques, se basant sur l’expérience de la Luftwaffe à Stalingrad en 1942-43, ont minimisé l’importance de la capacité de transport aérien requis pour maintenir en puissance une force ou une population entourée[6]. Il souhaite aussi rétablir les faits en ce que, même si la majorité du mérite pour le pont aérien de Berlin a été attribué au Général Lucius Clay, le véritable génie derrière cet exploit était Tunner. « Il est devenu l’architecte du transport aérien, le vrai vainqueur de Berlin dans ces cieux obscurs de 1948 et 1949[7]. » [Traduction] Tunner a imaginé le système complexe de vols de transport de marchandises à destination et en provenance de la ville assiégée et, ce faisant, a mis au point diverses procédures et pratiques exemplaires pour l’aviation militaire et civile pour les années à venir (p. ex., l’orientation parallèle uniforme des pistes).

Tout comme le concept de l’indivisibilité de la puissance aérienne, lequel dicte que l’utilisation militaire de l’aviation devrait être gérée par ceux qui ont l’expertise (membres d’une force aérienne), Slayton souligne également que Tunner croyait que le transport aérien ne peut pas être confié à un officier ordinaire des forces aériennes et que la personne doit avoir reçu une formation particulière en transport aérien auprès de ceux qui savent entièrement ce qu’ils font[8]. Ceci inclut aussi le commandement et le contrôle des ressources de mobilité aérienne. « Son expérience en Corée avait confirmé l’idée que tous les transports militaires devraient être centralisés sous un commandement et que seules les personnes ayant de l’expérience dans ce domaine devraient être en charge[9]. » [Traduction] Un autre aspect intéressant du livre de Slayton est l’accent qu’il met sur l’aspect d’entreprise/professionnel de Tunner; Slayton explique que le général de l’USAF voyait la gestion d’une organisation de commandement et d’une mission de transport aérien comme la gestion d’une entreprise.

L’auteur a parfois tendance à s’éloigner du sujet en se concentrant trop sur le contexte sans faire le lien sur la façon dont ce contexte est relié à Tunner (p. ex., plusieurs pages de contexte sans la mention de Tunner). Dans ces cas, par contre, Slayton brosse un tableau intéressant des événements entourant la carrière de Tunner, en particulier le « Hump » en Birmanie et le pont aérien de Berlin. Bien que l’auteur décrive en détail la défense de Tunner pour le transport aérien, désignant celui-ci comme une des « principales missions[10], » des forces aériennes, Slayton ne va pas jusqu’à désigner expressément le transport aérien comme une forme de puissance aérienne.

Quoi qu’il en soit, de telles lacunes sont minimales. Master of the Air est un livre méticuleusement documenté qui se lit facilement. Slayton a apporté une contribution essentielle à l’histoire du transport aérien militaire et à l’étude de la puissance aérienne. En particulier, ce livre est un complément utile à la littérature qui par ailleurs porte principalement sur des formes plus « cinétiques » de puissance aérienne. Ce livre est donc fortement recommandé aux étudiants de la puissance aérienne, aux passionnés d’aviation et, en particulier, aux professionnels du milieu de la mobilité aérienne.


M. Richard Goette, Ph. D. donne des conférences sur la puissance aérienne et enseigne au département des études de défense du Collège des Forces canadiennes. Il est également rédacteur en chef adjoint de la revue Airforce, la publication officielle de l’Association de la Force aérienne du Canada.

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Abréviations

ARC―Aviation royale du Canada
USAF―United States Air Force (Forces aériennes des États-Unis)

Notes

[1]. Robert A. Slayton, Master of the Air: William Tunner and the Success of Military Airlift, Tuscaloosa, The University of Alabama Press, 2010, p. 2.  (retourner)

[2]. Robert A. Slayton, Master of the Air: William Tunner and the Success of Military Airlift, Tuscaloosa, The University of Alabama Press, 2010, p. 1.   (retourner)

[3]. Robert A. Slayton, Master of the Air: William Tunner and the Success of Military Airlift, Tuscaloosa, The University of Alabama Press, 2010, p. 3.  (retourner)

[4]. Robert A. Slayton, Master of the Air: William Tunner and the Success of Military Airlift, Tuscaloosa, The University of Alabama Press, 2010, p. 155.  (retourner)

[5]. Robert A. Slayton, Master of the Air: William Tunner and the Success of Military Airlift, Tuscaloosa, The University of Alabama Press, 2010, p. 212.  (retourner)

[6]. Robert A. Slayton, Master of the Air: William Tunner and the Success of Military Airlift, Tuscaloosa, The University of Alabama Press, 2010, p. 87.  (retourner)

[7]. Robert A. Slayton, Master of the Air: William Tunner and the Success of Military Airlift, Tuscaloosa, The University of Alabama Press, 2010, p. 2.  (retourner)

[8]. Robert A. Slayton, Master of the Air: William Tunner and the Success of Military Airlift, Tuscaloosa, The University of Alabama Press, 2010, p. 168.  (retourner)

[9]. Robert A. Slayton, Master of the Air: William Tunner and the Success of Military Airlift, Tuscaloosa, The University of Alabama Press, 2010, p. 231.  (retourner)

[10]. Robert A. Slayton, Master of the Air: William Tunner and the Success of Military Airlift, Tuscaloosa, The University of Alabama Press, 2010, p. 3.  (retourner)

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