Chapitre 6 : Commandement et contrôle de la puissance aérospatiale (B-GA-400-000/FP-000, Doctrine aérospatiale des Forces canadiennes)

Doctrine aérospatiale

 

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L’ordre ou le désordre ne sont qu’une question d’organisation.

- Sun Tzu

Commandement, contrôle et commandement et contrôle

La Force aérienne du Canada, tout comme l’Armée de terre et la Marine, est un instrument essentiel de la puissance nationale, qui a des responsabilités quant à la protection du Canada, des Canadiens, de même que des intérêts et des valeurs du pays, à l’intérieur de celui-ci comme à l’étranger. La Force aérienne remplit ses obligations par la projection efficace et efficiente de la puissance aérospatiale. Au cœur de ces activités, on trouve un cadre de commandement et de contrôle flexible et adapté à toutes les circonstances, qui permet à des ressources provenant de différentes organisations de travailler ensemble à l’atteinte d’un but commun [1]. Conformément à ce principe, les expressions et les définitions employées dans le présent chapitre, à moins d’avis contraire, sont tirées de la doctrine interarmées des Forces Canadiennes (FC).

Commandement

Le commandement est à la base de toute organisation militaire. Il est défini comme suit : « Le commandement désigne l’autorité conférée à un militaire pour diriger, coordonner et contrôler des forces militaires[2] ».Cependant, le commandement est plus qu’une simple manifestation du pouvoir. « Commander consiste à exprimer d’une manière créatrice la volonté d’accomplir la mission[3]. » Cette définition implique deux facteurs : la créativité et la volonté. Le commandant doit faire preuve de créativité pour composer avec et résoudre toute situation inattendue qui pourrait nuire à la réussite de la mission. La volonté est également très importante, puisqu’il s’agit du facteur déterminant pour prendre une décision et être déterminé à la mettre en œuvre, peu importe les obstacles.

Contrôle

Le contrôle offre un moyen d’exercer un commandement efficace. Le contrôle représente l’autorité exercée par un commandant sur un volet des activités d’organisations subalternes ou d’autres organisations qui ne sont normalement pas sous son commandement. Il est influencé par les structures et les processus élaborés par les commandants pour leur permettre d’exercer le commandement et de gérer les risques[4]. Les forces aérospatiales utilisent de nombreuses mesures de contrôle à cet égard, entre autres les ordres de contrôle de l’espace aérien et l’état d’alerte des aéronefs.

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Commandement et contrôle

Le commandement et le contrôle (C2) est l’ « Exercice de l’autorité d’un commandant sur les forces assignées, allouées ou détachées pour la conduite d’une mission, et la direction de ces forces.[5] » Un C2 efficace est essentiel à un emploi efficace de la puissance aérospatiale. Les activités de C2 comprennent l’analyse de l’information, l’élaboration de plans, la préparation d’ordres, l’organisation et le déploiement de forces en prévision ’un conflit et, une fois que l’opération débute, la coordination et la modification de l’exécution du plan. La façon dont les forces et les entités sont regroupées (rapports hiérarchiques) a une incidence directe sur la circulation de l’information et la prise de décisions de commandement. D’un côté, les organisations davantage « horizontales » réagissent en général plus rapidement aux événements extérieurs, mais elles sont plus difficiles à gérer au niveau central. D’un autre côté, le fait de disposer de quartiers généraux intermédiaires distincts permet d’avoir des connaissances plus spécialisées à chaque endroit, ce qui réduit l’étendue des responsabilités de chaque quartier général, mais entraîne la création d’un réseau plus encombrant et moins adapté. On doit évaluer ces facteurs pour établir les arrangements au chapitre du commandement. Bien que les répercussions du commandement et du contrôle ne soient pas le seul aspect en cause, elles constituent un facteur crucial de la définition de l’organisation d’une force aérospatiale ou d’un quartier général.

Principes de commandement

L’expérience a permis de constater qu’il existait certains principes fondamentaux en matière de C2 de forces. Ils ont été officiellement formulés de manière à constituer les principes de commandement.

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Tableau 6-1. Principes de commandement
PrincipeApplication
Unité de commandement

Un seul commandant, nommé de façon claire est autorisé à commander chaque opération. Il a la responsabilité de planifier et diriger les opérations et de rendre compte du succès ou de l’échec d’une mission.

Portée de contrôle

L’étendue du commandement efficace qu’une personne peut exercer a des limites. La quantité de ressources et d’activités assignées à une formation ou à une unité doit être telle qu’elle puisse être commandée et contrôlée par une seule personne.

Chaîne de commandement

Le processus de commandement et de contrôle est constitué suivant une structure hiérarchique et doit être respecté. Sauf en des circonstances hautement exceptionnelles, nul n’est autorisé à court-circuiter les niveaux de commandement.

Délégation de pouvoir

Les commandants doivent faire preuve de clarté lors de la délégation intégrale ou en partie du pouvoir.

Liberté d'action

Une fois la tâche ou la mission établie et les ordres nécessaires transmis, les commandants subordonnés doivent pouvoir jouir d’un maximum de liberté pour prendre l’initiative, exercer leur savoir-faire et mettre en application leur connaissance de la situation locale dans le cadre de la planification et de la conduite d’une opération.

Continuité du commandement

Les commandants doivent établir une procédure claire pour assurer la suite du commandement.

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Rapports de commandement et de contrôle

Le C2 peut être exercé à trois niveaux bien distincts : intégral, opérationnel et tactique.

Le commandement intégral est défini comme le pouvoir et la responsabilité, sur le plan militaire, qu’a un commandant de donner des ordres à ses subalternes. « Il couvre tous les aspects de l’administration et des opérations militaires et s’applique à tous les niveaux, du [Chef d’état-major de la Défense] CEMD au commandant d’unité[6]. Il est applicable uniquement au sein des services nationaux, ce qui signifie que les commandants d’alliances ou de coalitions ne peuvent assumer le commandement intégral des forces d’autres États.

Le commandement opérationnel (OPCOM) est le pouvoir attribué à un commandant d’assigner des missions ou des tâches à des commandants subordonnés, de déployer des unités, de réaffecter des forces et de conserver ou de déléguer le contrôle opérationnel (OPCON), le commandement tactique (TACOM) ou le contrôle tactique (TACON), selon ce qu’il juge nécessaire. Ce type de commandement ne comporte pas de responsabilités en matière de logistique ou d’administration.

Un commandant à qui on a confié un OPCOM peut déléguer cette autorité. Bien que l’OPCOM permette à un commandant d’attribuer des fonctions distinctes à des composantes des unités sous sa responsabilité, il ne lui permet pas de perturber l’organisation de base d’une unité au point où celle-ci ne peut recevoir d’autres tâches ou être redéployée. Un commandant exercera normalement un OPCOM par l’entremise de commandants de composantes subalternes d’une force opérationnelle.

Le commandement tactique (TACOM) est le pouvoir délégué à un commandant d’assigner des tâches aux forces sous son commandement pour mener à bien une mission qui lui a été confiée par des supérieurs. Sa portée est moins vaste que l’OPCOM, mais comprend le pouvoir de déléguer ou de conserver le TACON.

Le contrôle opérationnel (OPCON) est le pouvoir délégué à un commandant de diriger des forces allouées pour accomplir des missions ou des tâches précises qui sont généralement limitées du point de vue de la fonction, du temps ou de l’emplacement et de déployer les unités concernées; et de conserver ou de déléguer le TACON de ces unités. Il n’accorde pas le pouvoir d’assigner des tâches plus particulières et distinctes aux composantes des unités concernées. Les unités sont placées sous l’OPCON de commandants afin de leur permettre d’utiliser immédiatement ces unités pour remplir leur fonction de soutien, sans devoir se référer davantage à des supérieurs.

Le contrôle tactique (TACON) est plus précis et est habituellement limité à la supervision et au contrôle de mouvements et de manœuvres nécessaires pour accomplir les missions ou les tâches assignées. En général, le TACON est délégué seulement lorsque deux unités ou plus ne servant pas sous le même OPCON sont combinées pour former une unité tactique cohésive.

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Tableau 6-2. Rapports de commandement et de contrôle
 

COMMANDEMENT
INTÉGRAL

OPCOMTACOMOPCONTACON

FOURNIR UN SOUTIEN
ADMINISTRATIF ET
LOGISTIQUE

X        

ASSIGNER
DES TÂCHES
DISTINCTES À DES
COMPOSANTES
D’UNITÉS OU DE
FORMATIONS

X X      

ASSIGNER DES
MISSIONS

X X   X  

ASSIGNER DES
TÂCHES

X X X X  

DÉLÉGUER À
UN STATUT DE
COMMANDEMENT
ÉGAL OU INFÉRIEUR

X X X X X

COORDONNER LES
MOUVEMENTS OU
LES ACTIONS À
L’ÉCHELLE LOCALE

X X X X X

PLANIFIER ET
COORDONNER

X X X X X

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Commandement au sein des forces canadiennes

Le Gouverneur général du Canada est le commandant en chef des FC et sert de lien entre la Couronne et les forces armées. Le gouvernement du Canada encadre les FC par l’entremise du ministre de la Défense nationale. Le CEMD relève du ministre pour ce qui est de la tenue d’opérations militaires. En vertu d’un mandat, le CEMD dirige les FC et leur fournit une orientation stratégique. Il émet des ordres et des instructions en suivant la chaîne de commandement, délègue son pouvoir de commandement et assigne des missions et des tâches aux commandants subalternes.

Commandement au sein de la force aérienne

Le commandant du Commandement aérien (Cmdt C Air), qui occupe également le poste de Le commandant du Commandement aérien (Cmdt C Air), qui occupe également le poste de Chef d'état-major de la Force aérienne (CEMFA), commande et fournit une orientation stratégique à la Force aérienne. En qualité d’officier supérieur de la Force aérienne des forces militaires canadiennes, le Cmdt C Air relève directement du CEMD et il fait office de conseiller pour les questions stratégiques de la Force aérienne. Il est également responsable de la montée en puissance et du maintien en puissance d’une Force aérienne polyvalente et apte au combat qui permet d’atteindre les objectifs de défense du Canada. Deux commandants relèvent de son poste, soit le Commandant de la 1re Division aérienne du Canada (Cmdt 1 DAC) et le Cmdt 2 DAC / Doctrine et instruction de la Force aérienne (DDIFA).

Le Cmdt 1 DAC relève du Cmdt C Air et il exerce le C2 pour une foule de formations et d’unités de la Force aérienne. Il fait office d’autorité chargée de la navigabilité opérationnelle pour toutes les ressources aérospatiales des FC et donne au commandant des forces interarmées (JFC) des conseils sur la structure de C2 pour les opérations aérospatiales. Le Cmdt 1 DAC est également le commandant de composante aérienne de forces interarmées (JFACC) canadien pour les opérations de la FC. Le JFACC relève du commandant de forces interarmées désigné et appuyé pour l’emploi de la force des ressources aérospatiales. Le Cmdt 1 DAC est également commandant de la Région canadienne du Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord (NORAD) et il relève du commandant du NORAD pour l’exercice du contrôle opérationnel de toutes les forces attribuées ou mises à la disposition de la défense aérienne dans la région.

Le Cmdt 2 DAC / DDIFA relève du Cmdt C Air et il supervise l’instruction individuelle et l’entraînement de la Force aérienne, notamment l’instruction ab initio pour la plupart des professions de la Force aérienne, les cours de perfectionnement de base de la Force aérienne et le soutien connexe. Le quartier général (QG) 2 DAC et le Centre de guerre aérospatiale des Forces canadiennes (CGAFC) appuient la gestion globale de l’instruction de la Force aérienne et l’élaboration de doctrine en dégageant les leçons retenues de l’instruction collective, des exercices et des opérations. La montée en puissance de forces en vue d’un emploi opérationnel immédiat, y compris l’unité d’entraînement opérationnel/la surveillance des vols et l’instruction collective, demeure du ressort du Cmdt 1 DAC[7].

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Commandement et contrôle de la force aérienne

Le contrôle centralisé et l’exécution décentralisée représentent le principe fondamental de la puissance aérospatiale en ce qui a trait au C2. Les forces aérospatiales doivent s’articuler autour de solides principes de commandement et de contrôle, dans le but d’assurer une efficacité opérationnelle dans tout le spectre du conflit. Le contrôle centralisé est nécessaire pour garantir une utilisation aussi efficace que possible des ressources aérospatiales restreintes. Ainsi, pour atteindre de la meilleure façon possible les objectifs d’ensemble, les forces aérospatiales sont coordonnées et dirigées au niveau opérationnel par un seul commandant aérien.

Le contrôle centralisé permet en outre de recibler rapidement les actions aérospatiales afin qu’on tire avantage des possibilités de mobilité, de respecter les exigences changeantes de la situation opérationnelle et de concentrer les actions au moment et au lieu critiques pour produire des résultats décisifs. L’exécution décentralisée favorise l’initiative et l’adaptation à la situation qui prévaut. De plus, elle offre aux commandants subalternes la possibilité d’utiliser leurs connaissances spécialisées et leur compréhension des conditions locales afin d’exécuter la mission en conformité avec les lignes directrices et l’intention globale du commandant. Lorsqu’on intègre la puissance aérospatiale à des opérations interarmées ou multinationales, le JFACC conseille le JFC[8], le commandant de force multinationale, le commandant de force opérationnelle interarmées ou le commandant de groupe de forces interarmées multinationales au sujet de la structure de C2 aérien qui convient.

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Notes

1. Canada, ministère de la Défense nationale, B-GJ-005-300/FP-000, Opérations des Forces canadiennes, Ottawa, ministère de la Défense nationale, 2005, p. 2-1.  (retourner)

2. Canada, ministère de la Défense nationale, B-GJ-005-300/FP-002, PIFC 3.0 Les Opérations, Ottawa, ministère de la Défense nationale, 2010, p. 3-2. (retourner)

3. Ross Pigeau et Carol McCann, « Re-Conceptualizing Command and Control », Revue militaire canadienne, Vol. 3, n°1, printemps 2002, p. 56. (retourner)

4. Ross Pigeau et Carol McCann, « Re-Conceptualizing Command and Control », Revue militaire canadienne, Vol. 3, n°1, printemps 2002, p. 54. (retourner)

5. Banque de terminologie de la Défense, fiche 5950. (retourner)

6. B-GJ-005-300/FP-002, PIFC 3.0 Les Opérations, p. 3-2. (retourner)

7. Dans le contexte actuel, la montée en puissance de force et le rapport entre celle-ci et la Force aérienne sont bien compris, mais cette notion est difficile à définir. À l’heure actuelle, la montée en puissance de force se définit le plus simplement à titre de continuum (ce qu’elle est), la 2e Division aérienne du Canada/Division de la doctrine et de l’instruction de la Force aérienne disposant de responsabilités claires pour l’instruction ab initio/de base; la montée en puissance de forces en vue d’un emploi opérationnel immédiat relève de la responsabilité de la 1re Division aérienne du Canada. (retourner)

8. Les JFC, par exemple le Commandement Canada (COM Canada) et le Commandement de la Force expéditionnaire du Canada (COMFEC), organisent les forces en vue de l’exécution de la mission, en fonction de leur vision et du concept d’opération, et ils offrent une orientation et des directives sur les rapports de commandement. (retourner)

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