Chapitre 2 : La Force aérienne du Canada (B-GA-400-000/FP-000, Doctrine aérospatiale des Forces canadiennes)

Doctrine aérospatiale

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La meilleure assise d’un jugement sûr est la connaissance des actions menées par le passé et des résultats qu’elles ont entraînés.

- Vice-maréchal de l’Air J. C. Slessor

Introduction

Une bonne compréhension de la doctrine dans son ensemble nécessite une connaissance de ses fondements historiques. L’histoire de la Force aérienne du Canada est intimement liée aux premiers jours de l’aviation militaire. Façonnée par les expériences vécues au cours des deux guerres mondiales, d’une multitude de conflits régionaux et des opérations des Nations Unies (ONU), la Force aérienne possède des caractéristiques uniques acquises non seulement lors de ces expériences, mais également par la géographie, la culture et l’héritage politique du Canada. Afin de satisfaire aux besoins du pays en matière de sécurité et de bien être et de demeurer à la fine pointe d’une technologie en perpétuelle et rapide évolution, la Force aérienne, tout comme sa doctrine, doit être flexible et résolument tournée vers l’avenir, afin de fonctionner de manière autonome, interarmées ou en compagnie d’alliés et de partenaires de coalition. Ce chapitre offre une vue d’ensemble de l’évolution de la Force aérienne du Canada et des doctrines pertinentes. Pour ceux qui voudraient en savoir davantage sur l’histoire de la Force aérienne du Canada, une liste d’ouvrages de référence figure dans les notes en bas de page[1].

Premiers vols

La puissance aérienne canadienne a joué un rôle déterminant dans l’issue de la Première Guerre mondiale, un grand nombre d’aviateurs canadiens servant valeureusement au sein du Royal Flying Corps (RFC), du Royal Naval Air Service (RNAS) et de la Royal Air Force (RAF). Ainsi, bien que la population du Canada représentait à l’époque moins de 10 % de la population de l’Empire britannique, environ 25 % des aviateurs de la RAF étaient des Canadiens. De plus, des pilotes canadiens tels que Raymond Collishaw et Billy Bishop figurent parmi les plus grands as de l’aviation de la Première Guerre mondiale[2]. Qui plus est, le Canada est devenu un leader à l’échelle internationale pour la formation d’équipage d’aéronef, fournissant au moins 20 % des renforts de l’Empire britannique en la matière, de même qu’une aide précieuse aux États-Unis juste avant leur entrée en guerre, en avril 1917[3].

Bien que les Canadiens aient participé en grand nombre aux opérations tactiques, le Canada comptait peu d’officiers supérieurs au haut commandement. Contrairement au Corps expéditionnaire canadien de l’Armée de terre, qui est devenu un symbole de l’autonomie grandissante du Canada en temps de guerre, peu de responsables des forces armées ou du gouvernement canadien étaient intéressés par la formation d’une force aérienne nationale. Malgré tout, dans les derniers mois de la guerre, le gouvernement a estimé qu’en raison du nombre élevé de Canadiens qui servaient à l’étranger au sein d’unités britanniques, on devait mettre sur pied une organisation nationale. Il a ainsi constitué l’Aviation canadienne, qui comprenait deux escadrons basés en Angleterre. Parallèlement, on remarquait une volonté de rehausser la défense nationale contre les sous-marins allemands qui s’en prenaient aux navires alliés au large de la côte est du Canada et on a ainsi mis sur pied au pays le Service aéronaval de la Marine royale du Canada (RCNAS). Ce sont les deux ancêtres de la Force aérienne d’aujourd’hui qui soulignent l’héritage national et expéditionnaire de la force. Après la guerre, ces groupes ont été dissous, mais il restait au pays 13 000 aviateurs qualifiés qui, selon certaines personnes, pouvaient être intégrés à une « milice de l’air ».

En juin 1919, une Commission de l’air a été créée afin de superviser toutes les activités aériennes au Canada, militaires comme civiles. Puis, le 18 février 1920, l’Aviation canadienne a été reconstituée, en tant que force provisoire sous la supervision de la Commission de l’air[4]. Le 1er avril 1924, l’Aviation canadienne est devenue l’Aviation royale du Canada (ARC), une force permanente destinée à favoriser l’élaboration d’applications commerciales de cette nouvelle technologie, le développement de l’industrie de l’aviation, la construction de multiples installations d’entraînement au vol et la mise en oeuvre d’un programme actif de recherche technique. Fondée sur un concept d’envergure nationale de forte présence civile dans les activités aériennes, la doctrine de l’ARC s’est concentrée sur les applications de l’aviation utiles en temps de paix, notamment la cartographie, les patrouilles forestières et les communications. Ainsi, les premiers pilotes militaires canadiens étaient perçus comme des « pilotes de brousse en uniforme », et l’ARC est demeurée une petite organisation, formée d’effectifs permanents, temporaires et de membres de la Réserve. Un règlement obligeait chaque pilote canadien détenteur d’un brevet à être membre de la Réserve[5].

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Bien que le ministère de la Défense nationale ait été fondé en 1922 pour prendre la relève du ministère de la Milice et de la Défense, du ministère du Service naval et de la Commission de l’air, l’ARC n’a pas pu quant à elle bénéficier du statut de force militaire entièrement autonome, puisque son quartier général n’était qu’une direction du quartier général de la milice. Cette situation est demeurée inchangée jusqu’en 1938, alors que le premier Chef d'état-major de la Force aérienne (CEMFA) a été nommé et investi des mêmes pouvoirs que le Chef d’état-major général et que le Chef d’état-major de la Marine au Conseil de la Défense. Ce changement est survenu juste à temps pour permettre à l’ARC de devenir, en très peu de temps, une des plus imposantes forces aériennes au monde.

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, l’ARC a connu une croissance fulgurante, ses effectifs devenant 200 fois plus nombreux qu’en temps de paix, passant de 1150 en 1938 à 206 350 à la fin de 1943[6]. Au total, 93 844 membres de l’ARC ont servi au sein de la RAF outre-mer, tant pour des formations composées de membres de la RAF que de membres de l’ARC. La plupart d’entre eux étaient des membres d’équipages opérationnels, soutenus par environ 35 000 Canadiens membres du personnel au sol[7]. Au Canada, les escadrons et les formations qui oeuvraient au sein du service territorial s’en sont pris aux sous-marins allemands au large de la côte est, ils ont pris part à des opérations interalliées contre les Japonais en Alaska et ils ont collaboré avec les Américains à la défense de la sécurité de l’Amérique du Nord. À l’apogée en 1943, 37 escadrons participaient aux activités de défense territoriale[8]. Encore une fois, le Canada a brillé par la qualité de la formation de ses équipages d’aéronefs. Les écoles du Programme d’entraînement aérien du Commonwealth[9] au Canada, plus d’une centaine au total, ont fourni 44 % des 340 000 membres d’équipages d’aéronefs formés par le Commonwealth entre 1939 et 1945[10]. Des forces ont été organisées en commandements, spécialisés en formation, en bombardement stratégique, en défense aérienne, en transport et en soutien tactique aux forces terrestres et navales.

Au cours de cette période, l’ARC a acquis une expérience nationale et expéditionnaire considérable dans tous les rôles importants qu’une puissance aérienne peut être appelée à remplir. Des quarante-huit escadrons de l’ARC servant outre-mer en 1944, seize faisaient partie du Bomber Command, dix-huit (y compris les chasseurs de jour, les chasseurs bombardiers, les unités de chasse/ reconnaissance, les chasseurs de nuit, de même que les postes d’observation aérienne et de détection des intrus) étaient rattachés à la 2e Force aérienne tactique, cinq au Fighter Command, cinq au Coastal Command et un autre a servi de soutien à la 8e Armée, opérant au nord de l’Italie. L’ARC comptait également trois escadrons de transport, un sur le Front occidental et deux en Birmanie. En s’appuyant sur son expérience, l’ARC avait rédigé une doctrine pour les opérations aériennes offensives et défensives, afin de permettre l’interopérabilité canado-britannique, doctrine somme toute assez semblable à celle de la RAF. La doctrine offensive encadrait les forces chargées du soutien aérien tactique, de la lutte anti-sous-marine et du bombardement stratégique, tandis que la doctrine défensive avait été élaborée en vertu de la vaste expérience acquise dans l’utilisation des chasseurs à des fins défensives.

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La guerre froide

L’OTAN, créée en 1949, est la réponse de l’Occident à la menace économique et militaire de l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) pour une Europe ravagée par la guerre. À l’automne 1949, l’URSS a menacé directement l’Amérique du Nord pour la première fois, alors qu’elle a réussi à faire sauter une bombe atomique et a commencé à construire des bombardiers stratégiques capables de transporter et de larguer ces bombes. La guerre froide venait de commencer.

Deux événements importants ont changé la face des Forces canadiennes au cours de cette période de transition entre la démobilisation d’après guerre et l’accroissement de la puissance militaire pour affronter la menace soviétique. Tout d’abord, les trois services sont passés d’un modèle traditionnel propre aux temps de paix, c’est-à-dire de petites forces permanentes autour desquelles s’organisait la mobilisation des réserves, à un modèle qui s’appuie fortement sur les forces constituées. Bien qu’au début des années 1950 l’ARC comptait encore beaucoup sur sa Réserve et ses auxiliaires, elle est devenue peu à peu un service à plein temps. La Force régulière de l’ARC a atteint un sommet encore inégalé en temps de paix, avec 3000 aéronefs répartis dans 41 escadrons et des effectifs s’élevant à 54 000 membres[11]. Le deuxième événement important à toucher l’ARC au cours de la guerre froide a été la décision du gouvernement du Canada de s’engager dans trois organisations internationales : l’ONU en 1945, l’OTAN en 1949 et, en 1958, le Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord (NORAD). Bien que le Canada ait participé à la guerre en 1950 sous l’égide de l’ONU, du point de vue de la Force aérienne, ce fut la participation de l’ARC à la force intégrée de l’OTAN comprenant 12 escadrons de chasse, basés dans l’est de la France et le sud-ouest de l’Allemagne, et plusieurs escadrons de patrouille maritime, basés dans l’est du Canada qui a représenté l’effort le plus important. L’ARC a également fourni 11 escadrons de défense aérienne tout temps appartenant à la Force régulière, de même que tout l’effectif nécessaire pour occuper les diverses formations de radar – Pinetree, Mid-Canada et le réseau d’alerte avancé (réseau guerre électronique défensive (DEW)) canadien, qui appuie le NORAD.

Afin de gérer cette expansion adéquatement, l’ARC s’est organisé en six commandements fonctionnels : le Commandement maritime aérien, le Commandement de la défense aérienne, le Commandement de l’instruction, le Commandement du matériel aéronautique[12], le Commandement aérien tactique et le Commandement du transport aérien. À partir de ce moment, la doctrine de l’ARC a commencé à se démarquer du patrimoine légué par la RAF et à harmoniser ses procédures opérationnelles, ses tactiques et ses communications avec celles de la United States Air Force (USAF) au sein de NORAD et avec celles de ses autres alliés de l’OTAN. Parallèlement, l’appui de la Force aérienne aux opérations de maintien de la paix de l’ONU et à l’aide humanitaire dirigée par le Canada a connu une hausse. Ainsi, en relativement peu de temps, on retrouvait des aéronefs et du personnel de l’ARC en Asie, en Afrique et dans le Pacifique. Comme les pratiques européennes étaient très différentes de celles en vigueur en Amérique du Nord, en raison de la grande variété des types de mission, l’ARC n’a pas défini de doctrine prépondérante de puissance aérienne. Au cours de cette période, la Marine royale du Canada et l’Armée canadienne pouvaient compter sur des forces aériennes, composées d’aéronefs à voilure fixe et tournante, peu imposantes mais efficaces. Certaines de ces unités se sont entraînées de manière régulière avec l’ARC au Centre d’entraînement aérien interarmes de la station Rivers de l’ARC, au Manitoba, selon des concepts d’opérations interarmées en vigueur au cours de la Deuxième Guerre mondiale. Le Centre d’entraînement a fermé ses portes à la suite de l’unification des services des Forces canadiennes (FC).

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Unification

L’ARC a cessé ses activités le 1er février 1968, en vertu de la Loi sur la réorganisation des Forces canadiennes, votée en 1967. En plus d’éliminer les derniers vestiges de la tradition britannique, avec de nouveaux uniformes et une nouvelle désignation des grades, la Loi a eu un effet dramatique sur l’organisation de la Force aérienne. Ses ressources ont été redistribuées parmi les composantes ou les commandements fonctionnels des FC : la Force mobile (Armée de terre et avion d’attaque au sol), le Commandement maritime (Marine et avions d’attaque maritime), le Commandement du transport aérien, le Commandement de la défense aérienne et le Commandement de l’instruction. Les aéronefs canadiens stationnés en Europe ont été assignés à Forces canadiennes Europe, un commandement de nature géographique chargé de superviser toutes les unités des FC en Europe. Pour ce qui est de la doctrine, la fin des activités de l’ARC a également éliminé les processus et les institutions propres à l’élaboration et à la mise en vigueur de la doctrine de la Force aérienne. Le Conseil de la Force aérienne, jadis l’autorité en matière d’approbation de la doctrine de la Force aérienne, a été dissout. En outre, le Collège d’état-major de l’ARC, une source importante d’élaboration de concepts et de doctrines en matière de puissance aérienne, et le dépôt central des publications liées à la théorie et à la doctrine propre à la puissance aérienne, a été transformé en un Collège d’état-major des Forces canadiennes dans leur ensemble.

Ce que l’on appelait « l’élément aérien » a souffert d’une crise d’identité au cours des sept années suivantes puisque contrairement à l’Armée de terre et à la Marine, qui ont pu garder leur identité et leur structure de commandement propre par l’intermédiaire de la Force mobile et du Commandement maritime, la Force aérienne a vu ses ressources être redistribuées dans l’ensemble des FC. Quelques-uns de ces problèmes ont été résolus par l’établissement d’un Commandement aérien à Winnipeg, le 2 septembre 1975. Ce commandement s’est vu octroyer la responsabilité de l’ensemble des ressources militaires aériennes canadiennes (« tout ce qui vole »), y compris l’élaboration des politiques et des normes en matière de formation et de sécurité des vols. Cependant, le contrôle opérationnel de l’aviation tactique et des unités aéronavales est demeuré sous l’autorité de leurs commandants respectifs. Les ressources aériennes ont été organisées en groupes, tels que le Commandement de la défense aérienne et le Commandement du transport aérien. Les groupes qui ont desservi les composantes maritime et terrestre des FC, soit le 10e Groupement aérien tactique (10 GAT) et le Groupe aérien maritime (GAM), ont continué leur travail à titre de formations opérationnelles intégrées de leurs commandements respectifs. En même temps, ils relevaient du Commandement aérien pour ce qui est de toutes les autres exigences, notamment sur le plan de l’administration, de la formation professionnelle, de l’entretien, de la gestion de carrière et de la sécurité des vols.

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Les Forces aériennes ont entamé les années 1980 avec une forte impression de renouveau. Le nouveau matériel, notamment les CF18 Hornet et les CP140 Aurora, et la modernisation du Système d’alerte du Nord, ont été perçus comme des signes de la revigoration de la Force aérienne du Canada sous l’égide du Commandement aérien. Cependant, très peu a été accompli quant à la promulgation d’une doctrine des forces aériennes. Sans organisme pour assurer une certaine forme de coordination, la doctrine aérienne faisait en 1981 l’objet de 58 documents différents[13]. Pour régler ce problème, le commandant du Commandement aérien a organisé, en 1984, un symposium sur la doctrine aérienne réunissant les officiers supérieurs de tous les volets du Commandement. Les discussions tenues dans le cadre du symposium ont mené à la formation du Comité de la doctrine aérienne, chargé de l’élaboration de la série B-GA-400 de manuels de doctrine aérospatiale[14].

Cependant, la fin de la guerre froide en 1989 a entraîné un revers de fortune assez important pour la Force aérienne, et l’effectif et l’équipement ont subi des compressions en conséquence. Peu avant la fin de la guerre froide, peu de gens étaient conscients du besoin d’élaborer une doctrine aérienne cohérente. Bon nombre de personnes croyaient que puisque le Canada jouait des rôles bien précis au sein de l’OTAN et de NORAD, la doctrine de ces organismes serait suffisante pour répondre à tous les besoins susceptibles de se présenter. Cependant, sans l’encadrement fourni par une doctrine aérienne, le personnel du Quartier général de la Défense nationale (QGDN) a eu de la difficulté à établir des priorités parmi les nombreux projets qui constituaient la partie « Force aérienne » du budget d’équipement.

L’après-guerre froide

En 1994, le gouvernement a décidé de réduire les effectifs des Forces canadiennes pour faire passer le nombre de membres de la Force régulière de 80 000 à 60 000 et de se débarrasser d’équipement et d’installations. À l’instar des autres commandements, le Commandement aérien a réduit ses effectifs et a disposé d’équipement afin de jouer les rôles qui lui avaient été attribués dans le cadre d’un budget de la défense amputé d’un tiers. Les compressions qui s’ensuivirent entraînèrent une diminution importante des effectifs de la Force aérienne et une réduction de moitié de la flotte d’aéronefs. En même temps, les compressions d’effectif ont été légèrement atténuées en raison de l’accroissement de la réserve aérienne, qui est passée de 1000 à 3000 membres, soit environ 19 % de la puissance militaire du Commandement aérien.

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C’est également au cours de cette période que la structure de commandement de la Force aérienne a été revue. À l’été 1997, les groupes fonctionnels (transport, maritime, chasse, réserve aérienne et 10 GAT) ont été dissous et le 14e Groupe d’instruction a été intégré au Quartier général du Commandement aérien. La 1re Division aérienne du Canada a été formée à Winnipeg afin d’assurer le commandement opérationnel de l’ensemble des ressources aériennes des FC. En même temps, le commandant du Commandement aérien est également devenu CEMFA et a été affecté au QGDN, en compagnie d’une petite équipe. Parallèlement à la mise sur pied de la 1re Division aérienne du Canada, la publication de Surgir du soleil - La doctrine aérospatiale des Forces canadiennes a su capturer l’essence des restructurations et des changements culturels des années 1980 et 1990. Les années 1990 ont aussi marqué l’avènement des structures de commandement et de contrôle interarmées au sein des FC. Cette nouveauté a eu des incidences importantes sur la Force aérienne, qui s’est vu attribuer un rôle quasi exclusif par la mise sur pied de forces, excepté pour ce qui est des opérations courantes. L’emploi de la Force a constitué une des nouvelles responsabilités de l’organisation du sous-chef d’État-major de la Défense (SCEMD) dans le cadre des opérations de contingence.

Après la fin de la guerre froide, plusieurs s’attendaient à ce que les « dividendes de la paix », représentées par les compressions aux FC, soient permanents, en raison du calme relatif prévalant sur la scène internationale à cette époque. Cependant, les événements de cette décennie ont modifié la perception de tout ce qui constituait la nature du monde de l’après-guerre froide. Au lieu de favoriser la stabilité et la paix à l’échelle mondiale, la disparition de l’équilibre bipolaire a exacerbé les conflits régionaux et le terrorisme un peu partout sur le globe. La participation du Canada aux opérations dans la guerre du golfe Persique, dans les Balkans et ailleurs dans le monde, surtout à la suite des attaques du 11 septembre 2001, a permis de constater assez rapidement que les compressions au sein des FC, jumelées aux années de réduction du budget de la Défense, avaient causé un tort considérable à la capacité des Forces de maintenir la cadence opérationnelle élevée découlant des divers engagements du gouvernement.

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Malgré les compressions, tous les groupes de combat et de soutien de la Force aérienne du Canada ont participé activement à la résolution de conflits et de crises, tant sur la scène nationale qu’internationale, au cours des dix années et demie qui ont suivi la guerre froide. Des chasseurs, appuyés par un ravitaillement air-air (RAA), ont participé à la première guerre du Golfe et aux frappes aériennes visant à déloger les Serbes du Kosovo. Les forces de transport aérien ont assuré un soutien tactique et stratégique à un nombre important d’opérations nationales et de déploiement : aide humanitaire aux victimes d’inondations au Manitoba et au Québec, ainsi qu’aux victimes d’un tremblement de terre en Extrême-Orient et en Haïti; maintien de la paix dans les Balkans, en Afrique et ailleurs dans le monde; et appui aux opérations de combat en Afghanistan. Les escadrons de patrouille maritime ont fourni un soutien aux opérations liées à la sécurité nationale, notamment aux opérations de lutte au trafic de drogue réalisées en compagnie de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), et ils ont participé aux opérations de l’ONU et de l’OTAN au Moyen-Orient et dans la région de l’Adriatique. Les équipages d’hélicoptères embarqués ont soutenu des opérations navales à travers le monde. Les équipages d’aéronefs affectés aux opérations tactiques ont soutenu des missions de l’ONU en Asie du Sud-Est, en Amérique centrale, en Haïti et ont secouru des victimes d’inondations un peu partout au Canada. Cette cadence opérationnelle très exigeante a permis de valider la doctrine tactique de la Force aérienne, mais a mis à rude épreuve la capacité de la Force aérienne à soutenir des opérations de longue durée nécessitant une rotation intensive des effectifs. En outre, en raison du rythme opérationnel rehaussé, on n’a eu que peu de temps pour se concentrer sur la Force aérienne à titre de puissance aérospatiale ou d’institution distincte, qui comprenait l’élaboration de nouveaux concepts, l’achat de nouvel équipement et de nouveaux systèmes d’armes et le façonnement de la Force aérienne en vue du prochain conflit. Cette nouvelle réalité a permis d’attirer l’attention sur la nécessité pour la Force aérienne d’évoluer et de concentrer ses efforts sur une doctrine stratégique et opérationnelle correspondant à sa doctrine tactique existante.

Bien qu’une doctrine tactique ait été élaborée avec succès, elle demeure sans orientation ou référence claire à une doctrine aérienne depuis mai 2004, date à laquelle Surgir du soleil a été abrogé sans pour autant qu’une nouvelle doctrine ait été élaborée. Afin de servir de moteur à la transformation des FC, le CEMFA a autorisé la mise sur pied du Centre de guerre aérospatiale des Forces canadiennes (CGAFC), qui a ouvert ses portes en octobre 2005. Parmi les autres tâches relevant du Centre de guerre aérospatiale, on trouve la publication d’une série complète de manuels de doctrine aérospatiale.

Le passage à l’élaboration d’un ensemble complet de doctrines pour la Force aérienne a eu lieu au moment le plus opportun. L’achat de nouvel équipement, notamment le C177 Globemaster, le C130J Hercules et le CH148 Cyclone, la remise en service du CH147D Chinook et l’acquisition de systèmes de véhicule aérien sans pilote à bord (UAS) a mis en lumière la nécessité d’envisager de nouvelles méthodes d’emploi et de soutien des capacités de la Force aérienne. Par ailleurs, la mise sur pied de l’escadre aérienne de la Force opérationnelle interarmées en Afghanistan (FOIAfg) à Kandahar le 6 décembre 2008 a entraîné une application davantage ciblée de la puissance aérospatiale canadienne en appui aux opérations expéditionnaires de la Coalition. L’expérience acquise lors de l’exploitation d’hélicoptères moyens et de transport lourd, d’aéronefs de transport à voilure fixe et d’UAS dans le cadre de combats, au sein d’une escadre mixte, sera intégrée à la doctrine, à tous les niveaux.

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Conclusion

Tout au long de sa longue et riche histoire, la Force aérienne du Canada a pris plusieurs formes, d’abord force ponctuelle formée de « pilotes de brousse en uniforme », elle a ensuite été l’une des forces les plus importantes ayant contribué à la coalition alliée durant la Seconde Guerre mondiale, avant de devenir la force aérienne hautement professionnelle, multifonctionnelle et apte au combat que l’on connaît aujourd’hui. La doctrine de la Force aérienne du Canada a toujours été cohérente avec celle de ses principaux alliés, et cette harmonisation est reflétée dans ce manuel. Étant donné qu’un des objectifs stratégiques actuels des FC est de réussir une intégration opérationnelle parfaite dans un délai réduit avec l’ensemble de ses alliés, mais surtout avec les États-Unis, il est fort probable que cette cohérence sera toujours de mise. Toutefois, il faut réaliser qu’une doctrine harmonisée à une autre ne signifie pas que les deux doivent être identiques. La géographie, l’histoire et la culture du Canada ont permis de façonner la force militaire du pays pour en faire une force unique en son genre. C’est pourquoi la Force aérienne du Canada se doit d’avoir une doctrine qui, bien qu’elle permette l’interopérabilité avec ses alliés, soit également le reflet de la nature unique de la puissance aérospatiale du Canada.

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Notes

1. Les ouvrages suivants sont également recommandés à ceux et celles qui souhaiteraient en apprendre plus sur l’histoire de la Force aérienne du Canada : W. A. B. Douglas, The Creation of a National Air Force: The Official History of the Royal Canadian Air Force, Toronto, University of Toronto Press, 1986; Brereton Greenhous et al., The Crucible of War 1939–1945: The Official History of the Royal Canadian Air Force, Toronto, University of Toronto Press, 1994.  (retourner)

2. « The Aerodrome », qui peut être consulté au http://www.theaerodrome.com/aces/canada/index.php (site consulté le 28 octobre 2010). (retourner)

3. Hiram Bingham, An Explorer in the Air Service, New Haven, Yale University Press, 1920, pp. 11-22. (retourner)

4. Leslie Roberts, There Shall Be Wings, Toronto, Clarke, Irwin & Co. Ltd, 1959, p. 33. (retourner)

5. Douglas, p. 47. (retourner)

6. Douglas, p. 138. (retourner)

7. C. P. Stacey, Armes, hommes et gouvernements : les politiques de guerre du Canada, 1939-1945, Ottawa, Imprimeur de la Reine, 1970, p. 48. (retourner)

8. S. Kostenuk et J. Griffin, RCAF Squadrons and Aircraft, Toronto, AM Hakkert, Ltd, 1977, p. 20. (retourner)

9. Douglas, pp. 226-267 (retourner)

10. John Terraine, The Right of the Line, Londres, Hodder and Stoughton, 1985, p.258, et Douglas, p. 247. (retourner)

11. J. A. Foster, For Love and Glory, Toronto, McClelland and Stewart, 1989, p. 124; Brett Cairns, « Canadian Military Aerospace Power », Vol. 1, Toronto, Collège des Forces canadiennes, p. 21. (retourner)

12. Le mot « matériel » est un terme militaire utilisé pour désigner toutes les fournitures et tout l’équipement utilisé lors des opérations. Veuillez consulter le glossaire pour la définition officielle. (retourner)

13. Cairns, pp. 59-60. (retourner)

14. Cairns, pp. 60.  (retourner)

 

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