Chapitre 3 : Sécurité nationale et puissance aérospatiale (B-GA-400-000/FP-000, Doctrine aérospatiale des Forces canadiennes)

  

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Comme un État national a pour rôle premier de protéger ses citoyens et leurs intérêts, il doit se doter des moyens nécessaires pour y  arvenir.

- Le comité sénatorial canadien de la
sécurité nationale et de la défense

Sécurité nationale

Au Canada, la sécurité nationale « est la préservation d’un mode de vie acceptable pour tous les Canadiens et Canadiennes et compatible avec les besoins et les aspirations légitimes des autres peuples. Elle comprend la protection contre les attaques ou la coercition, contre la subversion interne et contre la détérioration des valeurs politiques, économiques et sociales essentielles à la qualité de la vie au Canada[1]. » Les éléments fondamentaux de ces intérêts nationaux sont généralement de nature permanente, bien qu’ils puissent être modifiés pour tenir compte d’événements internes ou externes, tels que ceux qui sont survenus à la suite des attentats terroristes perpétrés sur le World Trade Center et le Pentagone, aux États-Unis, le 11 septembre 2001. La promotion et la protection des intérêts nationaux constituent les fondements de la sécurité nationale, qui est la principale responsabilité du gouvernement et est assurée par l’adoption d’une Politique de sécurité nationale cohérente. Les principes et les priorités précisées dans la Politique de sécurité nationale façonnent la politique canadienne de défense.

La politique canadienne de défense fournit des conseils et des objectifs au ministère de la Défense nationale (MDN) en vue de l’élaboration d’un programme durable dans la réalisation de ses opérations. La directive la plus récente, soit la Stratégie de défense Le Canada d’abord publiée en 2008, préconise une politique canadienne de défense qui repose sur les trois rôles suivants : défendre le Canada, y compris l’Arctique, défendre l’Amérique du Nord et contribuer à la paix et à la sécurité internationales[2].

Puissance nationale

Ce terme est utilisé pour décrire la capacité générale d’une nation à atteindre ses objectifs nationaux. Il englobe un large éventail de capacités inter reliées et comprend des éléments touchant la diplomatie, l’information, le domaine militaire et l’économie. Un État doit, s’il souhaite atteindre les objectifs de sa politique nationale, utiliser les éléments de la puissance nationale nécessaires. La réussite de la mise en œuvre de la puissance nationale réside dans la coordination entre les multiples ministères et organismes gouvernementaux nationaux, que l’on appelle souvent l’approche pangouvernementale[3].

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Puissance militaire

L’élément militaire de la puissance nationale, souvent appelé puissance militaire, « consiste en le potentiel des capacités militaires dont un pays dispose[4]. » Elle est le volet de la stratégie nationale auquel un pays a recours lorsque les autres moyens à sa disposition se sont révélés inefficaces ou nécessitent un certain appui. La puissance militaire se présente sous trois formes : puissance maritime, puissance terrestre et puissance aérienne. La tendance croissante à employer la puissance militaire dans le cadre d’une approche pangouvernementale ou exhaustive exige que les trois formes soient interactives, interdépendantes et complémentaires pour assurer la réalisation des objectifs visés en matière de sécurité nationale et de stratégie nationale[5]. Néanmoins, chacun de ces éléments peut être employé à titre individuel pour faire la démonstration de sa puissance militaire, au besoin.

Puissance aérospatiale

Élément de la puissance militaire mis en action à partir ou à l’intérieur de l’environnement aérien et spatial, pour produire certains résultats à la surface de la terre ainsi qu’au-dessus et au-dessous de cette surface. Au départ, cette puissance était utilisée pour obtenir une nouvelle perspective du champ de bataille impossible à acquérir par les moyens traditionnels. Avec le temps, elle est passée du statut d’élément de la puissance terrestre et maritime à celui d’une forme autonome et flexible de puissance militaire en tant que telle. L’histoire a démontré que la modernisation continue des armes, des plateformes et des systèmes de lancement aérospatiaux a augmenté l’importance de la puissance aérospatiale dans l’équilibre des pouvoirs à l’échelle mondiale, au point où celle-ci peut être utilisée de manière indépendante dans toute la gamme de conflits[6]. Elle peut également être intégrée aux forces terrestres ou maritimes dans le but de participer à des opérations interarmées et interalliées, ainsi qu’aux activités exécutées dans le cadre d’une approche pangouvernementale ou exhaustive.

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La figure 3-1 est la gamme des conflits représentés de gauche à droite : paix, conflit, guerre. Fin de la figure 3-1.

Figure 3.1 La gamme des conflits

Au début du mois de mai 1916, avant la grande bataille de la crête de Vimy, dans la matinée et peu après le lever du soleil, le ballon, avec le Lieutenant H. et moi-même à son bord, a grimpé à une altitude d’environ 5000 pieds. Tout était calme et silencieux, mis à part un canon antiaérien crachant sa colère vers un insolent moustique virevoltant au-dessus des lignes ennemies.

Ce son était le seul qui nous rappelait que le monde d’en bas était aux prises avec une guerre tragique et sans merci. Je recommande à ceux qui seraient blasés et las du rythme effréné et trépidant de la vie moderne d’aller passer quelques heures dans un ballon cerf-volant. Ils y trouveront un peu de répit et une sérénité qui leur permettra de mieux affronter les tracas de leur quotidien. Le calme et la quiétude qu’offrent les hauteurs revigorent l’esprit et apaisent les souffrances de l’âme.

Bien sûr, cette activité n’est pas recommandée en temps de guerre, les nuages pouvant alors laisser place à des horreurs et à des instruments de mort et de destruction jusque-là invisibles. Par exemple, l’ennemi a réussi à apprendre comment bombarder nos ballons de shrapnels avec une précision mortelle. J’ai passé bien des demi-heures plutôt inconfortables à cause de telles attaques. Ce matin de mai, un obus a été lancé en direction de notre ballon, nous laissant spéculer quant au moment où le prochain tenterait de nous abattre, puisque l’ennemi nous laissait très rarement partir après un seul tir, mais c’est ce qu’il fit ce matin-là. Il avait décidé de nous accorder sa clémence[7].

La guerre du golfe de 1991, en montrant la façon dont la maîtrise de l’espace aérien pave la voie aux succès des opérations subséquentes, représente l’exemple parfait de l’utilisation de la puissance aérospatiale comme élément indispensable de la puissance militaire.

« Alors que le conflit s’aggravait et que la guerre menaçait, l’escadron de CF18 fut élargi à 24 appareils et doté du personnel de soutien nécessaire. Au sommet de son effectif, le groupe opérationnel d’aviation canadien compta 750 militaires, hommes et femmes, en poste au Qatar. La guerre éclata le 17 janvier 1991 et dura jusqu’au début de mars. À la fin des combats, le contingent canadien au Qatar disposait de 26 chasseurs CF18 et d’un avion-citerne CC137 (ainsi que de 5 Sea King pour soutenir les opérations navales). En outre, le Canada avait fourni des appareils CC130 Hercules et CC137 pour permettre les opérations de toutes les Forces canadiennes en poste dans la région du Golfe. À l’occasion de ce conflit, les chasseurs canadiens tirèrent leurs premières salves depuis la Seconde Guerre mondiale, sans subir la moindre perte. Le contingent canadien effectua des missions de patrouille aérienne de combat (PAC), de balayage et d’escorte ainsi que des attaques au sol, en plus des vols de reconnaissance effectués par les hélicoptères Sea King. La puissance aérienne déployée par les forces coalisées s’avéra très efficace et déterminante, pavant la voie pour les brèves opérations terrestres qui durèrent à peine 100 heures[8]. »

Nous avons l’habitude, Dans nos pays démocratiques, de déplorer que les dépenses en matière d’armement entrent en compétition avec les besoins de services sociaux. Nous avons cependant tendance à oublier que le service social le plus important qu’un gouvernement peut offrir au peuple est de le garder vivant et libre.

- Maréchal en chef de l’air J. C. Slessor

 

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Notes

1. W. D. Macnamara, et Ann Fitz-Gerald, « A National Security Framework for Canada, Enjeux publics », Vol. 3, n° 10, octobre 2002 (anglais seulement), p. 8, (consulté le 28 octobre 2010).  (retourner)

2. Canada, ministère de la Défense nationale. Stratégie de défense Le Canada d’abord, http://www.forces.gc.ca/site/pri/first-premier/index-fra.asp (consulté le 28 octobre 2010). (retourner)

3. Doctrine militaire canadienne, p. 2-2. (retourner)

4. Doctrine militaire canadienne, p. 2-3. (retourner)

5. Dans le cadre de l’effort pangouvernemental, il importe de préciser que la puissance militaire est complémentaire et qu’elle ne se borne pas à une force de dernier recours. (retourner)

6. Doctrine militaire canadienne, p. 2-12. (retourner)

7. Sergent de section W. S. Lewis, « In a Kite Balloon », Everyman at War, 1930, ed C. B. Purdom, Londres, Dent, 1930. (retourner)

8. Canada, ministère de la Défense nationale, « L’ère moderne : La Guerre du Golfe » Manuel des militaires du rang de la Force aérienne, http://www.airforce.forces.gc.ca/v2/hst/page-fra.asp?id=620 (consulté le 28 octobre 2010). (retourner)

 

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