Chapitre 4 : Notions fondamentales de puissance aérospatiale (B-GA-400-000/FP-000, Doctrine aérospatiale des Forces canadiennes)

  

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Si nous perdons la bataille dans les airs, nous perdrons la guerre, et nous la perdrons rapidement.

- Feld-maréchal B. Montgomery

Nature du conflit

Une relation pacifique entre les États est toujours souhaitable, mais l’histoire a démontré à maintes reprises qu’un conflit était parfois inévitable. Les États se font la guerre pour atteindre des objectifs politiques qui ne peuvent être atteints par aucun autre moyen. Ce sont ces objectifs politiques qui définissent les activités militaires et établissent les limites d’un conflit. Bien que des percées technologiques puissent avoir une influence sur la manière de mener les guerres, celles-ci sont gagnées ou perdues par des êtres humains. Le succès d’une opération repose principalement sur un bon jugement, fondé d’abord et avant tout sur la connaissance. Même si un esprit pratique et un jugement sûr représentent des qualités essentielles d’un commandant compétent, ces seules qualités ne peuvent que très rarement garantir un succès en cas de conflit, étant donné sa nature imprévisible, chaotique et empreinte de danger, de fatigue, d’incertitude, de peur et de chance. Ainsi, la capacité de prise de décision du commandant doit être guidée par une solide connaissance de certaines notions fondamentales et de principes éprouvés, qui ont permis à d’autres commandants de s’illustrer dans le passé.

Principes de la guerre

Les Principes de la guerre, présentés au tableau 4-1, sont des lignes directrices fondamentales qui guident les opérations militaires et constituent la forme la plus élémentaire de doctrine militaire. Ils ne sont pas des lois, mais simplement des indicateurs propres à certaines actions qui ont été couronnées de succès par le passé. Ils peuvent être appliqués à l’environnement aérospatial autant qu’aux environnements terrestre et maritime. À l’exception du choix et respect du but, qui est considéré comme étant d’une importance capitale en tout temps, ce ne sont pas tous les principes qui peuvent être appliqués à toutes les situations. Les autres principes ne sont pas présentés par ordre d’importance. Bien que les principes puissent varier d’un État à un autre, la doctrine qui les sous-tend est généralement la même. Il faut absolument garder ces principes fondamentaux en tête, surtout que la puissance aérospatiale est souvent utilisée de concert avec d’autres formes de puissance militaire. Ne pas tenir compte des Principes de la guerre comporte des risques, et une telle négligence a été à l’origine de plus d’un échec.

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Tableau 4-1. Les principes de la guerre

CHOIX ET RESPECT DU BUT

Chaque opération militaire doit avoir un but unique, réalisable et clairement défini, autour duquel doit s’articuler toute l’opération. Le but définit l’opération. Tout écart par rapport à celui-ci nuit aux efforts déployés et augmente les risques d’échec.

MAINTIEN DU MORAL

Le moral est l’élément le plus important pour toute force qui vise la meilleure cohésion possible et un grand désir de vaincre. Il est une conséquence d’un bon leadership, d’une discipline stricte, d’un entraînement qui correspond à la réalité, de la confiance en l’équipement utilisé et du sentiment d’avoir un but précis à accomplir.

ACTION OFFENSIVE

Ceux qui attaquent jouissent d’un net avantage puisqu’ils bénéficient alors de l’initiative et jouissent d’une liberté d’action, forçant l’ennemi à réagir plutôt qu’à agir.

SÉCURITÉ

La sécurité défend des intérêts vitaux et la protection des points faibles. Elle permet de mener des actions offensives et empêche l’adversaire de faire de même.

SURPRISE

La surprise peut produire des résultats nettement supérieurs à l’effort fourni. Un adversaire qui est surpris est mal préparé et incapable d’offrir une opposition adéquate.

CONCENTRATION DES FORCES

Il est essentiel de concentrer les forces en vue de les utiliser en un temps et un endroit précis. Elles devraient être organisées de manière à pouvoir porter un coup décisif à l’adversaire ou à contrer une menace de sa part, au moment et au lieu adéquat.

ÉCONOMIE D’EFFORT

Les ressources sont toujours limitées, alors elles ne doivent être utilisées inutilement. Afin d’obtenir une concentration maximale des ressources dans la sphère d’intérêt principale, un risque peut devoir être pris dans d’autres secteurs.

FLEXIBILITÉ

Aucun plan ne peut tenir compte de tous les facteurs liés à la chance et aux adversaires. Le succès dépend de la faculté d’adapter les plans pour profiter d’occasions uniques ou contourner des difficultés.

COOPÉRATION

La coopération entre les différents éléments d’une force maximise ses capacités. Elle permet l’adoption d’un but cohérent, renforce l’esprit d’équipe, améliore l’interopérabilité, la répartition des responsabilités, de même que la coordination des efforts déployés afin d’atteindre une efficacité optimale.

ADMINISTRATION

Aucun plan ou opération ne peut être couronné de succès sans soutien logistique ou administratif adéquat. Le peu de ressources et de matériel essentiel disponible doit être géré à l’échelon de commandement approprié. Les ressources disponibles doivent en tout temps être utilisées de la manière la plus économe et efficace possible.

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Caractéristiques de la puissance aérospatiale

L’adjectif aérospatial signifie l’environnement aérien et spatial qui entoure la terre et qui s’étend vers l’espace depuis la surface de la terre. Cet environnement est unique et nécessite une approche distincte et réfléchie des opérations qui s’y déroulent. Pour une utilisation optimale de la puissance aérospatiale, une compréhension des caractéristiques suivantes est fondamentale :

Élévation : La capacité d’employer la puissance aérospatiale au-dessus de la surface de la Terre offre la possibilité d’observer et d’influencer les activités qui se déroulent sur la surface ou sous la mer.

Fragilité : Les véhicules aérospatiaux ont tendance à être plus fragiles que les véhicules de surface et, par le fait même, nécessitent un entretien spécial pour demeurer en bon état de marche.

Nature provisoire : Généralement, les plates-formes aérospatiales ne peuvent demeurer en place dans les airs indéfiniment, et ne peuvent par conséquent pas demeurer à un même poste de manière permanente. Cette difficulté peut être en partie contournée par l’engagement de plates-formes aérospatiales en rotation afin d’assurer une certaine permanence, ou par la répétition des missions au besoin.

Charge utile : Les charges utiles transportées par certains véhicules aérospatiaux sont plutôt limitées, comparativement à celles transportées par les forces maritimes et terrestres. Il est toutefois possible de compenser la petitesse de ces charges utiles par des taux de sortie élevés. De plus, une petite charge utile livrée rapidement permet de stabiliser une situation critique de manière plus efficace qu’une charge plus importante livrée plus tard.

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Précision : La puissance aérospatiale peut être employée avec une grande précision et un minimum de dommages collatéraux en raison des capacités inhérentes des munitions à guidage de précision et des satellites de surveillance.

Portée : La puissance aérospatiale peut être déployée partout dans le monde sans être gênée par les obstacles topographiques tels que les chaînes de montagnes ou les grands plans d’eau.

Sensibilité aux conditions environnementales : La puissance aérospatiale est généralement très sensible aux conditions environnementales. Des mauvaises conditions météorologiques, par exemple, entraîneront des problèmes de décollage et d’atterrissage, de navigation, d’acquisition d’objectif et de tir aérien.

Sensibilité à la technologie : Des innovations technologiques relativement peu importantes peuvent avoir des répercussions considérables sur l’efficacité de la puissance aérospatiale. Ces innovations nécessitent un engagement permanent quant à l’amélioration et au développement continu des forces aérospatiales.

Rapidité : La rapidité inhérente des véhicules aérospatiaux permet des interventions diligentes sur de grandes distances. La rapidité peut être employée pour surprendre l’adversaire, et offre une exposition réduite aux actes hostiles, améliorant ainsi la survivabilité.

Furtivité : La furtivité (au niveau tactique et technologique) permet à la puissance aérospatiale d’être utilisée avec un risque de détection minimal, améliorant la survivabilité et les chances de prendre l’adversaire par surprise.

Dépendance au soutien : La puissance aérospatiale nécessite un niveau élevé de soutien technique et logistique offert à partir d’une base d’opérations de soutien.

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Applications de la puissance aérospatiale

Les caractéristiques particulières de la puissance aérospatiale offrent aux décideurs une vaste gamme de possibilités pour atteindre des objectifs nationaux, faisant d’elle un instrument aussi utile au maintien de la paix et à la gestion de crise qu’au bon déroulement des combats. Bien que cette liste ne soit pas complète, la puissance aérospatiale est idéale pour les applications suivantes :

Soutien : Grâce à sa rapidité et à sa portée, la puissance aérospatiale peut offrir un soutien physique, de l’aide humanitaire à l’appui militaire, à travers le monde.

Observation : L’élévation permet à la puissance aérospatiale de localiser et de surveiller l’ennemi, de même que d’observer ses dispositions.

Présence : La seule présence de la puissance aérospatiale en tant que moyen visant à contrer une menace peut servir à rassurer les troupes et à dissuader tout agresseur potentiel.

Retard/Interdiction : La puissance aérospatiale peut être utilisée de manière efficace pour empêcher des agresseurs de se servir de leurs forces ou ralentir leur progression, permettant ainsi aux alliés d’avoir un peu de temps pour renforcer leurs défenses ou lancer des attaques préventives de harcèlement.

Diversion : La puissance aérospatiale peut être utilisée pour influencer les actions des forces ennemies en concentrant ses attaques dans des zones critiques, obligeant l’adversaire à utiliser des ressources normalement prévues à d’autres fins.

Perturbation : Les dommages causés par la puissance aérienne peuvent perturber l’ennemi, mentalement et physiquement, en raison de la confusion engendrée, de l’affaiblissement de la cohésion des unités et de la vulnérabilité à des attaques subséquentes.

Destruction : La puissance aérospatiale permet d’infliger des dégâts matériels importants à tous les types de forces ennemies, au moment et à l’endroit requis.

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Principes de la puissance aérospatiale

Les caractéristiques intrinsèques de la puissance aérospatiale en font une option intéressante pour l’exécution de diverses tâches, néanmoins, il faut agir avec prudence afin d’éviter la fragmentation des ressources et la dispersion des efforts. Afin d’assurer l’utilisation optimale de la puissance aérospatiale, certains principes élémentaires doivent être respectés. Ils sont appelés Principes de la puissance aérospatiale. Si les Principes de la guerre offrent un encadrement général pour l’utilisation de la puissance militaire, les Principes de la puissance aérospatiale ont été élaborés à la suite d’expériences passées afin de traiter de manière plus précise de l’emploi de la puissance aérospatiale.

Contrôle centralisé et exécution décentralisée : Le contrôle centralisé assure la cohérence, l’encadrement et l’organisation de la puissance aérospatiale. Ce contrôle relève d’un seul commandant aérospatial, qui a le pouvoir d’attribuer les ressources disponibles selon une perspective à l’échelle du théâtre afin de mieux réaliser les objectifs assignés. Le commandant aérospatial est donc responsable du contrôle(qui englobe la planification, l’orientation, la priorisation, l’affectation, la synchronisation, l’intégration et la résolution de conflit) de toutes les ressources aérospatiales. Un contrôle centralisé garantit l’utilisation la plus efficace possible des ressources aérospatiales restreintes et permet à un commandant de confirmer toutes les exigences puis d’assigner ou de réassigner les ressources à des missions particulières, d’après les circonstances et les priorités changeantes. L’exécution décentralisée et la délégation de pouvoirs à des commandants subalternes en vue de l’exécution des missions sont soumises à l’intention du commandant, aux règles d’engagement et aux autres paramètres établis par le commandement supérieur. L’exécution décentralisée permet aux commandants à tous les niveaux hiérarchiques de démontrer leur expertise et leur compréhension des conditions locales inhérentes à l’exécution de la mission, et ce, tout en faisant preuve d’initiative et d’adaptation à la situation dans un environnement changeant[1].

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Flexibilité et polyvalence : La flexibilité et la polyvalence jouent un rôle essentiel dans l’utilisation efficace de la puissance aérospatiale. Dotées d’une flexibilité et d’une polyvalence inhérentes, les ressources aérospatiales peuvent passer d’un objectif à un autre rapidement et de manière décisive, que ce soit à l’échelle stratégique, opérationnelle ou tactique.

Synergie : L’emploi de la puissance aérospatiale, jumelé à d’autres formes de puissance nationale ou en soutien à celles-ci, peut créer une synergie qui permet aux forces d’offrir une contribution collective largement supérieure à la somme de leurs contributions individuelles.

Persistance : L’utilisation répétée de la puissance aérospatiale permet à un commandant de jouir d’une influence considérable et de faire sentir sa présence dans une zone d’intérêt donnée. Bien qu’une puissance aérospatiale ne soit pas en mesure d’occuper un territoire ou de demeurer constamment à proximité de celui-ci, sa rapidité et sa portée intrinsèques permettent de retourner fréquemment aux cibles visées.

Concentration : Une utilisation efficace de la puissance aérospatiale nécessite une certaine concentration de ses efforts afin d’éviter la dispersion de ceux-ci qui découlerait de tentatives pour satisfaire aux nombreuses demandes concurrentes d’une opération.

Priorité : Comme les ressources aérospatiales sont limitées, il est essentiel d’établir des priorités afin d’en optimiser l’utilisation. La puissance aérospatiale est la plus rentable lorsqu’elle est employée pour exécuter des tâches dont les dividendes sont très importants.

Équilibre : Il est essentiel de maintenir un équilibre dans l’emploi de la puissance aérospatiale pour satisfaire aux exigences des Principes de la guerre et des Principes de la puissance aérospatiale. Il est tout aussi important de maintenir un équilibre entre les répercussions de l’atteinte des objectifs et les risques que ces tâches entraînent pour les forces amies. 

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Opération Desert Storm

L’opération Desert Storm est la campagne aérienne à phases multiples qui a suivi l’opération Desert Shield, la montée en puissance des forces alliées en Arabie Saoudite, d’une durée de six mois, qui a suivi l’invasion du Koweït par l’Irak en 1990. Suite à un manquement de l’Irak à la résolution 678 du Conseil de sécurité des Nations Unies qui lui ordonnait de retirer ses troupes du Koweït, la Coalition a lancé une campagne aérienne de grande envergure. La campagne a débuté au matin du 17 janvier 1991, avec plus de 1000 sorties par jour. Les sorties ont surtout été réalisées à partir de l’Arabie Saoudite et des six groupes aéronavaux de la Coalition stationnés dans le golfe Persique. La Force aérienne du Canada a fourni des hélicoptères de patrouille maritime CH124 pour soutenir le blocus maritime et des chasseurs CF18 pour effectuer des missions de couverture aérienne et de bombardement. La campagne aérienne s’est déroulée en trois phases.

La phase 1, soit les cinq premières semaines de combat, a consisté en une guerre aérienne : tandis que les forces terrestres se déployaient sur le terrain, les forces aériennes de la Coalition ont lancé des opérations aériennes fondées sur la déception, afin de faire en sorte que les Irakiens se concentrent sur leur défense et qu’ils organisent leurs forces de manière incorrecte. À la suite de ces manoeuvres, des frappes en profondeur ont été réalisées dans le but de décapiter la structure de commandement et de contrôle irakienne et d’anéantir toute possibilité de renfort des forces terrestres irakiennes au Koweït et au sud de l’Irak.

La phase 2, qui a empiété sur la première et sur la dernière phase, a permis à la Coalition d’acquérir la maîtrise de l’espace aérien koweïtien. Cette réussite a permis à la Coalition de lancer des frappes sur les troupes terrestres irakiennes et de détruire les unités appelées en renfort en toute impunité.

La phase 3 a débuté avec l’entrée des forces terrestres au Koweït et en Irak. Les forces aériennes de la Coalition ont obligé les forces irakiennes à demeurer sur leurs positions, ce qui a favorisé la pénétration des forces blindées et leur exploitation du terrain, a permis de détruire des voies de communication importantes, d’empêcher toute forme de renfort et de ravitaillement des troupes irakiennes et de les chasser du Koweït. La guerre au sol n’a duré que quatre jours, en grande partie grâce au succès de la campagne aérienne.

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Principes et applications

CONTRÔLE CENTRALISÉ ET EXÉCUTION DÉCENTRALISÉE

L’Opération Desert Storm a validé le concept de commandant de composante aérienne de force interarmées (JFACC), résolvant ainsi un problème de fragmentation du commandement des opérations aériennes qui perdurait depuis longtemps. Bien que ce concept ait été utilisé dès la Seconde Guerre mondiale, il s’agit du premier conflit pour lequel un JFACC a été établi de manière formelle. Des chasseurs CF18 canadiens ont été déployés dans le Golfe dans le cadre du Groupe opérationnel aérien du Canada au Moyen-Orient (GOACMO)[2]. La mission initiale consistait à réaliser des PAC au-dessus de la flotte de la Coalition. Bien qu’elles relevaient du contrôle opérationnel du commandant naval de la Coalition, les sorties des chasseurs des FC ont été intégrées à l’ordre d’attribution de mission aérienne (ATO) produit par le JFACC. Cette intégration a permis au JFACC d’exercer un contrôle centralisé des chasseurs, favorisant ainsi une résolution du conflit de l’espace aérien et la production d’une liste des ressources disponibles en vue d’une réaffectation, au besoin, tout en faisant en sorte que les chasseurs CF18 puissent s’acquitter des responsabilités prévues en matière de PAC[3].

FLEXIBILITÉ ET POLYVALENCE

Pendant l’Opération Desert Storm, on avait confié une mission d’attaque au sol à un F-18 de la Marine des États-Unis. Durant le trajet vers l’objectif, un E-2 de la Marine américaine a indiqué qu’un aéronef ennemi se trouvait dans la région, et il a réaffecté le F-18 en vue de l’interception de cet aéronef. Le pilote du F-18 a reconfiguré l’aéronef et a entrepris d’intercepter et d’éliminer la menace aérienne. Il est ensuite revenu à la mission d’attaque au sol, qu’il a menée à bien.

SYNERGIE 

La campagne aérienne a été planifiée de manière à affaiblir et à détruire les défenses aériennes irakiennes, offrant ainsi une plus grande liberté d’action aux forces de la Coalition. Les forces terrestres alliées ont été particulièrement efficaces dans leur avancée en territoires irakien et koweïtien grâce à l’appui aérien rapproché dont elles ont bénéficié. Les effets synergiques causés par les attaques ariennes initiales, de pair avec l’offensive au sol de la Coalition, ont permis de réduire au minimum les pertes de la Coalition tout en optimisant la destruction de l’ennemi.
PERSISTANCE L’Iraq disposait d’un système de défense aérienne intégrée (IADS) très évolué qui comportait une redondance intégrée et qui faisait preuve d’une souplesse qui permettait de survivre à une attaque aérienne. Toutefois, les forces aériennes de la Coalition ont réalisé des opérations continues le jour et la nuit et des attaques furtives et elles sont utilisé des munitions à guidage de précision (MGP), des missiles de croisière, des drones, des hélicoptères d’attaque, des forces d’opérations spéciales, etc. afin de maintenir la pression sur l’ennemi. En appliquant de manière constante la puissance aérospatiale, la Coalition a grandement détérioré l’IADS iraquien.
CONCENTRATION

L’essence de la concentration a été réalisée pendant les attaques aériennes au début de la guerre du Golfe. Durant les 24 premières heures, la Coalition a effectué 1400 sorties. Une puissance aérospatiale d’une telle envergure exercée à un endroit et un moment particuliers visait à écraser l’ennemi.

PRIORITÉ Un objectif principal de la campagne de la Coalition consistait à bloquer le système de commandement et de contrôle (C2) iraquien afin de paralyser sa capacité de mener la guerre. Toutefois, on a reconnu que la capacité défensive de l’IADS iraquien devait d’abord être neutralisée; cet aspect s’est donc imposé à titre de principale priorité. Une fois que le système IADS était détérioré, on disposait d’une liberté considérable pour les actions d’aéronef et la priorité consistait désormais à cibler le système C2.
ÉQUILIBRE Après les premières victoires des Égyptiens et des Syriens pendant la guerre du Yom Kippour, les forces de défense israéliennes ont contre-attaqué, mais sans obtenir d’abord la supériorité aérienne. Cet équilibrage inefficace des ressources aérospatiales s’est avéré très coûteux, car les Israéliens ont perdu 60 chasseurs au cours de la première semaine.
SOUTIEN Le soutien de transport par voie aérienne pour le GOACMO était fourni principalement par les aéronefs Hercules et Boeing 707 des Forces Canadiennes (FC) qui avaient été déployés depuis le Canada et opéraient à partir des Forces canadiennes Europe. Les autres exigences concernant la cargaison et les passagers ont été satisfaites à l’aide d’un ensemble de soutien commercial assuré en vertu d’un contrat et en ayant recours à l’espace disponible offert par les pays de la Coalition. Le déploiement initial rapide des forces de la Coalition dans le théâtre d’opérations a démontré une solide détermination.
OBSERVATION

Les commandants de la Coalition ont pu bénéficier d’une surveillance et d’une reconnaissance de l’espace de combat sans précédent, grâce aux satellites, aux systèmes aérien sans pilote à bord (UASs) et aux aéronefs avec pilote.

PRÉSENCE

Les forces aériennes de la Coalition ont inlassablement parcouru l’ensemble de la zone d’opérations (ZO), observant et perturbant le mouvement des troupes irakiennes, interceptant des communications et détruisant des forces et des infrastructures. Cette présence continue a considérablement nui à l’efficacité de la campagne irakienne.

RETARD/INTERDICTION

Les actions menées par les forces aériennes de la Coalition ont joué un rôle important dans la dissuasion des forces irakiennes, les empêchant de participer aux combats de manière efficace. La force aérienne irakienne a été réduite au silence par la crainte d’être submergée, ses pilotes refusant dans bien des cas de décoller, et allant même se réfugier en Iran. Les unités terrestres, paralysées par les bombardements, se sont rendues massivement lors du début de la guerre terrestre.

DIVERSION

Les ressources aéronavales de la Coalition, conjointement avec les navires et les unités amphibies de la marine de la Coalition, ont joué un rôle agressif au large des côtes du Koweït, offrant ainsi la possibilité d’un assaut par mer. Cette diversion a compliqué le tableau pour la défense iraquienne et a rendu difficile la concentration des forces terrestres iraquiennes contre l’assaut au sol de la Coalition.

PERTURBATION

Avant la campagne terrestre, les forces aériennes de la Coalition ont attaqué les forces aériennes irakiennes, les voies de communication, de même que les infrastructures de commandement et de contrôle, nuisant à l’organisation de la défense. Au cours de l’offensive terrestre, les forces aériennes irakiennes ont été incapables de fonctionner efficacement, et le mouvement de troupes irakiennes au sol était pratiquement impossible.

DESTRUCTION

Au cours de la campagne aérienne initiale, ainsi que durant l’offensive terrestre, les forces aériennes irakiennes ont perdu énormément d’aéronefs, de terrains d’aviation et de réseaux de commandement et de contrôle les empêchant de mettre sur pied une défense efficace. L’armée irakienne a perdu la majorité de sa capacité militaire à cause des attaques aériennes, et des unités entières ont été détruites en vol.

 

Si vous ne disposez d’aucune doctrine adéquate, l’armée de terre et la marine ne comprennent pas ce que vous faites et ne savent pas à quel point il est difficile de le faire correctement.[4]

- Major-général J. J. C. Bouchard

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Notes

1. L’ordre d’attribution de mission aérienne (ATO) exprime les décisions du commandement qui doivent faire l’objet d’un contrôle central, mais qui sont décentralisées afin que les opérateurs les exécutent efficacement. Il permet au commandant aérospatial de contrôler les forces aérospatiales dans tout le théâtre d’opérations, en appui à l’intention du commandant de la force interarmées. L’ATO garantit l’intégration des opérations aérospatiales dans l’ensemble du théâtre d’opérations afin que les forces agissent au moment et au lieu choisis par le commandant. L’ATO est planifié au niveau central et il est élaboré au niveau opérationnel, mais son exécution est décentralisée en faveur du commandement subalterne et des noeuds de contrôle, de même que des unités tactiques.  (retourner)

2. Jean Morin et Richard H. Gimblett, Opération FRICTION 1990-1991 : Golfe Persique, le rôle joué par les Forces canadiennes, Toronto, Dundurn Press, 1997, p. 99. (retourner)

3. Collège des Forces canadiennes, « Control of Air Ops During the Gulf War », compilation non publiée de documents des FC qui ont trait à la guerre du Golfe. Le d ocument se trouve dans la bibliothèque du Collège des Forces canadiennes. (retourner)

4. Entrevue du Lieutenant-général J. J. C. Bouchard, qui était à ce moment major-général, avec le Lieutenant-colonel J. P. Blais à Winnipeg en décembre 2006. (retourner)

 

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