Chapitre 3 : Éléments de commandement et de contrôle (B-GA-401-000/FP-001, Doctrine aérospatiale des Forces canadiennes commandement)

Si nos forces aériennes n’étaient jamais utilisées, nous aurions atteint notre but ultime. [Traduction]

- Général Nathan F. Twinning

 Systèmes de commandement et de contrôle

Un commandement et contrôle (C2) efficace requiert un éventail de capacités, à la fois techniques et – même encore plus essentielles – humaines. Les systèmes de C2 comprennent les trois éléments constitutifs suivants :

  1. Les personnes. Le C2 étant un processus humain, les ressources humaines représentent, par conséquent, l’élément le plus important du système de C2. Plus particulièrement, il est critique de se doter de personnes adéquatement formées et qualifiées pour exécuter les tâches complexes liées à l’opération du système de C2 comme tel.
  2. L’infrastructure. L’équipement, et plus particulièrement celui lié à la technologie de l’information, représente l’élément le plus visible d’un système de C2. Les exigences en matière d’infrastructure comprennent également l’hébergement et les services essentiels aux quartier général (QG) et aux centres d’opérations.
  3. Les processus. De nombreux processus spécifiques ont été développés pour assurer un C2 efficace. Ils ont été conçus pour faciliter la circulation de l’information et pour soutenir la prise de décision du commandement. Le processus de planification opérationnelle (PPO) est un bon exemple de processus de C2.

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Centre d’opérations aérospatiales

Centre d’opérations aérospatiales (COA). Un COA se définit comme l’entité sur laquelle le commandant de composante aérienne (CCA) s’appuie pour fournir la connaissance de la situation, le contrôle des forces aérospatiales et le processus de planification pour réaliser avec succès des opérations. Cela signifie qu’un COA ne devrait pas être simplement perçu comme un regroupement ad hoc de personnel et de systèmes de communications, mais plutôt comme une entité synergique. De plus,

  1. la dotation en équipement, l’affectation et l’instruction du personnel du COA devraient faire l’objet d’une normalisation;
  2. les procédures opérationnelles devraient faire l’objet d’un contrôle officiel;
  3. une approche réfléchie de la dotation en équipement du COA et de son soutien devrait être adoptée;
  4. le CCA doit approuver les changements et les améliorations liés au COA et à ses processus.

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Gestion de l’information

La circulation de l’information est une composante cruciale d’un processus efficace de C2. Des exemples comprennent la connaissance de la situation acquise par l’intermédiaire de la fonction de Détection; le traitement de cette information au sein d’un QG afin de la comprendre, de prendre des décisions et de préparer ensuite des plans, ainsi que la diffusion de ces plans. En effet, les plans en soi prennent la forme de renseignements qui constituent la direction et la coordination des opérations. Or, comme l’information est au cœur du C2 et comme les capacités modernes de traitement de l’information produisent d’énormes volumes de renseignements, le personnel peut facilement être submergé et, par conséquent, peut passer à côté d’éléments cruciaux. La gestion de cette masse d’information est critique pour assurer un C2 efficace. Au cours des opérations aérospatiales, l’information est gérée grâce à l’établissement du rythme de bataille. Ce dernier détermine un flux d’information et de produits normalisé pour un cycle défini par le commandant. Ce rythme permet à tous les participants de synchroniser leurs efforts avec ceux du commandant.

Afin de gérer la masse importante d’information que l’on retrouve dans les systèmes de C2, il est essentiel d’établir la distinction entre deux buts fondamentalement différents que l’information permet d’atteindre :

  1. Direction. L’information sert principalement à diriger et à coordonner les actions liées à l’exécution des décisions.
  2. Compréhension. La compréhension de la situation est fondamentale pour assurer une prise de décisions éclairées en temps opportun.

Le premier but, soit la direction, est de nature exécutive. Le second, soit la compréhension, représente une activité continue de soutien qui permet de maintenir à jour la connaissance de la situation. La catégorie de base dans laquelle sera classé un élément d’information influencera grandement la façon dont il sera géré, et dans bien des cas, celle dont il sera traité, transmis et archivé dans les systèmes d’information. À titre d’exemple, bon nombre de renseignements recueillis aux fins de compréhension seront à la fois générés et utilisés par le personnel, et un commandant ne les verra que rarement. D’autre part, l’information liée aux directives requiert une autorité de commandement et, dans la plupart des cas, doit être mise en évidence de manière appropriée et conservée dans les archives.

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Systèmes de communication

Les trois principes suivants s’appliquent à la conception et à l’opération des systèmes de communication utilisés dans le cadre du C2 :

  1. Interopérabilité. Dans le cadre des opérations contemporaines, qui se font presque toujours en coalition selon une approche globale, l’interopérabilité avec les autres entités revêt un caractère critique. Les systèmes de communication doivent donc permettre de satisfaire à cette exigence de taille tout en maintenant la fonction de protection.
  2. Agilité. En règle générale, l’agilité représente l’un des principes fondamentaux du soutien des missions aérospatiales. Ce principe s’applique particulièrement aux systèmes de communication qui doivent offrir la sensibilité et la souplesse requises pour répondre aux besoins opérationnels.
  3. Fiabilité. Les commandants, les états‑majors et les autres utilisateurs de systèmes de communication doivent pouvoir compter sur la fiabilité de ces systèmes, à la fois pour protéger l’information qu’ils renferment et pour continuer à mener des opérations efficaces en dépit de conditions rudes et stressantes.

L’efficacité du C2 dépend de la protection de l’information et des systèmes d’information contre la destruction, l’interruption et la corruption, ainsi que contre l’intrusion et l’exploitation. Tous les utilisateurs doivent s’assurer de protéger adéquatement les systèmes d’information qu’ils utilisent et les renseignements qu’ils contiennent afin d’éviter de compromettre la sécurité opérationnelle. Or, cela donnera inévitablement lieu à des compromis entre la facilité d’utilisation du système et la sécurité. De tels compromis devront faire l’objet de décisions bien réfléchies de la part du commandement, à la suite desquelles ils seront articulés dans le cadre d’un plan de protection de l’information mis en application dans l’ensemble du système.

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Systèmes de quartiers généraux et d’état‑major

Comme un commandant, à lui seul, n’est pas en mesure de s’occuper de la myriade de détails et de considérations d’ordre technique que comportent les opérations aérospatiales, on forme des états‑majors pour fournir les outils et les ressources à un C2 efficace à tous les niveaux au‑dessus du niveau le plus inférieur. Le quartier général (QG) peut prendre différentes formes, du QG d’un petit détachement comprenant peu de personnes (dont la fonction au sein de l’état‑major est possiblement à temps partiel) qui disposent tout juste d’un téléphone, d’une radio ou d’un ordinateur portatif, aux organisations importantes disposant de centres d’opérations complexes et d’une formation supérieure. Peu importe le contexte, le rôle de l’etat‑major est de fournir les outils et les ressources pour que le commandant en question puisse exercer un C2 efficace.

De façon générale, le QG consiste en un état‑major et un centre d’opérations ou poste de commandement qui leur sera réservé. Sur le plan opérationnel, l’état‑major est structuré selon le système continental, soit d’un état‑major A, et le centre d’opérations, comme un COA. Les COA sont des organisations réservées au contrôle détaillé des opérations aérospatiales et dotées des systèmes de C2 requis pour ce faire. Aux niveaux tactiques inférieurs, des centres d’opérations (ou postes de commandement) plus restreints sont souvent établis au niveau de l’escadron et de l’escadre. Indépendamment de leur niveau de commandement, de leur taille et de leur complexité, les centres d’opérations jouent un rôle unique suffisamment important pour qu’on les considère comme des entités distinctes de l’état‑major au sein d’un QG. Des renseignements supplémentaires sur les systèmes de QG, de commandement et d’états‑majors, ainsi que sur les COA, seront disponibles dans le document B‑GA‑401‑002/FP‑001 intitulé Processus de commandement et de contrôle des forces aérospatiales canadiennes.

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Distinction entre postes hiérarchiques et postes d’état‑major

Il existe une distinction fondamentale entre les postes hiérarchiques et les postes d’état‑major et leurs fonctions. Le terme ‘officier hiérarchique’ fait référence aux officiers qui sont « habilités d’un pouvoir de commandement.[1]. » Sur le plan pratique, cela signifie que l’officier hiérarchique participe à la conduite des opérations aérospatiales ou les supervise directement.

Les officiers d’état‑major, peu importe leur grade, ne détiennent aucune autorité sur les états‑majors des postes de commandement inférieurs ou sur les officiers hiérarchiques des escadrons et des unités. Les décrets devraient toujours être distribués le long de la chaîne de commandement, et non par les officiers des états‑majors. Bien que de nombreuses questions courantes, et même la plupart d’entre elles, puissent être résolues par les états‑majors, les commandants ont toujours le droit d’accéder directement à leur commandant supérieur immédiat. Les commandants subordonnés peuvent se servir de ce rapport de commandement privilégié pour revoir le travail du personnel des états‑majors supérieurs avec leur commandant.

Les responsabilités administratives ou logistiques peuvent suivre une autre voie que celle de la chaîne de commandement. C’est le cas, en particulier, des rapports de contrôle administratif. On doit noter que même si les rapports administratifs ne suivent pas la chaîne de commandement opérationnel, cette dernière demeure toutefois prioritaire.

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De nombreux réseaux techniques disposent de leur propre chaîne hiérarchique. À titre d’exemple, de nombreuses questions liées à la maintenance aérienne sont traitées par des membres du personnel de maintenance des aéronefs à différents niveaux, et une coordination de routine fort utile s’installe par l’intermédiaire du parallélisme du personnel (p. ex. des membres du personnel exerçant une coordination avec leurs pairs de même numéro aux échelons supérieurs et inférieurs J3 à A3).

Les chaînes techniques sont particulièrement prédominantes dans les opérations aérospatiales lorsqu’il est question de navigabilité et de sécurité en vol. Ces rapports sont indispensables pour assurer la coordination de la myriade de questions techniques que comportent les opérations aérospatiales, mais on doit comprendre qu’ils ne sont assortis d’aucune autorité d’exécution et qu’ils ne doivent jamais avoir préséance sur la chaîne de commandement opérationnelle. Les commandants peuvent déléguer leur autorité de contrôle le long d’une chaîne technique, mais ils ne devraient jamais déléguer leur autorité de commandement à une chaîne technique.
(Note : comme les J3/A3 sont des officiers d’état‑major et non des commandants ou commandants adjoints, la chaîne des J3/A3 consiste en une chaîne de commandement d’état‑major, et elle ne devrait pas être confondue avec la chaîne de commandement opérationnelle.)

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Procédures relatives à la prise de décision et à la planification

Une gamme de procédures a été développée pour aider les commandants et leurs états‑majors à préparer un plan d’opérations aériennes en leur fournissant des approches logiques, complètes et par étapes du commandement et du travail de l’état‑major. Le processus de planification opérationnelle constitue l’une de ces procédures et s’applique principalement sur le plan opérationnel, bien que l’on puisse l’utiliser à tous les niveaux (stratégique, opérationnel et tactique) afin d’intégrer les résultats des commandants individuels aux prévisions de leur état‑major respectif. La préparation de ce plan fait partie des activités internes d’un QG, et ce dernier doit ainsi prendre en considération les ressources et les fonctions requises pour atteindre les objectifs opérationnels. La doctrine des Forces canadiennes (FC) faisant autorité en matière de PPO se trouve dans la Publication interarmées des Forces canadiennes (PIFC 5.0), et elle s’applique à l’ensemble de l’environnement aérien et spatial. Les états‑majors supérieurs comme le 1 Division aérienne du Canada (DAC) utilisent le PPO.[2] Cette section vise à présenter le concept de PPO, mais comme nous l’avons mentionné ci‑dessus, la PIFC 5.0 fournit les détails relatifs au PPO pour les opérations aérospatiales.[3]

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Processus de planification opérationnelle

Le PPO permet au commandant de traduire la stratégie et les objectifs en un plan opérationnel unifié qui décrit la façon dont les opérations et la logistique serviront à accomplir avec succès les missions à l’intérieur d’un espace et d’un temps donnés. Ce processus de planification se divise en cinq étapes, de l’initiation de la planification à la révision du plan. Il est cyclique, selon les besoins, de manière à garder le plan à jour. Voici ses cinq étapes : initiation, orientation, élaboration du plan d’action, préparation du plan et révision du plan.

L’étape de l’initiation débute lorsque les états‑majors supérieurs fournissent l’orientation pour amorcer le processus de planification, souvent au moyen d’un ordre d’avertissement qui devrait également préciser si l’on exige une réponse rapide ou une planification mûrement réfléchie. L’étape de l’orientation comprend une analyse détaillée de mission, le développement d’un énoncé de mission et enfin, le guide de planification du commandant. L’élaboration du plan d’action repose sur l’orientation comprise dans le guide de planification du commandant qui fournira des directives à l’état‑major pour exécuter cette tâche. Pendant la planification d’action en situation de crise, un seul plan d’action pourrait être présenté au commandant, mais de façon générale, on en développe plusieurs. Ces différents plans d’action font l’objet d’une présentation au commandant pendant un breffage qui doit déboucher sur une prise de décision quant au plan privilégié. Une fois la décision prise par le commandant, on procède à la préparation du plan. Afin de s’assurer que le plan demeure à jour, il faut le revoir périodiquement. Les trois premières étapes, soit l’initiation, l’orientation et l’élaboration du plan d’action, constituent le processus de prévision.

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Autres capacités essentielles

Les forces aérospatiales peuvent utiliser le concept de lien arrière pour soutenir des forces déployées ou opérant en un lieu à partir d’emplacements multiples. Le lien arrière est le « moyen qui permet à une force déployée de recevoir du soutien de [sa propre organisation nationale] se trouvant à l’extérieur de la zone de responsabilité[4]. » Les systèmes de communications et d’information devraient permettre un cheminement de l’information sans interruption avec les emplacements avancés et arrières. L’intention qui sous‑tend le lien arrière consiste à fournir au commandant déployé à l’avant le soutien nécessaire pour mener les opérations tout en maintenant une empreinte de déploiement plus réduite, de manière à appuyer les forces avancées plutôt que de commander les opérations à partir de l’arrière.

Un recours au lien arrière efficace pour le C2 requiert une connectivité robuste à partir de l’emplacement avancé, ainsi qu’un état‑major disponible dans l’emplacement arrière pour fournir le soutien. On pourrait aussi avoir besoin de gérer prudemment les rapports de commandement, puisque les forces aérospatiales déployées à l’avant pourraient ne pas relever du même commandement que les éléments d’appui arrière.

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Instruction sur le commandement et contrôle

Comme nous l’avons souligné dans ce chapitre, le C2 est davantage une question d’interaction humaine que de systèmes techniques. Par conséquent, il est crucial que le personnel affecté au C2 suive l’instruction adéquate. Cette instruction ne se produit pas par hasard : il faut la planifier et la mettre de l’avant. L’instruction continue est cruciale pour maintenir les compétences à niveau, et l’application de bonnes pratiques en matière de C2 par les commandants et leur personnel d’état‑major et de COA exige autant de pratique qu’il en faut pour obtenir de bonnes aptitudes de vol. Les commandants doivent donc s’assurer que suffisamment de sessions sont offertes dans les types d’instruction suivants :

  1. Instruction individuelle. Le personnel employé dans les systèmes de C2 (comme l’état‑major de combat d’un COA) a besoin d’instruction de qualification spécifique et de perfectionnement afin d’assumer ses fonctions de manière compétente. De plus, de l’instruction additionnelle peut être nécessaire lorsqu’elle est justifiée par la mise en oeuvre de nouvelles procédures ou encore de matériels ou de logiciels ayant une influence sur l’utilisation de l’équipement opérationnel.
  2. Instruction collective. Des exercices périodiques, présentés de la manière la plus réaliste possible, devraient être organisés afin de favoriser la pratique des aptitudes de C2. Les exercices de poste de commandement et ceux par ordinateur peuvent être utilisés dans le cadre de l’instruction collective en matière de C2.

Sommaire

À tous les échelons, les commandants et les états‑majors qui les appuient doivent comprendre les éléments du C2 pour être en mesure d’exercer efficacement le contrôle et le commandement des forces aérospatiales. Les personnes, les organisations, l’équipement et les processus qui constituent la structure du C2, bien que propres aux opérations aérospatiales, jouent un rôle essentiel dans la réussite de l’intégration des effets aériens dans des opérations interarmées.

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Notes

1 BTD fiche 41466.  (returner)

2. Prière de noter que le NORAD utilise une variante de PPO appliquée par le QG du NORAD. De la même manière, l’OTAN utilise sa propre variante, mais les principes sont essentiellement les mêmes.  (returner)

3. Voir le B-GA-401-002 pour plus de détails sur le PPO de l’ARC.  (returner)

4 BTD fiche 37303. (returner)

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