Chapitre 1 éléments fondamentaux de la fonction détection (B-GA-402-000/FP-001, Doctrine aérospatiale des Forces canadiennes Détection)

Introduction

Les forces aériennes ont pour raison d’être l’exercice de la puissance aérospatiale au nom du pays auquel elles appartiennent. Elles s’acquittent de cette mission surtout en exploitant les environnements aérien et spatial de manière à réaliser les objectifs dont on les a chargées. Un siècle de guerre aérienne a démontré que toutes les forces aériennes efficaces, qu’elles soient grandes ou petites, sont capables d’exercer un certain nombre de fonctions données. Ces fonctions subissent l’influence des possibilités et limites physiques de leurs environnements et des autres fonctions. L’une ne peut fonctionner avec efficience ni efficacité sans l’autre; ce sont toutefois les capacités exclusives à chaque fonction qui, une fois intégrées à celles des autres fonctions, garantissent l’application adéquate de la puissance aérospatiale. Conforme à la doctrine des Forces canadiennes (FC)[1], la doctrine aérospatiale canadienne se constitue des six fonctions suivantes[2][3] :

Cette figure représente les rapports existant entre les six fonctions de l’Aviation royale canadienne : Commandement; Action, comprenant deux sous-fonctions (Acquisition de l’avantage et Projection); Détection; Protection; Montée en puissance et Maintien en puissance. Sur un anneau extérieur, les fonctions dynamisantes (Protection, Montée en puissance et Maintien en puissance) sont séparées les unes des autres par un espace égal. À l’intérieur de l’anneau extérieur, les fonctions fondamentales (Commandement, Action et Détection) sont inscrites dans leur propre rectangle et forment une pyramide. La fonction Commandement est au centre, en haut; la fonction Action (Projection et Acquisition de l’avantage), en bas, à droite, et la fonction Détection, en bas, à gauche. Le mot « Évaluer » figure là où les fonctions Détection et Commandement se chevauchent, et le mot « Planifier » est inscrit là où les fonctions Commandement et Action se recoupent. Dans le rectangle Commandement, une flèche descendante va du mot « Commandement » jusqu’à un petit cercle contenant le mot « Décider ». Une flèche au-dessus de laquelle sont inscrits les mots « État actuel » va du mot « Évaluer » (chevauchement des fonctions Détection et Commandement) jusqu’au mot « Décider ». Une autre flèche tracée sous le mot « Diriger » relie le mot « Décider » au mot « Planifier » (chevauchement entre les fonctions Commandement et Action). Une flèche va du bas du rectangle Action jusqu’à un cercle contenant le mot « Effets ». Une autre flèche part de ce cercle pour aller toucher le bas du rectangle Détection. Fin de la figure.

Figure 1 1. Les fonctions de l’Aviation royale canadienne

Dans l’exécution d’opérations et d’activités aérospatiales, les fonctions essentielles Commandement, Action et Détection se succèdent selon un cycle continu d’activités. Les produits des activités de la fonction Détection sont évalués lors des activités de la fonction Commandement; elles permettent d’orienter et d’évaluer les données et l’information afin de fournir la prise de conscience et la connaissance. Après cette évaluation, les activités de la fonction Commandement ordonnent et planifient les actions. Les activités de la fonction Action créent des effets dont résulte l’état visé.

Les activités de la fonction Détection évaluent les résultats de ces effets et le cycle reprend. Ce cycle d’activités influence les activités d’habilitation en cours des fonctions Maintien en puissance, Protection et Montée en puissance, ou il en subit l’influence. Les activités des fonctions Maintien en puissance, Protection et Montée en puissance doivent être exécutées en continu afin de maintenir en puissance, de protéger et de développer en continu les moyens et capacités de l’Aviation royale canadienne (ARC). Les activités des fonctions Commandement, Action et Détection, si elles sont privées des activités des fonctions Maintien en puissance, Protection et Montée en puissance, risquent d’être compromises, voire éliminées. On le voit, la faiblesse ou l’échec de l’une des fonctions a des effets négatifs non seulement sur les cinq autres fonctions, mais aussi sur la capacité de la force d’atteindre l’état visé.

Les fonctions de l’ARC ayant été décrites ci-dessus, le présent manuel de doctrine portera maintenant exclusivement sur la fonction Détection. Dans l’ARC, il s’agit de la capacité qui procure au commandant les connaissances dont il a besoin. La fonction intègre toutes les activités de collecte et de traitement des données et tous les concepts connexes. Elle a pour but de permettre aux décideurs de parvenir à la supériorité décisionnelle. Celle-ci correspond à l’avantage compétitif que rend possible une connaissance de la situation (CS) continue grâce à laquelle le commandant ordonne des actions plus efficaces et efficientes que celles de l’adversaire. En deux mots, la fonction Détection vise à fournir aux commandants une idée de « l’état du monde » pour leur permettre de prendre des décisions et d’optimiser les autres fonctions. Elle procure en fin de compte aux commandants le savoir nécessaire pour diriger leurs forces de manière à exercer l’effet le plus utile sur l’environnement opérationnel. Les opérations modernes risquent d’être extrêmement complexes et de dépendre beaucoup de la chronologie des événements, de sorte que les commandants doivent posséder des connaissances pour pouvoir prendre des décisions éclairées et obtenir les effets visés. C’est la fonction Détection qui définit les concepts, la structure et le processus nécessaires pour comprendre la situation et, tout compte fait, parvenir à la supériorité décisionnelle sur l’adversaire.

En outre, les opérations militaires modernes sont devenues inextricablement liées au cyberespace, à tel point que l’accès à celui-ci et la gestion d’opérations réseaucentriques sont essentiels pour procurer aux commandants une CS complète. Les progrès de l’informatique ont révolutionné l’exécution des opérations aérospatiales au point que, grâce à cette science, les commandants obtiennent en temps quasi réel une CS de l’environnement opérationnel. Le réseau mondial de systèmes informatiques a aussi ajouté une dimension à la fonction Détection, en ce sens que les frontières traditionnelles entre les domaines stratégique, tactique et opérationnel importent souvent moins qu’avant, car les commandants d’unités tactiques ont régulièrement accès aux informations d’importance stratégique et, inversement, les commandants d’entités stratégiques et opérationnelles peuvent souvent accéder à des renseignements tactiques détaillés[4]. Les méthodes propres aux opérations classiques ont grandement évolué au cours du dernier siècle, et l’avancement de la technologie transforme constamment la conduite de la guerre à l’ère de l’information. L’encart suivant fournit un certain contexte historique et une perspective sur les défis que comporte l’acquisition des connaissances dans le contexte des opérations modernes.

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« Certains supposent que l’avenir sera tout simplement un prolongement du passé. Pourtant, nous n’avons jamais prédit avec exactitude le prochain défi en matière de sécurité. Prenez donc garde quand on vous dit que l’avenir ressemblera au présent, car cela n’a jamais été le cas. Il n’existe aucune certitude au sujet de l’avenir, sauf le fait que nous risquons fort d’avoir tort dans nos prédictions. Voici quelques exemples.

À l’été de 1920, l’Europe avait été déchirée par une horrible guerre. Des millions de personnes avaient été tuées, mais une chose était « certaine », pensait-on : la paix imposée à l’Allemagne garantissait que celle-ci ne se redresserait pas de sitôt.

Pourtant, à l’été de 1940, non seulement l’Allemagne s’était redressée, mais elle avait conquis la France et dominé l’Europe.

À l’été de 1960, l’Allemagne avait été écrasée, l’Europe était divisée en deux, chacun des deux camps menaçant l’autre avec ses armes nucléaires.

À l’été de 1980, les États-Unis étaient enlisés dans une guerre de sept ans contre le Vietnam du Nord, ils avaient été expulsés de l’Iran, et le seul moyen qu’ils avaient de contenir l’énorme menace soviétique consistait à affecter aux forces armées de plus gros budgets que l’URSS et à se rapprocher de l’allié de celle-ci, la Chine communiste.

Pourtant, en 2000, l’Union soviétique s’était effondrée, la Chine était communiste de nom mais capitaliste dans la pratique, et les É.-U. avaient libéré le Koweït de l’envahisseur irakien; les économies étaient prospères, et tous disaient que les paramètres géopolitiques étaient désormais secondaires par rapport aux impératifs économiques, du moins jusqu’au 11 septembre 2001.

En me fondant sur ces exemples fournis par l’histoire, je dirais que les années 2020 ne ressembleront en rien à ce que nous vivons aujourd’hui.

La nécessité d’opérer des changements

Cette incertitude au sujet de l’environnement de sécurité, l’évolution de la technologie, la prolifération des circuits d’information, la contraction des cycles décisionnels et la fusion des disciplines sous-tendent un besoin d’opérer des changements. Il ne s’agit pas ici uniquement de la conception de nos architectures traditionnelles existantes du renseignement, mais aussi de l’approche traditionnelle que nous connaissons tous si bien, à la lumière des événements du siècle dernier, et qui isole les unes des autres les cultures du renseignement et des opérations.

Au cours des quatre dernières années, la Force aérienne a déployé de grands efforts pour s’éloigner du cloisonnement traditionnel des opérations et du renseignement pour en favoriser l’intégration[5]. »

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Le présent manuel fournit à l’ARC un guide sur les principes et les processus à utiliser pour exercer la fonction Détection dans le contexte des opérations aérospatiales. Il vise à brosser un tableau général des concepts des FC propres à cette fonction et aussi à donner un aperçu d’autres processus qui permettent à un commandant de comprendre l’environnement opérationnel.

Concepts de la détection

Principes

Dans le contexte militaire, la fonction Détection est définie comme étant « la fonction opérationnelle qui permet de fournir des connaissances au commandant[6]. » Le mot « connaissances » est défini comme désignant l’« information analysée qui confère signification et valeur[7]. » Par conséquent, la fonction Détection a pour objet de fournir aux commandants (les décideurs et les autres utilisateurs finaux) la connaissance de la situation dont ils ont besoin. Ces connaissances nécessaires sont donc étroitement liées à l’exécution des fonctions Commandement, Action, Protection et Maintien en puissance. En d’autres mots, les connaissances auxquelles nous faisons allusion quand nous décrivons la fonction militaire Détection correspondent aux connaissances nécessaires pour prendre des décisions sur la façon de passer à l’action.

Le commandant

Importance du commandant. Pour aider le lecteur à comprendre la fonction Détection, précisons que le mot « commandant » est employé dans tout le manuel pour désigner tous les décideurs. Nous ne voulons pas dire par là que l’état-major ou les subalternes, à tous les niveaux, ne prennent aucune décision. C’est plutôt l’inverse : à tous les paliers, les activités de Détection doivent être axées sur le besoin de connaissances du commandant. Ainsi, la fonction globale Détection procure à tous les décideurs les connaissances qu’il leur faut pour prendre des décisions éclairées.

La fonction Détection a pour raison d’être d’amener les décideurs à comprendre à fond l’environnement opérationnel. Pour cela, elle vise à réunir et à traiter des renseignements et à fournir des rapports sur ce qui suit : 

  1. les éléments de l’environnement opérationnel que les commandants contrôlent, par exemple l’état de leurs propres forces ou des forces alliées par l’entremise des rapports et comptes rendus fournis par les subalternes ou obtenus grâce à certaines applications exclusives des détecteurs et à la liaison avec d’autres forces, d’autres ministères du gouvernement ainsi qu’avec des organismes internationaux et non gouvernementaux (voir le chapitre 2);
  2. les éléments de l’environnement opérationnel que les commandants ne contrôlent pas, par exemple des adversaires réels ou éventuels, les éléments neutres et les paramètres environnementaux tels que la météo et le terrain (voir le chapitre 3).

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Hiérarchie cognitive

La hiérarchie cognitive est définie comme étant les étapes que l’on franchit pour arriver à comprendre la situation[8]. C’est un modèle générique qui, comme le montre la figure 1–2, comporte quatre stades présentés dans l’ordre ascendant : les données, les informations, les connaissances et la compréhension. Dans le contexte de la fonction Détection, les informations ne suffisent pas : il faut les transformer en connaissances pour qu’elles soient utiles aux commandants. Cela s’applique à toutes les catégories d’informations : la connaissance et la compréhension de ses propres forces, de l’adversaire et de l’environnement opérationnel.

La figure 2 représente la hiérarchie cognitive. Les quatre niveaux qui composent la hiérarchie cognitive sont, à partir du bas vers le haut’ les données, l’information, les connaissances et la compréhension. Les données sont des observations brutes qui peuvent être composées de données radar brutes, de collecte d’éléments bruts de renseignement, surveillance et reconnaissance et de rapports bruts des subalternes. Lorsque les données sont traitées elles deviennent de l’information. L’information se compose de données traitées; elles ont été résumées, ont fait l’objet de vérifications croisées, etcetera. Aucune conclusion n’a été tirée mais les éléments ont été organisés pour permettre une analyse. L’information peut comprendre l’ordre de bataille de l’ennemi, la situation aérienne générale et l’état de préparation et le dispositif de ses propres forces. Lorsque l’information est traitée elle devient la connaissance. La connaissance est le sens tiré des informations. Il peut s’agit d’éléments statiques ne débouchant pas nécessairement sur des prédictions ou des décisions. La connaissance peut comprendre les capacités et les intentions de l’adversaire, les capacités de ses propres forces et les options s’offrant à elles. Lorsque la connaissance est traitée elle devient la compréhension. La compréhension se qualifie de compréhension mentale de la situation et de ce qu’elle signifie : elle mène à des prédictions et à la prise de décisions. Fin de la figure 1-2.

Figure 1-2. La hiérarchie cognitive.

Importance de la hiérarchie cognitive. La hiérarchie cognitive montre que la simple collecte de données est souvent insuffisante. Il faut classer les données par ordre de priorité et les transformer en informations utilisables; ensuite, il faut en tirer des connaissances, puis une compréhension des choses. Seule cette dernière dans l’esprit de ceux qui ont besoin de comprendre (en particulier, les commandants) permet d’aboutir à l’exercice efficace du commandement et du contrôle (C2). Le principal point à retenir ici, c’est qu’il s’agit d’un processus hiérarchique. Il est essentiel qu’une démarche délibérée soit établie pour exécuter ces processus, car ils ne se produiront pas spontanément à partir de la simple présence de données. Il faut consacrer des ressources (y compris l’attention fournie par le commandement et du temps) au processus de création de la compréhension.

Supériorité décisionnelle

Le concept de supériorité décisionnelle (SD) est essentiel à la fonction Détection. Fondamentalement, la supériorité décisionnelle est issue de la fonction Détection et elle fournit le contexte pour établir un lien entre celle-ci et la fonction Commandement. Comme la fonction Détection a pour objet de procurer des connaissances pertinentes aux commandants (et à tous les décideurs), il y a une hiérarchie conceptuelle et des processus que l’on peut appliquer pour montrer comment ces connaissances sont acquises. On ne peut parvenir à la supériorité décisionnelle à moins d’acquérir les bonnes données et informations pour créer les connaissances pertinentes sur une situation donnée. En revanche, la possession des bonnes données et informations ne garantit pas qu’un commandant prenne des décisions meilleures ou d’une qualité supérieure. Le processus montre simplement la nécessité de transformer les bonnes données et informations en connaissances pertinentes, puis de passer à la compréhension de la situation dans l’espace de combat, afin de créer ainsi les conditions qui permettront d’acquérir un avantage sur un adversaire. Dans le contexte de l’ARC, on peut visualiser comme suit le processus par lequel un commandant acquiert ces connaissances pertinentes :

La figure 1-3 représente le processus par lequel un commandant obtient la connaissance pertinente à sa prise de décision. La figure est divisée en quatre bandes horizontales, de bas en haut elles contiennent : les données, les informations, les connaissances et la compréhension. Au centre se retrouvent les besoins essentiels du commandant en informations et les besoins essentiels en informations. Cet encadré chevauche les bandes des informations et des connaissances. Les besoins essentiels du commandant en informations et les besoins essentiels en information sont nourris par les besoins en informations sur les forces amies, l’élément essentiel d’information favorable et les besoins prioritaires en informations. Ces trois encadrés sont dans la bande des informations. Les besoins prioritaires en informations sont nourris par les besoins en informations (aussi dans la bande des informations). Les besoins en informations sont nourris par l’élément essentiel d’information. Cet encadré chevauche la bande des données et celle des informations. Dans la bande des données, on retrouve aussi les réseaux, détecteurs et opérations de collecte. Dans la bande des informations, on retrouve les comptes rendus, rapports et liaison ainsi que le renseignement, surveillance et reconnaissance et cycle du renseignement. Dans la bande des connaissances, on retrouve la connaissance de ses propres forces et celle des autres forces. À partir du centre du diagramme, les besoins essentiels du commandant en informations et les besoins essentiels en information sont dirigés vers l’image commune de la situation opérationnelle qui chevauche les bandes des connaissances et de la compréhension. La connaissance de la situation alimente la supériorité décisionnelle qui se trouve dans la bande de la compréhension. Fin de la figure 1-3.

Figure 1-3. Modèle de la supériorité décisionnelle

Supériorité de l’information

Pour réussir, les opérations militaires modernes dépendent de plus en plus de l’information. La supériorité de l’information (IS) est définie comme étant l’« avantage opérationnel découlant de la capacité d’acquérir, d’exploiter, de protéger et de diffuser un flux ininterrompu d’informations tout en privant l’adversaire de la capacité de faire de même[9]. » La fonction Détection contribue à l’IS avec les fonctions Protection et Acquisition de l’avantage. La IS est un objectif, mais on s’en sert aussi pour définir la relation causale entre les décisions prises par les forces amies et l’effet ultérieur qu’elles ont sur la capacité de leur adversaire d’influer sur l’environnement opérationnel. En fin de compte, elle aide le commandant à prendre de meilleures décisions et aussi à prévoir les changements dans cet environnement plus vite que l’adversaire et à y réagir[10]. Si une force amie peut parvenir à l’IS sur un adversaire, elle pourra sans doute prendre de meilleures décisions, avant que l’adversaire puisse réagir, et acquérir un avantage décisif sur les plans informationnel et opérationnel.

Connaissance de la situation

Comme la fonction Détection doit produire les connaissances sur la situation qui permettront d’agir, la CS est essentielle. Celle-ci correspond à la perception des circonstances et des participants, à la compréhension ultérieure des facteurs causaux et des conséquences et à la capacité d’utiliser cette compréhension des choses pour définir les circonstances futures souhaitées et le plan d’action à suivre pour y arriver[11]. Ainsi, la CS contribue à créer la compréhension dans l’esprit des utilisateurs de l’information, au sommet de la hiérarchie cognitive. Dans le cas de la CS, on peut diviser les besoins en deux grandes catégories :

  1. Connaissance de la situation pour des fins individuelles. Données et informations qui sont recueillies par les opérateurs, les commandants et le personnel et que ceux-ci utilisent ensuite principalement pour s’orienter et pour évaluer les activités de manière à acquérir des connaissances suffisantes pour prendre des décisions en temps réel au sujet d’opérations à venir dans l’environnement particulier où ils se trouvent. Souvent, il s’agit d’un processus intérieur qui n’est pas intégré dans l’image commune de la situation opérationnelle (ICSO), car le processus procure aux opérateurs des éléments de connaissance et d’orientation dont ils ont besoin pour agir ou apporter des modifications et pour produire ainsi les effets optimums ou visés.
  2. Connaissance de la situation pour autrui. Données et informations qui ont été recueillies, évaluées par les services compétents, puis transmises ou intégrées dans l’ICSO globale pour aider les commandants de tous les niveaux à prendre des décisions. On peut voir dans cette démarche le fusionnement par lequel les informations réunies par les forces aérospatiales sont ensuite utilisées par un commandant qui s’en sert pour acquérir l’avantage dans l’espace de bataille.

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Compte tenu des besoins décrits plus haut dans le contexte de la CS, les catégories dans ce dernier sont en général les suivantes :

  1. Connaissance de la situation de l’ennemi. Données, informations ou connaissances qui permettent de comprendre l’emplacement, la disposition, la situation et les intentions de l’adversaire (on utilise parfois l’expression « CS rouge »), tous ces éléments ayant été obtenus grâce aux services du renseignement.
  2. Connaissance de la situation des forces amies. Données, informations ou connaissances qui permettent de comprendre la disposition des forces amies et la géométrie globale du champ de bataille (limites et mesures de contrôle). Signalons que, par « forces amies », on désigne ses propres forces aussi bien que les forces alliées ou déployées sur les flancs; on utilise parfois l’expression « CS bleue » pour désigner cette notion.
  3. Connaissance de la situation d’autres entités. Données, informations ou connaissances qui permettent de comprendre tous les aspects de l’environnement où les opérations sont menées ainsi que les éléments géospatiaux, les renseignements météorologiques et le « contexte humain » (les paramètres politiques, économiques et sociologiques relatifs à la population locale et la disposition des éléments des autres ministères du gouvernement et des organismes non gouvernementaux [ONG] clés).  

Image commune de la situation opérationnelle

Afin de faciliter rapidement la CS, la plupart des opérations modernes utilisent une ICSO pour obtenir une « représentation visuelle interactive et partagée des informations opérationnelles recueillies auprès de diverses sources[12] ». L’ICSO a pour objet de produire en temps quasi réel une image intégrée qui répond avec cohérence à tous les besoins en informations (BI) aussi vite que possible et qui peut être adaptée pour satisfaire aux besoins opérationnels, tactiques ou stratégiques de l’utilisateur. Par conséquent, l’ICSO ne se limite pas à de simples données sur les contacts ou les axes de progression. Elle fournit les données, informations et connaissances dont les commandants ont besoin pour visualiser l’espace de combat et soutenir le processus décisionnel de commandement nécessaire pour accomplir leur mission avec succès[13].

L’histoire a montré qu’une ICSO est plus facilement comprise quand on la présente en recourant à une carte ou à une maquette qui illustre la géographie des lieux. Une symbolique normalisée est employée pour montrer une quantité importante d’informations allant au-delà des données sur les axes (ex. : état de préparation des unités et les relations de commandement de celles-ci), mais il faut d’habitude inclure d’autres détails non graphiques. On peut fournir des renseignements textuels et numériques sous la forme de « points-vignettes » intégrés dans la présentation graphique. Une caractéristique d’une ICSO numérique réside dans ce qui suit : l’utilisateur peut définir « l’image » pour adapter les renseignements qui sont affichés (on parle alors parfois d’image opérationnelle définie par l’utilisateur). Cela permet de « désencombrer » l’ICSO pour obtenir une perspective de haut niveau (stratégique/opérationnelle), ou de « mettre l’accent » sur d’autres détails complémentaires (tactiques). Le but essentiel est donc que l’ICSO représente visuellement les relations temporelles et spatiales, les dispositifs des forces connus et tout autre élément d’information pertinent qui contribue à l’opération ou influe sur elle. L’ICSO est censée répondre aux BI, favoriser ainsi la planification en collaboration et la synchronisation efficace des ressources et aider de la sorte tous les commandants à parvenir au niveau souhaité ou nécessaire de CS.

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Gestion de l’information

Par « gestion de l’information » (GI), on entend normalement la structure de gouvernance et les outils qu’un organisme adopte pour fournir des renseignements de qualité à la bonne personne et au bon moment, sous une forme que celle-ci peut employer pour mieux comprendre les choses et prendre des décisions. La GI a pour but de permettre, à point nommé, l’extraction et l’affichage efficaces d’informations pertinentes, précises et complètes[14]. Les données et les informations doivent être présentées sous une forme interopérable, compréhensible et adaptable, en fonction des besoins de l’opération. Dans le domaine de la GI, une des difficultés consiste à s’assurer que l’information est la plus exacte, valide et récente possible et que des documents périmés ne sont pas utilisés pour la prise des décisions. C’est à la faveur du processus opérationnel et du cycle décisionnel que le commandant (ou l’état-major) définit « comment » les informations et les données sont communiquées tant verticalement qu’horizontalement dans tout l’environnement opérationnel. Les données et les informations pertinentes qu’il faut rechercher (le « quoi ») sont fonction des BECI (Besoins essentiels du commandant en informations)

Besoins essentiels du commandant en informations

Comme on le précise plus haut, il faut traiter toute une gamme de données et d’informations pour arriver à connaître et à comprendre une situation donnée. Cela comporte une difficulté intrinsèque, en ce sens que la complexité des opérations peut engendrer d’énormes quantités d’informations auxquelles les commandants et les décideurs peuvent avoir rapidement accès, mais qu’ils risquent de ne pas pouvoir traiter, compte tenu du temps dont ils disposent. Vu la fluidité des opérations modernes et la vitesse à laquelle l’information peut être partagée sur les réseaux, il faut souvent transmettre rapidement des renseignements tactiques bruts aux commandants des paliers opérationnels ou stratégiques pour créer une CS partagée. Cependant, dans certains cas, cela peut entraîner une surcharge informationnelle ou amener les commandants des niveaux supérieurs à prendre connaissance inutilement de détails du niveau tactique.

À tous les niveaux, les commandants doivent avoir un plan actif de GI. L’état-major doit transformer les données (organiser, classer par ordre de priorité, filtrer, analyser, trier, etc.) en informations utilisables que l’on peut facilement extraire et afficher promptement sous une forme pertinente et compréhensible, de manière que les commandants puissent prendre des décisions exactes et éclairées. S’il n’existe pas de structure ou d’orientation appropriée pour trouver les « bons » éléments d’information, le personnel risque d’être écrasé sous le volume de données et d’informations à traiter (on parle souvent de « surcharge informationnelle »). En pareille situation, on peut passer outre à des renseignements essentiels ou créer la paralysie opérationnelle : les commandants et les états-majors, qui essaient alors de gérer des volumes écrasants de données non groupées et d’informations superflues, retardent la prise des décisions pendant qu’ils s’efforcent de se renseigner davantage ou de repérer les éléments pertinents. La solution consiste donc pour les commandants à assujettir le traitement des données et des informations à un ordre de priorité et à lui donner une orientation. Pour cela, la meilleure façon de procéder consiste à définir clairement l’intention du commandant[15] et les BECI. Si l’on respecte cette ligne directrice, les conditions sont établies pour créer les connaissances pertinentes et favoriser la compréhension de la situation qu’il faut pour produire les effets souhaités par le commandant[16].

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Besoins essentiels du commandant en informations – définition

Le principal mécanisme que les commandants peuvent utiliser pour gérer l’information consiste à exprimer leurs BECI, c’est-à-dire les « informations cruciales, définies et requises par le commandant, qui influent directement sur la prise de décisions et la réussite des opérations[17] ». Dans le contexte stratégique et opérationnel ou dans celui du quartier général (QG), les BECI doivent être formulés personnellement et expressément par le commandant, d’habitude par écrit; celui-ci doit constamment les réaffirmer, en revoir l’ordre de priorité ou les modifier pendant la conduite des opérations pour s’assurer ainsi que l’on recherche et traite pour lui les bonnes données et informations.

Besoins essentiels du commandant en informations – catégories

On peut diviser les BECI en deux catégories : les besoins prioritaires en renseignements (BPR) et les besoins en informations sur les forces amies (BIFA). Les BPR concernent les aspects de l’espace de combat que le commandant ne contrôle pas et qui se rapportent normalement à l’ennemi, à la météo et au terrain; ces éléments relèvent d’habitude du domaine du renseignement. Dans la deuxième catégorie (BIFA), on vise à procurer au commandant toutes les informations qu’il lui faut posséder sur les aspects de l’espace de combat qu’il contrôle. Normalement, les BIFA relèvent de l’organisation tout entière (y compris le personnel des opérations et du renseignement). On peut établir un lien entre chacune des fonctions de l’ARC et les BECI, les BIFA et les BPR pertinents. Le commandant définit ses BECI comme il le juge à propos, mais règle générale, dans le cadre des opérations aérospatiales, ils comprennent ce qui suit :

  1. Commandement. Les changements apportés aux pouvoirs, les relations au sein de l’appareil de commandement, les déclarations/ changements relatifs aux règles d’engagement;
  2. Détection. L’activité de l’adversaire; les BPR, l’évaluation des effets, les comptes rendus et les rapports;
  3. Action. Le dispositif et l’état de préparation des ressources aérospatiales, les événements cinétiques;
  4. Maintien en puissance. Les systèmes terrestres essentiels au maintien de la situation, le personnel et les questions d’ordre logistique;
  5. Protection. L’évaluation des menaces et l’état des choses en ce qui concerne la protection de la force;
  6. Montée en puissance. L’état de préparation des ressources aérospatiales;
  7. Autres considérations. Le contexte interarmées, intégré, multinational et public (IIMP), les affaires diplomatiques et publiques ainsi que les préoccupations du conseiller politique et celles des entités juridiques consultatives.

Les BECI constituent le principal atout grâce auquel la fonction Détection est efficacement ciblée. En tant qu’élément vital de la CS, ils exigent l’attention personnelle du commandant, car ils influent directement sur sa capacité de prendre à point nommé des décisions éclairées et judicieuses. Il est probable qu’un énoncé provisoire des BECI soit rédigé et présenté par l’état-major, mais il ne faut pas se leurrer : le commandant doit personnellement les faire siens pour s’assurer qu’il disposera des bons éléments d’information pour prendre les décisions appropriées[18].

Le commandant précise ses besoins essentiels en informations (BECI), ce qui entraîne toute une gamme de chaînes d’information dans diverses branches (la figure 1-4 n’en mentionne que quelques-unes pour illustrer le processus). Toutes ces données et informations sont ensuite traitées et intégrées pour produire un tableau unique et clair à l’intention du commandant et répondre à ses besoins exprimés en informations. Les BECI constituent un outil grâce auquel le commandant dirige toutes les activités de collecte et de traitement de l’information sans être enfoui sous une masse d’informations superflues et de données.

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La figure 1-4 démontre comment les besoins essentiels du commandant en informations déterminent le cheminement entier de l’information. Lorsque le commandant comprend l’image commune de la situation opérationnelle, il détermine leurs besoins prioritaires en renseignement. Ceux-ci sont alors sous-divisés en un nombre de besoins en informations individuels dont font partie : les besoins en informations du commandant; les besoin prioritaires en renseignement; les besoins en informations pour l’Acquisition de l’avantage; les besoins en informations pour la Projection; les besoins en informations pour le Maintien en puissance et les besoins en informations interarmées, interorganisationnels, multinationaux et publiques. Chaque besoin en informations produit une chaîne d’information. Quelques-unes des chaînes d’information possibles sont : Les besoins en information du commandement mènent à la liaison avec les quartiers généraux supérieurs et autres; les besoins essentiels en informations mènent au renseignement, surveillance et reconnaissance; les besoins en informations pour l’Acquisition de l’avantage mènent aux comptes rendus et relevés de ses propres forces; les besoins en informations pour la Projection mènent à la situation de la mobilité aérienne; les besoins en informations pour le Maintien en puissance mènent à la situation de la logistique et du personnel et les besoins en informations interarmées, interorganisationnels, multinationaux et publiques mènent aux activités des organisations non gouvernementales. Les données et l’information dérivant de toutes ces chaînes d’information sont traitées et fusionnées pour produire une image commune de la situation opérationnelle que le commandant utilise pour déterminer les besoins essentiels en informations mis à jour. Fin de la figure 1-4.

Figure 1-4. Les BECI déterminent le cheminement entier de l’information.

Importance des besoins essentiels du commandant en informations

Sans les BECI définis, la capacité du commandant et de son état-major de discerner les connaissances pertinentes, d’envisager la voie à suivre et de prendre des décisions exactes serait compromise. Les BECI orientent la GI et les activités de collecte de l’information et ils empêchent les détails non pertinents de voiler les éléments essentiels. À la lumière des BECI, on peut aussi cerner le degré d’importance relatif de l’information pour le commandant, de sorte que les fonctions et processus ultérieurs de GI dans le QG ou au centre des opérations seront bien organisés et faciliteront le processus décisionnel[19]. En outre, les activités de collecte et de traitement des informations dans tout le QG et toutes les unités opérationnelles doivent aussi être fonction des BECI. L’état-major et les subalternes doivent se guider sur les BECI et chercher de façon proactive les éléments d’information réclamés et les transmettent aux niveaux supérieurs. Si l’on en tient compte judicieusement, les BECI devraient empêcher la surcharge informationnelle et faciliter l’échange des renseignements pertinents avec quiconque en a besoin.

Enfin, les BECI doivent aussi orienter la priorisation et le traitement des informations ou leur fusionnement aux fins de la présentation. Le produit intégré final, en particulier l’ICSO, est censé mettre en exergue les éléments composants dans les BECI et, dans bien des cas, comprendre les renseignements d’appui sans les afficher. Étant donné le volume de données et d’informations se rapportant intrinsèquement aux opérations, les outils de GI et l’automatisation jouent des rôles clés dans le traitement, le stockage, l’extraction, la diffusion, l’affichage et l’exploitation des informations aux fins de l’acquisition des connaissances. Bien qu’elle ne soit pas montrée souvent, il ne faut pas perdre la source des renseignements d’appui dans le processus global, car il doit y avoir une capacité de valider ou de confirmer les données ou les informations qui ont été utilisées et il faut permettre la validation de toute conclusion ultérieure obtenue à partir des renseignements d’appui.

Fusionnement

Les opérations militaires sont très complexes et elles supposent un traitement de l’information à de multiples niveaux. La capacité d’intégrer les éléments d’information pour en tirer une compréhension cohérente des choses, ou un « tableau », est essentielle pour arriver à saisir la situation non seulement dans le but de produire les effets souhaités par le commandant, mais aussi de voir la corrélation pertinente entre des éléments d’information hétéroclites. Dans les opérations aérospatiales, la CS est souvent fonction du temps et comporte de multiples facettes; elle risque aussi parallèlement d’englober de nombreux éléments différents (adversaires, forces du commandant, autres forces, environnement opérationnel, autres entités). Un aspect clé du fusionnement réside dans la capacité de transformer des données en informations pour aboutir à une compréhension des choses, puis de les afficher d’une manière telle que de multiples intervenants pourront en prendre connaissance et les comprendre, grâce à la mise en corrélation judicieuse des données.

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Par le mot « fusionnement », on désigne essentiellement l’intégration d’informations provenant de sources multiples dans une image cohérente et compréhensible. Dans bien des cas, l’origine initiale d’éléments d’information individuels n’est alors plus apparente, mais en formant un ensemble à partir d’éléments hétéroclites, on obtient une valeur beaucoup plus grande que celle de ces éléments[20] pris en compte séparément. Cependant, l’origine doit être accessible, car on doit pouvoir en valider la pertinence, l’exactitude et l’actualité. Si ces aspects sont perdus dans le fusionnement des éléments hétéroclites, la validité des hypothèses et des décisions formulées au cours du traitement risque de devenir suspecte.

En pratique, dans la fonction aérospatiale Détection, la meilleure façon de concevoir le fusionnement ne consiste pas à y voir un seul acte, mais plutôt un processus continu comportant la collecte, l’analyse, l’évaluation, le collationnement, la corrélation et l’intégration de divers éléments d’information dans une représentation holistique, dictée par le contexte et structurée conformément à un modèle cognitif. On peut discerner deux niveaux distincts de fusion des informations : l’un se rapporte à des mesures et à des observations (données) du monde physique, et l’autre, à des interprétations abstraites de la signification, de la pertinence et de l’importance de ces données quand on les situe dans un contexte particulier ou spécifique[21]. Enfin, il convient de souligner que le fusionnement a pour objet d’intégrer de façon homogène toutes les informations relatives aux BECI, à tous les niveaux de la hiérarchie cognitive. Quand on le fait habilement, le fusionnement des données et des informations peut aider à empêcher une surcharge informationnelle éventuelle, à enrichir la CS commune et à faciliter la collaboration. Cela engendre les conditions propices au partage des données et des informations dans un environnement où l’on peut facilement repérer les éléments clés et les afficher pour faire voir les tendances importantes, ce qui permet aux commandants d’anticiper les décisions de leurs adversaires.

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Importance du fusionnement

Le fusionnement n’est pas un nouveau concept, mais, à l’ère de l’information, il a acquis de l’importance, car il permet de repérer les informations opportunes et pertinentes et d’écarter les autres. Cette importance accrue s’explique par deux raisons fondamentales :

  1. Exactitude. Le fusionnement permet de corroborer les informations émanant de multiples sources. C’est le motif classique de la fusion, lequel est exposé depuis longtemps dans la doctrine du renseignement. Cependant, le concept s’applique également dans tous les domaines, y compris dans celui des rapports sur ses propres forces. Plus on peut dresser des rapports de validation puissants, plus on peut accorder foi à la situation évaluée.
  2. Cohérence. D’énormes quantités d’informations sont produites dans le contexte des opérations modernes, surtout aux niveaux opérationnel et stratégique. Cela donne lieu au problème réel de la saturation ou de la surcharge informationnelle. Il est essentiel que les commandants et leur état-major demeurent parfaitement maîtres de tous ces éléments d’information. Un des meilleurs outils de GI qui soit pour faire face à cette situation consiste à combiner toutes les informations pertinentes (c.-à-d. toutes celles qui correspondent aux BECI) en un seul tableau cohérent que les utilisateurs pourront comprendre rapidement.

Le processus de fusionnement

Conformément au modèle de la hiérarchie cognitive (figure 1-2), il existe divers niveaux de traitement et de fusionnement implicite des données et de l’information qui mènent à la compréhension des choses. Aux niveaux inférieurs du traitement, le chargement des données et leur collationnement ou organisation dominent. À des paliers plus élevés de la hiérarchie susmentionnée, c’est l’agrégation et l’analyse qui l’emportent, ce qui rend le processus plus intellectuel. Aux niveaux inférieurs, le processus de fusion des données se prête davantage à l’automatisation informatique. À cet égard, il faut souligner que le bon formatage des données[22] au moment de leur saisie facilite ultérieurement la définition des BI; il est donc prudent de gérer les données en fonction du principe selon lequel « on saisit les données une fois, mais on s’en sert à maintes reprises ». D’après un principe complémentaire, les versions initiales des données et des informations sont les seules qui soient valides et vraies tant qu’elles ne sont pas remplacées par des versions corrigées ou mises à jour. Les données saisies et les extrants ultérieurs doivent être conformes à des normes convenues et à des protocoles de sécurité qui permettent ou restreignent la circulation des informations pertinentes entre les réseaux. À des paliers supérieurs de la hiérarchie de l’information, une intervention humaine accrue sera nécessaire; dans l’avenir prévisible, celle-ci le sera toujours si l’on veut en arriver à la connaissance de la situation, car cette démarche suppose cognition et jugement. Dans les opérations militaires, cela débouche souvent sur la nécessité d’avoir un « état-major de veille » dans un centre des opérations, état-major qui accorde l’approbation finale quant aux données qui composeront l’ICSO[23].

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Principes de la gestion du fusionnement

Il faut un certain nombre d’activités de gestion et d’exploitation pour intégrer et fusionner diverses sources de renseignement opérationnelles en se souciant de la répartition et de la collaboration. Ces activités sont guidées par des normes de fusion communes, conformes aux principes suivants :[24]

  1. Gestion répartie. Il faut adopter un processus commun en vertu duquel la responsabilité de la gestion de l’information est déléguée à l’entité la plus compétente, de manière que l’information présentée soit exacte et qu’elle fasse autorité. Le gestionnaire des données le plus compétent est l’opérateur possédant les meilleures connaissances directes ou autres sur la situation.
  2. Production répartie. Le traitement, le fusionnement, l’analyse et la diffusion des informations ont lieu à chaque niveau de commandement.
  3. Normes communes de gestion de l’information. Les procédures communes de GI doivent reposer sur des protocoles normalisés définis qui réglementent la production et la protection des informations et le contrôle de l’accès à ces dernières et qui font en sorte que les systèmes et les réseaux soient configurés de manière à favoriser les échanges d’informations nécessaires qui en découlent, et ce, d’une façon sécuritaire.
  4. Utilisation des ressources de fusion dans la collaboration. Il faut adopter des méthodes et des processus communs en vertu desquels les ressources destinées à la capacité de fusionnement sont reconnues, coordonnées et utilisées efficacement dans tout le réseau, de manière que l’on réponde ainsi le mieux possible aux BI.
  5. Affichage. On a prouvé que le géoréférencement et l’affichage des données et des informations opérationnelles sont les meilleurs moyens de faciliter la compréhension rapide des choses. Les mécanismes d’affichage doivent correspondre aux besoins opérationnels et aux priorités en matière d’information.
  6. Stockage et extraction. Les processus de stockage et d’extraction des données et des informations doivent être intuitifs et pertinents, de manière que tous les utilisateurs s’y conforment. On doit aussi pouvoir partager les éléments d’information et y avoir facilement accès dans tout le réseau, de manière à faire en sorte qu’il n’y ait qu’un seul élément vrai et valide et que l’on puisse facilement trouver la bonne information.

Sommaire

La fonction Détection vise à procurer au commandant les connaissances nécessaires pour diriger les forces et les amener à exercer le meilleur effet possible sur l’environnement opérationnel. Comme la réussite dans les opérations militaires modernes dépend de plus en plus de l’obtention de renseignements exacts à point nommé, il est capital que les commandants et leur état-major comprennent les concepts clés de la fonction Détection et des activités connexes décrites dans le présent chapitre. Aspect plus important, les décideurs doivent comprendre la nécessité de contrôler efficacement la fonction Détection de manière que les processus de collecte et de communication de l’information répondent bien aux exigences du processus décisionnel.

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Notes

1. Voir B-GJ-005-000/FP-002, Publication interarmées des Forces canadiennes, PIFC 01, Doctrine militaire canadienne, septembre 2011.  (retourner)

2. La fonction Action se divise en deux sous-fonctions : Acquisition de l’avantage et Projection. (retourner)

3. Se reporter au manuel B-GA-400-000/FP-000 Doctrine aérospatiale des Forces canadiennes et aux manuels clés de la doctrine aérospatiale des opérations, qui contiennent des examens détaillés des autres fonctions et sous-fonctions de l’ARC. (retourner)

4. Royaume-Uni, ministère de la Défense (UK MOD), Intelligence, Surveillance & Reconnaissance Primer, (s.d.), p. 1-6. (retourner)

5. David A. Deptula, « Think Different », Armed Forces Journal, nov. 2010, http://www.armedforcesjournal.com/2010/11/4939123/  (consulté en anglais le 23 mars 2012). (retourner)

6. Banque de terminologie de la défense (ci-après BTD) fiche 26167. (retourner)

7. BTD fiche 21027. (retourner)

8. Concept tiré de la publication B-GL-300-003/FP-002, Le commandement dans les opérations terrestres (27 juillet 2007), p. 1-1. (retourner)

9. BTD fiche 41413. (retourner)

10. Renseignement tiré du document du Commandement maritime, DCFC 128, 15 décembre 2004, (PDF, 2.31 MB) (consulté en anglais le 30 mai 2012). (retourner)

11. Capacité de fusion de l’information et du renseignement interarmées des FC (CFIRI), Concept de fusion (Version 1.0), p. 7. (retourner)

12. BTD fiche 41401. (retourner)

13. CFIRI, Concept de fusion, p. 10. (retourner)

14. DCFC 128. (retourner)

15. Intention du commandant : « Justification, méthode et état final souhaité d’une opération ou d’une campagne qui garantit l’unité de but. » (BTD fiche 32716). (retourner)

16. B-GL-300-003/FP-002, p. 1-17. (retourner)

17. BTD fiche 41494. (retourner)

18. B-GL-300-003/FP-002, p. 1-18. (retourner)

19. B-GL-300-003/FP-002, pp. 4-22–4-23. (retourner)

20. Cette définition du fusionnement est une généralisation de ce qui suit : « Dans le domaine du renseignement, réunion en un ensemble cohérent de renseignements, bruts ou non, provenant de sources ou d’organismes différents. L’origine de chacune des composantes initiales ne doit alors plus être apparente. » (BTD fiche 43350). (retourner)

21. CFIRI, Concept du fusionnement, p. 7. (retourner)

22. C’est ce que l’on appelle souvent le « métaréférençage ». (retourner)

23. Paragraphe tiré en grande partie des idées formulées dans le document des Forces canadiennes intitulé « Capacité de fusion de l’information et du renseignement interarmées (CFIRI) », « Concept d’opération (CONOPS) » (Version 8.2), p. 13-14. (retourner)

24. Paragraphe tiré en grande partie des idées formulées dans le document des Forces canadiennes intitulé « Capacité de fusion de l’information et du renseignement interarmées (CFIRI) », « Concept d’opération (CONOPS) » (Version 8.2), p. 15. (retourner)

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