Chapitre 1 : Introduction à la doctrine (B-GA-400-000/FP-000, Doctrine aérospatiale des Forces canadiennes)

Doctrine aérospatiale

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Si vous ne disposez pas d’une solide doctrine que vous avez élaborée vous-mêmes, la décision sur la façon de déployer et d’employer vos forces sera prise par quelqu’un d’autre. [1]

- Major-général J. J. C. Bouchard

Définition de la doctrine 

La doctrine militaire représente la fondation sur laquelle s’appuient tous les éléments des activités militaires. Un cadre doctrinal solide fournit une orientation aux commandants et permet à chaque individu d’avoir des idées plus claires lorsqu’il se trouve en situation de conflit. Les missions et les tâches que les forces militaires accomplissent, sont définies par une doctrine. Elle joue aussi un rôle important dans l’établissement de priorités en matière d’approvisionnement et permet d’obtenir de la rétroaction essentielle lors de l’essai et de l’évaluation de nouveaux concepts et de nouvelles politiques. Pour toutes ces raisons, la doctrine est essentielle au bon fonctionnement et à l’évolution des forces armées.

Comment peut-on définir une doctrine? Selon l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN), il s’agit de « [p]rincipes fondamentaux qui guident les forces armées dans la poursuite d’un objectif[2]. » La doctrine représente des connaissances acquises par l’expérience et bien qu’elle fasse autorité, elle doit être appliquée avec discernement. Ainsi, la doctrine n’est pas rigide, et n’a pas pour but de limiter la liberté d’action d’un commandant[3]. Dans une certaine mesure, la doctrine concorde avec ce qui est accompli et avec la façon dont les forces agissent. Au fur et à mesure qu’on acquiert de l’expérience, par exemple en rapport avec la technologie ou dans la lutte contre les menaces, les commandants développent de nouvelles méthodes pour la réalisation et le soutien des opérations. Le Manuel d’Élaboration de la doctrine des Forces Canadiennes (FC) précise qu’un écart par rapport aux dispositions d’une doctrine est possible, mais que celle-ci « devrait être utilisée tant qu’elle n’est pas jugée inadéquate à la lumière des circonstances particulières d’une opération donnée[4]. » Dans ce cas, il faut conclure que la doctrine même doit être modifiée. Ainsi, une doctrine n’est jamais statique, figée et afin qu’elle demeure pertinente, elle doit être en accord avec l’évolution des forces en fonction de l’expérience, des nouvelles technologies et d’une multitude d’autres facteurs. Par conséquent, une doctrine doit constamment être réexaminée, et ne doit jamais être considérée comme la vérité absolue.

Doctrine Militaire

La doctrine des FC est divisée en trois niveaux : stratégique, opérationnel et tactique, tel qu’illustré à la figure 1-1. La doctrine stratégique établit les principes fondamentaux et durables qui guident les actions des forces armées lors des conflits. La doctrine opérationnelle se sert de ces principes pour établir les capacités de la force et pour fixer des objectifs précis, et fournir une description de l’environnement opérationnel. La doctrine tactique est guidée par les niveaux supérieurs de la doctrine pour l’explication détaillée du fonctionnement de systèmes d’armement donnés et d’autres ressources afin de faciliter l’exécution de tâches dans un but particulier. Bien qu’assez simples à expliquer, les limites entre ces niveaux ne sont pas toujours clairement définies, et ceux‑ci peuvent parfois se chevaucher, selon les circonstances.  

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La figure 1-1 représente les trois niveaux de doctrine sous forme décroissante. Niveau 1 stratégique, les principes directeurs; niveau 2 opérationnel, les objectifs et capacités des forces et niveau 3 tactique, l’utilisation des systèmes d’armement. Fin de la figure 1-1.

Figure 1-1. Niveaux de doctrine

   

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La doctrine militaire est également divisée en trois types bien définis[6]

Doctrine propre aux environnements :[7] doctrine qui reflète les environnements dans lesquels peuvent se dérouler des opérations militaires. Les forces maritimes, terrestres et aérospatiales[8] possèdent des caractéristiques qui leur sont propres et des applications variées qui contribuent de façon complémentaire aux opérations militaires nationales et internationales.

Doctrine interarmées : doctrine qui établit les principes fondamentaux qui guident l’utilisation des forces d’au moins deux services lors d’une action concertée visant l’atteinte d’un objectif commun.

Doctrine combinée : doctrine qui décrit la meilleure façon d’intégrer et de déployer des forces nationales de plus d’un pays dans le cadre d’une guerre de coalition ou d’alliance, par exemple la doctrine de l’OTAN.

Les liens entre les différents types de doctrines sont illustrés dans la figure 1-2. La hiérarchie de la doctrine des FC tire son origine du manuel cadre, intitulé Doctrine militaire canadienne. Chaque service a également son manuel cadre. Le présent document constitue le manuel cadre de la doctrine aérospatiale. Les documents touchant les doctrines situés au niveau hiérarchique inférieur immédiat sont appelés manuels clés. Le contenu de ces manuels opérationnels est rehaussé grâce à des documents portant sur les doctrines tactiques tels que les manuels de tactiques, techniques et procédures (TTP). Afin de faciliter l’interopérabilité, la doctrine militaire des FC doit être aussi conforme que possible à la doctrine des États-Unis et des autres membres de l’OTAN. Elle doit en outre tenir compte des efforts actuels d’élaboration de doctrine des forces armées du Royaume-Uni, de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande[9].

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Au haut de la figure 1-2 se trouve la doctrine interarmées des Forces canadiennes. Elle surplombe les trois armées (Marine, Armée de terre et Force aérienne) aux niveaux stratégique, opérationnel et tactique. Immédiatement au-dessous, les trois armées ont leur doctrine aux niveaux stratégique, opérationnel et tactique. Fin de la figure 1-2.

Figure 1-2. Hiérarchie de la doctrine des FC

   

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Doctrine aérospatiale

La doctrine aérospatiale stratégique des FC se veut l’expression des principes fondamentaux et durables qui décrivent et guident l’utilisation adéquate de la puissance aérospatiale. En raison de sa nature fondamentale et durable, la doctrine stratégique assure un encadrement flexible et permanent de l’organisation et de l’emploi optimal des forces aérospatiales. La doctrine aérospatiale stratégique des FC, telle qu’énoncée dans le présent manuel cadre, constitue la fondation sur laquelle reposent tous les autres niveaux de la doctrine aérospatiale et fixe un cadre pour une utilisation efficace des forces aérospatiales.

La doctrine aérospatiale opérationnelle applique les principes de la doctrine stratégique aux opérations aérospatiales afin de décrire l’organisation de ces forces et d’encadrer leur emploi dans un contexte de grands secteurs fonctionnels, d’objectifs précis, de capacités des forces et d’environnements opérationnels. Cette doctrine est au coeur de l’élaboration de tâches et de missions qui devront être exécutées au moyen d’opérations aérospatiales.

La doctrine aérospatiale tactique applique les principes de la doctrine opérationnelle lorsqu’elle fait appel au fonctionnement de certains systèmes d’armement donnés, utilisés seuls ou de concert avec d’autres systèmes afin d’accomplir des tâches particulières. La doctrine tactique tient compte d’objectifs et de conditions tactiques (menaces, conditions météorologiques et terrain) et décrit la manière dont certains systèmes d’armements précis doivent être utilisés pour assurer des effets opérationnels.

Autorité en matière de doctrine aérospatiale des forces canadiennes

La doctrine aérospatiale des FC est élaborée et promulguée sous l’autorité du Chef d’état-major de la Force aérienne (CEMFA). Le Commandant de la 2e Division aérienne du Canada / Division de la doctrine et de l’instruction de la Force aérienne (Cmdt 2 DAC / DDIFA) agit à titre d’autorité en matière de doctrine aérospatiale (ADA) des FC et régit par conséquent tous les aspects de la doctrine aérospatiale. Il constitue également l’autorité de coordination en matière de doctrine interarmées et combinée des FC pour tout ce qui touche les fonctions de la Force aérienne. L’ADA est aidée dans sa tâche par le Comité de la doctrine aérospatiale (CDA) et par le Centre de guerre aérospatiale des Forces canadiennes (CGAFC). Le CDA est l’organisme de la Force aérienne responsable de la supervision de la doctrine aérospatiale, alors que le CGAFC s’occupe du développement, de la production et de la communication de toute la doctrine aérospatiale stratégique et opérationnelle, ainsi que de la coordination, de la production et de la communication de toute la doctrine aérospatiale tactique[10].

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Notes

1. Entrevue du Lieutenant-général J. J. C. Bouchard, qui était à ce moment major-général, avec le Lieutenant-colonel J. P. Blais à Winnipeg en décembre 2006.  (retourner)

2. Organisation du Traité de l’Atlantique Nord, Agence OTAN de Normalisation, AAP6 (2009), Glossaire OTAN de termes et définitions, Bruxelles, Agence OTAN de normalisation, 2009, 2-D-9. (retourner)

3. I. B. Holley Jr., « A Modest Proposal: Making Doctrine More Memorable », Airpower Journal, Vol. 9, n° 4, hiver 1995, pp. 14-20. (retourner)

4. Canada, ministère de la Défense nationale, A-GJ-025-0A1/FP-002 PIFC A1 Manuel d’élaboration de la doctrine, Ottawa, ministère de la Défense nationale, 2009, p. 1-1. (retourner)

5. Canada, ministère de la Défense nationale, B-GJ-005-000/FP-002 PIFC 01 Doctrine militaire canadienne, Ottawa, ministère de la Défense nationale, 2009, p. 1-3. (retourner)

6. Canada, ministère de la Défense nationale, B-GJ-005-000/FP-002 PIFC 01 Doctrine militaire canadienne, Ottawa, ministère de la Défense nationale, 2009, p. 1-3. (retourner)

7. Les éléments maritime, terrestre et aérien des Forces canadiennes sont officiellement appelés « services ». (retourner)

8. Aérospatial est un terme qui désigne les environnements aérien et spatial. Il est employé dans tout le présent document pour souligner le fait que la Force aérienne oeuvre dans ces deux environnements, qu’elle les utilise, qu’elle les exploite et qu’elle s’occupe de ces environnements. (retourner)

9. Manuel d’élaboration de la doctrine, p. 1-4. (retourner)

10. Pour une discussion plus détaillée, se reporter à l’Ordre du Commandement aérien 8000-0, Doctrine aérospatiale, Ottawa, ministère de la Défense nationale, 2002. (retourner)

 

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