Chapitre 3 détecter les éléments de l’environnement opérationnel que le commandant ne contrôle pas (B-GA-402-000/FP-001, Doctrine aérospatiale des Forces canadiennes Détection)

L’ENTREPRISE DU RENSEIGNEMENT AÉROSPATIAL

INTRODUCTION

Tout comme les besoins essentiels du commandant en informations (BECI) entraînent le processus visant à sensibiliser le commandant à la situation et à le renseigner sur tout l’environnement opérationnel, le processus axé sur les BPR (besoins prioritaires en renseignements) oriente la collecte des données et des informations voulues pour procurer au commandant des connaissances sur les éléments de l’environnement opérationnel qu’il ne contrôle pas. Les besoins prioritaires en renseignement (BPR) sont définis comme étant les « renseignements que le commandant doit recevoir en priorité pour être en mesure d’établir ses plans et de prendre ses décisions[1] »; par conséquent, le présent chapitre mettra l’accent sur les BPR que gère l’entreprise du renseignement aérospatial.

On peut définir l’entreprise du renseignement en adoptant trois points de vue différents : celui des organisations (tactiques, opérationnelles ou stratégiques), celui des produits et celui des processus[2]. Ces trois perspectives sont clairement définies dans le document des Forces canadiennes (fc) intitulé Publication Interarmées des Forces canadiennes PIFC 2-0 Le renseignement, et l’on pourra aussi en trouver une description dans le document B-GA-402-001 intitulé Doctrine de l'Aviation royale canadienne - Renseignement aérospatial.

Deux éléments distincts sont décrits plus bas qui font une distinction entre les activités de renseignement, surveillance et reconnaissance (RSR) et la RSR en tant que capacité. Le sigle RSR est largement utilisé dans les FC; on l’emploie souvent à tort pour désigner l’ensemble des activités de renseignement ou les capacités de détection non spécifiques. Dans l’Aviation royale canadienne (ARC), le renseignement, la surveillance et la reconnaissance sont aussi des éléments distincts et des activités séparées au stade de la collecte, dans le cycle du renseignement aérospatial, et ils sont groupés pour former l’ensemble des opérations de collecte.

L’entreprise globale du renseignement aérospatial est à la fois un moteur des opérations de collecte et un « utilisateur » des données et des informations recueillies. Le présent chapitre met l’accent sur la place qu’occupent la capacité RSR et les opérations de collecte dans l’entreprise globale de renseignement aérospatial. Une étude complète de l’entreprise du renseignement aérospatial des FC fera l’objet de la publication B-GA- 402-001/FP-001 intitulée Doctrine de l’Aviation royale canadienne - Renseignement aérospatial.

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DÉFINITIONS

Les opérations de renseignement sont la gamme d’activités de renseignement et de contre-ingérence que mènent diverses organisations du renseignement, dans le cadre du cycle du renseignement. Les opérations de renseignement comprennent la planification et l’orientation, la collecte, l’exploitation (ou le traitement), la production, la diffusion, l’évaluation et la rétroaction[3]. L’opération de collecte est une « opération ayant pour objet de recueillir des données ou des renseignements auprès du responsable de la recherche, en vue de les transmettre aux analystes ou directement aux utilisateurs finaux[4]. »

OPÉRATIONS DE COLLECTE

Missions de renseignement, de surveillance et de reconnaissance (missions constitutives des opérations de collecte). Trois éléments distincts[5] composent traditionnellement l’étape de la collecte dans l’entreprise du renseignement, à savoir :

  1. Collecte des éléments du renseignement. Le premier « R » du sigle RSR ne désigne pas la même chose que les trois concepts décrits par l’entreprise du renseignement aérospatial (organisation, produit et processus). Il correspond à la collecte de renseignements que font normalement les équipes dont la seule fonction consiste à recueillir des données et des informations ayant une valeur aux fins du renseignement. Ces équipes n’ont habituellement aucune capacité de combat, hormis des moyens limités d’auto-protection, et l’on ne leur confie normalement pas de tâches de combat. Elles font d’ordinaire partie des unités et des formations de renseignement. Il existe des entités spécialisées dans le domaine du renseignement. Mentionnons ici celles qui s’occupent du renseignement d’origine électromagnétique (SIGINT), du renseignement électronique (ELINT), du renseignement transmissions (COMINT), du renseignement mesures et signature (MASINT), et/ou du renseignement humain (HUMINT).
  2. Surveillance. Contrôle continu exercé pendant une certaine période; dans le contexte aérien, cette mission est normalement accomplie par des unités qui sont capables d’assurer une présence continuelle ou régulière au-dessus de la zone cible désignée.
  3. Reconnaissance. Dans le contexte des opérations de collecte, on envoie un détecteur pour obtenir des données et des informations sur une cible ou une zone d’intérêt.

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Les activités de surveillance et de reconnaissance sont normalement menées par des unités dotées de moyens importants d’auto-protection ou capables de remplir leur rôle à distance de sécurité. Celles-ci ont souvent pour mission de soutenir des tâches de combat en fournissant des renseignements bruts de combat. Au Canada, ces unités ne relèvent habituellement pas d’une organisation du renseignement, mais dans d’autres pays, c’est parfois le cas. À titre d’exemples, mentionnons les hélicoptères tactiques et de reconnaissance des forces de manoeuvre terrestres, les sous-marins et les avions de patrouille à long rayon d’action. Ce sont là des unités qui ont d’importants moyens de collecte de données et d’informations, mais ce sont aussi des plates-formes armées parfaitement capables d’accomplir de multiples missions. L’expression RSR non traditionnels (RSRNT) sert à décrire les missions et tâches de collecte remplies par des plates-formes qui ne sont pas affectées exclusivement aux opérations de collecte. Une plate-forme RSRNT (c.-à-d. toute plate-forme possédant des détecteurs ou des moyens de collecte convenables) peut servir à répondre aux besoins énoncés dans un plan de collecte de données. En outre, les missions RSRNT peuvent être exécutées parallèlement à la mission première de la plate-forme, si celle-ci est disponible ou si elle n’interfère pas; la plate-forme réunit alors des données et des informations nécessaires en vertu du plan de collecte.

Renseignements bruts de combat. Il arrive souvent que des données pertinentes sur le combat entrent simultanément dans les filières d’acheminement du renseignement. Les données et les informations auxquelles il est possible de donner suite sont fréquemment envoyées directement aux commandants et aux utilisateurs opérationnels en tant que renseignements bruts de combat : mentionnons par exemple les données transmises par un système d’aéronef sans pilote (UAS) survolant un convoi et transmettant une vidéo de la zone d’intérêt à la force appuyée, ou encore un système aéroporté d’alerte lointaine qui communique des informations sur l’espace de combat à un intercepteur. Le besoin (réel ou prévu) de renseignements bruts de combat détermine souvent l’ordre de priorité suivant lequel les moyens de collecte sont déployés. C’est là un thème examiné plus en détail ci-dessous.  

PHILOSOPHIE

La RSR en tant que concept. Quand on emploie le sigle RSR, il désigne plus que la somme de ses éléments constituants. En tant que concept, la RSR correspond essentiellement à une activité d’état-major plutôt qu’à un travail opérationnel, et cette activité en englobe de multiples autres qui se rapportent à la planification et à la gestion des détecteurs et des ressources qui recueillent, traitent, analysent et diffusent les données sous la forme de renseignements à l’appui des opérations militaires.

But de la RSR. L’activité appelée RSR a pour but de planifier et de gérer le soutien assuré aux opérations actuelles et à venir en fournissant des produits de renseignement et d’information exacts, pertinents et d’actualité. On veille alors à ce que les opérations de renseignement (collecte, traitement ou exploitation et diffusion) soient menées conformément au plan de campagne du commandant, à son intention et à ses besoins essentiels en informations (BECI).

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Relations entre l’entreprise du renseignement et la RSR. Les relations entre ces deux concepts sont souvent mal comprises. Dans les FC, le processus du renseignement, également appelé cycle du renseignement[6], comporte quatre éléments constituants. Il commence par le choix d’une orientation, puis viennent la collecte et l’exploitation et, enfin, la diffusion du produit. Les opérations de collecte et la production du renseignement sont les manifestations de l’activité qu’est la RSR. Les opérations de collecte sont donc nécessaires pour réunir les données à intégrer dans le processus global du renseignement, en fonction des besoins du commandant en informations et en connaissances. Par conséquent, bien que la collecte de renseignements, la surveillance et la reconnaissance constituent un élément important et intégrant de l’entreprise globale du renseignement, elles correspondent à l’étape de la collecte dans le cycle du renseignement. Essentiellement, le renseignement, la surveillance et la reconnaissance considérés ensemble équivalent à plus que la somme de ces parties; ils concrétisent l’idée qu’en intégrant étroitement ces trois fonctions de collecte dans un contexte réseaucentrique, on peut produire des effets opérationnels plus grands qu’en utilisant chaque fonction séparément. Ainsi, les opérations de collecte ainsi que leur coordination et leur intégration (RSR) sont les principaux moyens d’acquérir, dans le cadre de la détection, des connaissances sur l’adversaire et l’environnement opérationnel.

Relations entre les trois genres d’opérations de collecte (renseignement, surveillance et reconnaissance). Les trois activités constituant les opérations de collecte ont entre elles des relations complexes et dynamiques. La surveillance peut servir à guider la reconnaissance : c’est le cas quand, par exemple, des radars terrestres balaient un espace aérien (une forme de surveillance, car il s’agit d’une activité continue) et que des aéronefs de reconnaissance sont envoyés pour observer de plus près une activité suspecte détectée par ces radars. En revanche, la reconnaissance peut à son tour servir à guider la surveillance : c’est le cas quand, par exemple, on détecte lors d’une mission de reconnaissance une activité suspecte et que l’on amorce alors une surveillance pour observer l’endroit louche (p. ex., en déployant en permanence des détecteurs aéroportés dans le ciel de ce dernier). De même, la collecte de renseignements peut elle aussi guider la surveillance et la reconnaissance, comme, par exemple, quand une source humaine indique la présence d’une activité suspecte dans une zone et que des moyens de reconnaissance ou de surveillance sont envoyés là pour confirmer ou infirmer l’information fournie par cette source. À l’inverse, la surveillance et la reconnaissance peuvent servir à guider la collecte de renseignements, comme, par exemple, quand les rapports issus de la surveillance ou de la reconnaissance contiennent des indices permettant aux interrogateurs de poser des questions bien précises. C’est précisément en raison de ces relations bilatérales complexes que l’on peut réaliser des synergies en coordonnant et en intégrant de près les opérations de collecte à la faveur des activités de RSR.

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Relations avec d’autres opérations. Comme l’approche axée sur la RSR met l’accent sur un fusionnement étroit avec d’autres opérations, l’utilisation opérationnelle rapide des renseignements valables est facilitée par les circuits courts et directs détecteurs-tireurs et par la communication de renseignements en temps quasi réel ou même réel aux commandants et aux spécialistes. De même, la RSR facilite aussi le recours à un concept connexe, à savoir l’idée que l’on peut mener des opérations pour acquérir des renseignements (p. ex., en organisant une opération non seulement pour produire un effet en soi, mais aussi pour provoquer expressément une réaction qui favorisera la collecte de renseignements). Le fait que les plates-formes de collecte de l’ARC sont polyvalentes [p. ex., un CP140 peut servir à la fois à remplir une mission de reconnaissance et une mission de guerre anti-sous-marine (ASM)] oblige les états-majors du renseignement et des opérations à prendre ces facteurs en considération quand ils planifient les opérations de collecte. Pour réussir, il faut donc éviter le compartimentage des rapports, faire chevaucher le plus possible les zones de couverture des détecteurs, et mettre en réseau les éléments du système de manière qu’il fonctionne en temps réel ou presque, en continu et de façon à ce que les éléments corroborent les données les uns des autres.

Opérations actives/passives. Les opérations de collecte peuvent être actives[7] ou passives[8]. On peut exécuter une mission de reconnaissance avec des détecteurs passifs (p. ex., un CP140 utilisant des bouées acoustiques passives, ou un aéronef d’ELINT se tenant à l’écoute d’émissions), ou avec des capteurs actifs (p. ex., un radar de veille terrestre utilisé depuis un aéronef de reconnaissance, ou un sonar actif employé depuis un aéronef de lutte ASM). De même, la surveillance peut être active (ex. : des radars qui balaient un espace aérien) ou passive (ex. : un système terrestre d’ELINT surveillant constamment une région).

PRINCIPES ET CONSIDÉRATIONS

Principes régissant le renseignement aérospatial et la RSR. Les principes régissant le renseignement qui sont détaillés dans la publication B-GJ-005-200/FP-000, Publication interarmées des Forces canadiennes, PIFC 2-0, Le renseignement s’appliquent entièrement au renseignement aérospatial[9]. Cependant, si la RSR est envisagée comme un concept et une activité de coordination, il faut mettre en exergue trois autres principes[10] :

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Besoins dictés par le commandement. L’idée de la RSR en tant que concept repose sur une réalité fondamentale : il s’agit d’une activité intégrant étroitement les opérations et le renseignement. L’objectif consiste à regrouper, dans un ensemble homogène de capteurs spécialisés de renseignements, des ressources opérationnelles ne servant pas principalement de détecteurs et des forces opérationnelles d’une façon qui transcende les compartiments traditionnels du renseignement opérationnel (les bureaux A2, A3 et A5). Tous les états-majors, les planificateurs, les opérations et le renseignement doivent opérer de concert pour donner une suite concrète à l’intention du commandant, qui doit être commune à tous. Une intégration aussi totale n’est possible que grâce à la coordination et à la poursuite d’un but commun sous le leadership du commandant. En outre, conformément au principe fondamental du contrôle centralisé des opérations aérospatiales et de leur exécution décentralisée et au principe clé du contrôle centralisé du renseignement, les autorités coordonnent les opérations de collecte depuis le centre et d’une façon optimale pour rationaliser davantage le processus et harmoniser les efforts de tout l’appareil de RSR.

  1. Atouts réseaucentriques. La fusion harmonieuse vers laquelle le concept de la RSR tend ne peut se réaliser que grâce à un réseau souple, intégré et accessible de capteurs, de procédés de renseignement, de ressources opérationnelles et de bases de données sur la situation. Ce réseau doit fournir les moyens d’accéder à l’information et aux renseignements d’autres formations, systèmes stratégiques de collecte, sources nationales et multinationales et entités.
  2. Gamme adaptable de détecteurs. L’existence d’une solide gamme de détecteurs procure de la souplesse, tout en favorisant la corroboration par plusieurs sources. Cela permet aussi l’utilisation en croisé des détecteurs, ce qui améliore l’efficience en affinant le processus de filtrage et en maintenant la cadence opérationnelle. Les outils de collecte doivent être suffisamment modulaires pour que l’on puisse les adapter aux besoins de la mission. 

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Il faut prendre en compte plusieurs aspects clés pour planifier les opérations de collecte (l’emploi de la RSR) à la lumière du concept global et des exigences de la coordination. Les voici :

  1. Rareté des ressources. L’expérience montre que la demande de produits du renseignement dépasse toujours la capacité des ressources disponibles. Une planification judicieuse peut aider à remédier à cela dans une certaine mesure, mais les commandants doivent toujours se soucier de classer leurs demandes dans un ordre de priorité lorsqu’il s’agit d’employer les moyens de collecte, qui sont normalement considérés comme des ressources très sollicitées et peu nombreuses, le corollaire étant que les opérations de collecte et les activités d’exploitation doivent être gérées avec efficience et efficacité. De même, les lacunes dans d’autres domaines clés, par exemple un nombre limité d’analystes du renseignement capables de traiter les informations recueillies, ou un accès insuffisant à une largeur de bande satellitaire, risquent de réduire l’efficacité de l’entreprise globale.
  2. Multiplicité des rôles. Les rôles et les missions confiés à de nombreuses ressources aérospatiales sont maintenant complexes; ils comportent de multiples aspects, et il arrive souvent qu’au cours d’une même mission, une ressource donnée doive assumer différents rôles. Aujourd’hui, il n’est pas inhabituel de voir des aéronefs d’attaque exécuter une mission de RSRNT, et des moyens de collecte traditionnels, devenir des plates-formes armées. Qu’un aéronef polyvalent exécute des opérations de collecte pendant la totalité ou seulement une partie de la mission, les objectifs, priorités et lignes directrices concernant son utilisation et le pouvoir d’attribuer une tâche donnée aux détecteurs et aux systèmes d’armes doivent être clairs et avoir de préférence été définis longtemps avant l’exécution de la mission. Le commandant de la composante aérienne (CCA) doit s’assurer que les pouvoirs suivants sont expliqués, de manière à tracer des axes de contrôle clairs pendant les missions comportant plusieurs rôles :
    1. Contrôle des aéronefs. L’entité ou la personne exerçant le pouvoir et étant techniquement capable de contrôler les aéronefs.
    2. Contrôle des détecteurs. L’entité ou la personne exerçant le pouvoir et étant techniquement capable de contrôler les détecteurs dont les aéronefs sont dotés.
    3. Utilisation des détecteurs. L’entité ayant le pouvoir de contrôler les détecteurs et les aéronefs pour exécuter les tâches de collecte et de traitement des informations.
    4. Exploitation/traitement des informations. L’organisation ayant le pouvoir de diriger les entités d’exploitation qui exécutent les travaux de traitement et de diffusion.

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Le CP140 Aurora est une plate-forme polyvalente. Au cours d’une seule et même mission, cet appareil peut s’adonner à la reconnaissance, à la surveillance et à la lutte ASM et remplir aussi d’autres rôles. En définissant bien les relations et les pouvoirs au chapitre du commandement et contrôle (C2) ainsi que les priorités de la mission, on optimise la transition d’un rôle concret à l’autre rempli pour les divers clients ou entités appuyés. Le CP140 est cité à titre d’exemple, mais il y a de nombreuses plates-formes dotées de capacités semblables et pour lesquelles les mêmes principes s’appliquent relativement à la définition des relations C2 et aux priorités de la mission[11].

  1. Synchronisation. La synchronisation est le coeur de la RSR en tant qu’activité; on y parvient en gérant les activités de collecte. Comme nous l’avons souligné tout au long du présent chapitre, l’essence de cette activité réside dans la synchronisation des moyens de collecte (avec d’autres opérations de renseignement, entre autres) dans un environnement réseaucentrique plutôt que l’utilisation indépendante et compartimentée de ces moyens. Cependant, le concept de la RSR n’a pas pour objet d’imposer une gestion centrale, rigide et dépourvue de toute souplesse. 

ORGANISATION ET EMPLOI DE L’ENTREPRISE DU RENSEIGNEMENT

PROCESSUS

La RSR et le cycle du renseignement. L’activité qu’est la RSR ne remplace pas le cycle du renseignement, mais elle en constitue un aspect. Elle détermine essentiellement l’orientation des opérations de collecte et d’exploitation. Elle suppose l’application de diverses disciplines du renseignement, une planification opérationnelle et un ciblage[12]. Les thèmes clés de la RSR sont la coordination et l’intégration. La figure 3-1[13] montre ci-dessous comment ces processus se succèdent depuis l’orientation des activités jusqu’au stade de la diffusion.

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La figure 3-1 représente les activités du cycle du renseignement. Le commandant fournit ses besoins essentiels du commandant en informations qui deviennent l’orientation pour l’état-major. Les quatre étapes du cycle du renseignement sont, dans l’ordre, l’orientation, la collecte, le traitement, la diffusion et le retour à l’orientation. Le résultat de chaque étape alimente la prochaine. Les quatre étapes sont coordonnées par l’activité de renseignement, surveillance et reconnaissance. L’étape du traitement comprend cinq sous-étapes : 1) regroupement; 2) évaluation; 3) analyse et intégration; 4) interprétation et évaluation et 5) exploitation. En plus d’alimenter l’étape de l’orientation, l’étape de la diffusion produit également des renseignements et des renseignements bruts de combat qui sont fournis ensuite au commandant. Une grande partie des activités du cycle du renseignement consiste en la phase de gestion de la collecte. Cette phase est un dérivé de l’étape de l’orientation et réalimente l’étape du traitement. La gestion des besoins essentiels du commandant en informations développe des besoins prioritaires en renseignement. Les besoins prioritaires en renseignement sont comblés par les données/informations connues et les données/informations inconnues. Les données/informations connues sont acheminées directement à l’étape des données et informations de la portion des opérations de collecte de la phase de gestion de la collecte. Les données/informations inconnues sont comblées par les besoins en renseignement. Certains sont comblés par les données/informations des forces alliées et les autres par le plan de collecte. Les données/informations des forces alliées sont acheminées directement à l’étape des données et informations de la portion des opérations de collecte de la phase de gestion de la collecte. Le plan de collecte mène aux opérations de collecte. Le plan de collection sera composé d’un nombre de tâches, telles la collecte de renseignements; la reconnaissance; la surveillance et le renseignement, surveillance et reconnaissance non traditionnels. Chacune de ces tâches produira des données et informations. Lorsque les données et informations sont amalgamées aux données/informations connues et des forces alliées, toutes les données et informations sont acheminées vers l’étape du traitement du cycle du renseignement. Fin de la figure 3-1.

Figure 3-1. Activités du cycle générique du renseignement.

CYCLE DU RENSEIGNEMENT

Orientation. Cette étape met l’accent sur deux volets : le commandant fournit une orientation à son état-major, et celui-ci planifie et gère la collecte, le traitement et la diffusion. Tout d’abord, le travail repose sur les ordres que le commandant donne à son état-major et aux unités subalternes. Les commandants doivent définir clairement leurs besoins en matière de renseignement pour permettre ainsi à leur état-major (et, partant, aux unités/entités de collecte et de traitement) d’organiser et de cibler leurs efforts selon un ordre de priorité. En deuxième lieu, l’état-major supérieur se fonde sur cette orientation pour donner ses propres ordres à ses subalternes, de manière à rendre possibles la coordination et la gestion des opérations de renseignement et la diffusion. Le stade de l’orientation est celui où commence la RSR en tant qu’activité. C’est à ce moment-là que les BECI sont traduits en BPR, puis en besoins en information (BI), lesquels déterminent fondamentalement ce sur quoi la collecte portera et, en fin de compte les tâches de collecte qui seront confiées aux unités désignées pour les remplir. L’activité de RSR fait en sorte que les opérations de renseignement (collecte et traitement) suivent un ordre de priorité et qu’elles soient intégrées dans un tout cohérent avec d’autres opérations. Cette intégration a pour but suprême d’établir un lien homogène entre les détecteurs/la plate-forme, le commandant et, au besoin, le tireur.

Il importe de centraliser l’orientation et de synchroniser les choses à cet égard, de manière que, vu la quantité limitée de ressources de collecte, les missions de collecte ne soient pas exécutées deux fois ou que l’on ne les ordonne pas quand on dispose déjà de données et d’informations suffisantes. Cela entraîne une prise de conscience des données, informations et renseignements qui ont déjà été recueillis, traités et stockés dans ses propres bases de données ou dans celles des alliés. La gestion de la collecte suppose l’existence de systèmes, de réseaux et d’outils qui suscitent cette prise de conscience; c’est là un processus que facilitent grandement la gestion disciplinée des informations et la normalisation des métadonnées. Par ailleurs, si l’orientation est fixée efficacement, le moyen de collecte le plus approprié n’est employé que quand le besoin réel de recueillir les éléments d’information existe.

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Collecte. Les opérations de collecte ont pour but de recueillir des données et/ou des informations et de les transmettre aux analystes et/ou directement aux utilisateurs finaux, en fonction du plan de collecte. On peut déduire de cette définition que les données recueillies n’ont pas besoin de franchir le stade du traitement avant d’être diffusées auprès des utilisateurs finaux. Le commandant qui reçoit des données (p. ex., des renseignements bruts de combat) peut les traiter jusqu’à un certain point et prendre une décision ensuite. Comme les informations risquent vite d’être périmées et inutiles, on peut les envoyer directement de la plate-forme de collecte/du détecteur aux utilisateurs finaux (qui les traitent alors à bord ou avec des systèmes automatisés), surtout dans un contexte tactique quand il s’agit  de renseignements auxquels il est possible de donner suite. On désigne parfois cette démarche par le sigle TATU (tâche, affichage, traitement et utilisation). Ce n’est pas là un terme propre à la doctrine de l’ARC, mais le concept de l’envoi des données à l’utilisateur final, avant que les spécialistes du renseignement les traitent pour mettre l’utilisateur à jour, est un concept essentiel, car la plupart des informations utilisables ont une durée de vie limitée. Pour que la démarche TATU soit efficace, elle nécessite une compréhension enrichie de l’intention du commandant supérieur; ainsi, on s’assure que les bons renseignements et éléments d’information sont recueillis et diffusés.

La gestion, la coordination et la supervision des opérations de collecte ont normalement lieu au niveau opérationnel. Dans l’ARC, vu le manque de plates-formes de collecte à rôle unique, le recours à des aéronefs polyvalents oblige les gestionnaires de la collecte et d’autres gestionnaires de l’espace de combat à répartir de façon équilibrée, en fonction des priorités, ces ressources très sollicitées mais peu nombreuses. La coordination et le contrôle des opérations de collecte se font au niveau opérationnel, car on s’assure par là que les ressources de RSR peuvent, le cas échéant, être réaffectées à des missions plus importantes, vu la fluidité de l’environnement opérationnel et le caractère urgent de certaines situations tactiques. Par exemple, on pourrait détourner un UAS d’un vol de collecte de renseignements comme tel pour l’envoyer soutenir des troupes en contact avec l’ennemi. En outre, si des efforts de collecte échouent, d’autres missions de collecte peuvent s’avérer nécessaires, tout comme la redistribution des plates-formes/ détecteurs en fonction de nouvelles priorités. L’affectation des moyens de collecte pour résoudre un problème donné se fait conformément aux priorités fixées par les commandants.

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Exploitation. Le mot désigne la « transformation des renseignements bruts en renseignement par regroupement, évaluation, analyse, synthèse et interprétation[14]. » Dans de nombreuses opérations, la démarche comprend aussi l’exploitation des données et des renseignements bruts de combat à point nommé. Le traitement fait à bord d’un aéronef procure d’habitude aux commandants et aux utilisateurs finaux des renseignements bruts de combat, tandis que les produits du renseignement nécessitent un traitement plus approfondi par des spécialistes. Bien que le traitement des données soit normalement fait par des entités, unités ou sous-unités (spécialistes du renseignement secondés par des non-spécialistes) spécialisées dans l’exploitation du renseignement, les utilisateurs finaux des produits du renseignement peuvent exécuter eux-mêmes un certain traitement (surtout dans un contexte tactique où ils ont en main des renseignements à durée de vie critique auxquels ils sont à même de donner suite). En pareils cas, il importe que les officiers du renseignement responsables veillent à ce que les utilisateurs finaux disposent des renseignements complémentaires nécessaires pour situer les informations en contexte.

Diffusion. C’est l’« envoi du renseignement en temps utile par tous moyens adaptés et sous une forme appropriée, à ceux qui en ont besoin[15]. » La diffusion du renseignement doit avoir lieu avant qu’il soit trop tard pour répondre aux fins pour lesquelles les éléments d’information ont été demandés, ou avant que les données aient perdu leur valeur en raison de leur nature. En outre, il faut diffuser les informations d’une manière qui en permettra la livraison aux utilisateurs finaux visés. Pour cela, le personnel chargé de la diffusion doit comprendre les priorités du commandant et choisir le bon média et le bon format et aussi la bonne classification des produits. En principe, il importe d’attribuer la classification la plus basse possible. C’est d’autant plus le cas quand on fonctionne au sein d’une force multinationale ou dans un contexte pangouvernemental ou global.

Il faut franchir les étapes suivantes pour s’assurer que la planification du renseignement (étape de l’orientation du cycle du renseignement) et la RSR en tant que concept se font efficacement, c’est-à-dire coordonner et intégrer les opérations de collecte, le traitement et la diffusion ainsi qu’avec les autres opérations. Il importe de souligner que ce ne sont pas des « étapes » distinctes comme telles comme le sont les étapes du cycle du renseignement ou celles du processus de planification opérationnelle. Il s’agit plutôt de points de référence conceptuels que l’état-major doit veiller à prendre en compte à mesure qu’il avance dans le processus cyclique qu’est le rythme de bataille :

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  1. Définir les besoins en informations. Cette tâche est accomplie par des spécialistes du renseignement. C’est en se fondant sur les BECI et les BPR que ceux-ci formulent les besoins en informations mêmes. Pour satisfaire à ces derniers, des jeux de questions détaillées sont normalement posés sur l’adversaire et l’environnement; il faut y répondre à la lumière des informations recueillies, en créant un produit du renseignement, et c’est ainsi que l’on satisfait aux BPR et, en fin de compte, aux BECI. Ces besoins servent à définir les besoins en détection aux fins du renseignement. Ceux-ci doivent être suffisamment bien définis pour permettre l’exécution des missions de détection. Il convient de souligner que l’état-major doit prendre en considération les besoins en informations des formations/unités subalternes comme faisant partie des besoins du commandant. Cette activité aboutit d’habitude à un plan de collecte du renseignement (PCI).
  2. Cerner les besoins de production. Cette tâche est remplie par des spécialistes du renseignement. En se fondant sur les BI, les entités d’exploitation du renseignement élaborent les produits nécessaires pour mener à bien l’entreprise globale du commandant. Ces spécialistes reçoivent des produits du renseignement d’organismes extérieurs ainsi que des données/informations issues des opérations de collecte de leur propre commandant.
  3. Définir les besoins au chapitre de la collecte (BC) [convertir les BI en BC]. Cette tâche est exécutée par les spécialistes du renseignement et par l’état-major des opérations; c’est le processus par lequel les BI sont traduits en BC concrets et, en fin de compte, en missions de collecte. Cette démarche aboutit normalement à la production d’un programme de collecte et elle est finalement intégrée dans le processus de planification; la tâche est exécutée ultérieurement par l’intermédiaire d’un ordre d’attribution de mission aérienne (ATO).
  4. Cerner les menaces opérationnelles/risques/facteurs. Cette tâche est confiée aux équipes chargées des moyens de collecte mêmes. Il faut alors repérer les menaces pesant sur les ressources et les risques connexes, ainsi que d’autres facteurs opérationnels tels que le rayon d’action, l’endurance, la coordination de l’espace aérien, le ravitaillement air-air ou d’autres capacités de vol spécialisées. En fin de compte, cela équivaut à gérer le champ de bataille, car le commandant doit trouver un équilibre entre les risques pour les ressources, d’une part, et, d’autre part, la valeur des informations à recueillir; en outre, quand c’est possible, il applique des stratégies d’atténuation pour obtenir l’effet visé. Dans les opérations aérospatiales de collecte, il est essentiel de faire intervenir, dans la planification et l’attribution des missions, les planificateurs opérationnels qui sont les mieux placés pour évaluer, du point de vue de la discipline aéronautique, la faisabilité des tâches de collecte envisagées, en prenant judicieusement en compte les facteurs suivants :
    1. Les effets souhaités par rapport aux autres priorités éventuelles de la mission, pour la plate-forme.
    2. La disponibilité des ressources de collecte, vu la répartition de ces dernières et les lignes directrices.
    3. Les capacités et les limites des systèmes aéronautiques (endurance, armement, rayon d’action, etc.).
    4. Les rôles et l’utilisation judicieuse (se servir du bon détecteur, compte tenu de la cible) de la ressource.
    5. Les relations de C2 nécessaires pour accomplir la mission.
    6. Les menaces éventuelles pour le moyen de collecte (par rapport aux avantages de la mission de collecte).
    7. Les besoins relatifs aux attaques de concentration et le dispositif géographique des forces.
    8. Les facteurs environnementaux (ex. : météo, heure de la journée, terrain).
    9. Les facteurs opérationnels (ex. : maintenance, disponibilité des équipages, journée de service des équipages, etc.).
  5. Coordonner, intégrer et synchroniser (définir les tâches de collecte). À la lumière d’une comparaison entre les besoins de collecte et les facteurs opérationnels, les états-majors des opérations et du renseignement, travaillant sous la gouverne du commandant, définissent ensemble l’utilisation optimale de toutes les ressources de détection, en fonction d’un ordre de priorité. Il importe de signaler que la coordination des opérations de collecte et leur intégration dans les autres opérations du renseignement, par exemple l’exploitation et la dissémination, sont essentielles. Dans le scénario idéal, l’officier supérieur d’état-major chargé de décider des priorités de collecte doit aussi avoir pour rôle de fixer les priorités pour ce qui est de l’exploitation et de la diffusion de l’information. Cette activité aboutit normalement à l’ébauche d’une grille de synchronisation de la RSR qui, une fois approuvée par le commandant, devient un élément pris en compte dans l’affectation des ressources et la formulation d’autres directives opérationnelles telles que l’ordre d’attribution de mission aérienne.
  6. Exécuter (mener des opérations de collecte). Les opérations de collecte planifiées sont exécutées par les moyens de collecte (qui mènent les opérations telles que la recherche du renseignement, la surveillance ou la reconnaissance ou encore la RSRNT). Au cours de l’exécution, le quartier général (QG) opérationnel supervise l’opération de collecte. Une liaison directe peut être établie avec les éléments appuyés pour leur fournir des renseignements bruts de combat. En même temps, toutes les données doivent aussi être saisies pour être traitées par les entités du renseignement.
  7. Exploiter et diffuser. Les données et les informations obtenues ne sont pas seulement versées dans les systèmes fonctionnant en temps quasi réel, mais aussi exploitées au maximum par les analystes du renseignement et diffusées par l’intermédiaire des réseaux virtuels. Les éléments d’information peuvent être communiqués directement aux utilisateurs finaux, après un traitement suffisant qui leur permet de s’en servir (ce que l’on appelle communément TATU), ou à un centre d’exploitation du renseignement où les données sont transformées en un produit du renseignement, puis diffusées auprès des utilisateurs finaux [tâche, processus, exploitation et diffusion (TPED)]. En fin de compte, le processus fait en sorte que les produits du renseignement soient présentés sous une forme dont les destinataires peuvent se servir rapidement et qu’ils peuvent comprendre promptement.

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RESSOURCES DANS LES DOMAINES DU RENSEIGNEMENT, DE LA SURVEILLANCE ET DE LA RECONNAISSANCE

Il y a deux genres de ressources RSR[16] : les organisations du renseignement et les moyens de collecte. Bien que l’on tende à mettre l’accent sur les moyens ou les ressources de collecte, c’est la synergie créée entre toutes les ressources qui est essentielle à la réussite d’une entreprise du renseignement concrète. En outre, les effets réseaucentriques constituent un élément clé de la RSR en tant que concept, et l’on ne peut les produire que grâce à une connectivité entre des réseaux robustes et protégés et à des moyens de traitement informatiques. C’est le système de réseaux conjugué à l’intervention de personnes « ayant la bonne vision des choses » qui fusionne tous ces éléments.

Organisations du renseignement. L’analyse humaine intuitive et le traitement technologique, fondés sur la planification et la gestion, sont des capacités individuelles qui ne permettent pas de combler les lacunes en matière d’information en vue de produire des éléments de renseignement véritablement utiles. Toutefois, la combinaison des capacités de l’humain et des techniques de l’information (TI), servant à fusionner l’information sous la forme de constantes et de tendances discernables, constitue l’essence d’une organisation du renseignement.

Planification et gestion. Dans le contexte du QG, la RSR en tant qu’activité est normalement planifiée au sein d’une organisation spécialisée en la matière [p. ex., la division de la RSR dans un centre d’opérations aérospatiales (COA)]. Dans un quartier général, la planification de la RSR est faite par les états-majors des opérations et du renseignement qui, pour cela, intègrent le plan de recherche du renseignement (ICP) et les tâches de collecte dans un plan principal global d’activité aérienne (PPAA) mis en oeuvre en fin de compte dans l’ATO.

Exploitation et diffusion. Des efforts sont nécessaires pour traiter des données brutes (au palier inférieur de la hiérarchie cognitive) et les transformer en connaissances (au palier supérieur). L’informatique moderne permet d’automatiser une partie du travail, mais l’intervention humaine demeure fort nécessaire dans le traitement des informations visant à produire le renseignement. Ce travail est normalement accompli par des organisations spécialisées et des professionnels du renseignement. À titre d’exemple, citons la division de la RSR dans le centre d’opérations aérospatiales, laquelle comprend une cellule d’analyse multisources. Dans ce domaine, les services de l’ARC doivent procurer aux utilisateurs finaux (à l’échelle des FC) des renseignements intégrés multisources issus de ses propres ressources de collecte et des renseignements produits par des éléments terrestres et maritimes et aussi par des entités nationales et internationales.

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Ressources (ou moyens) de collecte. La liste des sources d’informations possibles, aux fins du renseignement, est presque illimitée : mentionnons entre autres les rapports ouverts des médias, les études universitaires et les relations établies avec des organismes non gouvernementaux[17]. Cependant, l’entreprise du renseignement aérospatial met principalement l’accent sur les ressources qui peuvent être chargées de missions et rendre compte directement au commandant. Seules les ressources aptes à accepter des missions peuvent être incluses dynamiquement dans une grille de synchronisation de la RSR; en outre, vu les besoins techniques au chapitre de la connectivité, seuls les systèmes conçus pour s’aboucher directement avec le réseau peuvent fournir des informations en temps quasi réel. Les plates-formes et les capteurs comprennent les éléments suivants :

  1. systèmes aéroportés;
  2. systèmes spatiaux;
  3. systèmes terrestres;
  4. RSR non traditionnelle.

Systèmes aéroportés. Les aéronefs (pilotés ou non) à voilure fixe ou rotative peuvent avoir à leur bord des détecteurs de divers genres, y compris des radars de veille aérienne et terrestre et des radars imageurs, des capteurs électro-optiques, à infrarouge ou à imagerie multispectrale, des dispositifs d’ELINT, de renseignement électromagnétique et de renseignement transmissions et des sonars actifs et passifs. Les atouts des aéronefs en tant que systèmes de détection résident dans leur vitesse, leur endurance, leur altitude, leur précision, leur furtivité (ou présence) et leur portée. Par exemple, un UAS peut offrir un avantage important pour réduire les pertes humaines et le risque en circulant dans l’espace aérien d’environnements terrestres interdits. Les plates-formes pilotées peuvent emporter des capacités de traitement et des systèmes ordinaires permettant de communiquer verbalement ou par des moyens informatiques avec d’autres aéronefs et des stations terrestres. Les aéronefs pilotés peuvent aussi offrir un avantage supplémentaire, soit celui de la pénétration. Au chapitre des faiblesses, citons leur vulnérabilité éventuelle, l’endurance limitée de certains d’entre eux, la sensibilité à la météo et à la technologie, leur fragilité et la difficulté qu’ils ont à détecter les forces irrégulières.

Systèmes spatiaux. En général, les satellites ne peuvent emporter qu’une charge utile limitée composée soit d’un radar multispectral, électro-optique/infrarouge (EO/IR), soit de capteurs d’ELINT. Leurs principaux atouts résident dans la vastitude des régions balayées et la capacité de survoler librement un territoire interdit. Au chapitre des faiblesses, citons la discontinuité possible de la couverture, la sensibilité aux conditions météorologiques en surface (dans le cas des systèmes EO/IR) et la difficulté qu’ils ont à détecter les forces irrégulières.

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Systèmes terrestres. Trois catégories de détecteurs terrestres revêtent une importance pour l’entreprise du renseignement aérospatial : les radars, les détecteurs d’ELINT et les détecteurs acoustiques/sismiques fixes. Sur le plan des atouts, ces systèmes assurent une veille continue, ce dont on se sert souvent pour l’alerte avancée et l’éveil d’autres systèmes. Dans le contexte maritime, ces capacités résident souvent dans la plate-forme navale et elles servent de ressources intégrantes de la force en mer. Au chapitre des faiblesses, ces systèmes sont limités par la ligne de visée (horizon), par le relief du terrain ou par l’interférence des conditions météorologiques, par la mobilité et la portée et, souvent, par le manque de corrélation avec d’autres capteurs.

RSR non traditionnelle. C’est là un nouveau concept qui n’a pas encore été tout à fait mis au point dans la doctrine des pays alliés. Plusieurs philosophies divergentes débattent la question de savoir si l’emploi d’une plate-forme au fil du temps finit par annuler la distinction entre les caractères « traditionnel » et « non traditionnel » du rôle que cette plate-forme joue, et s’il rend floue la ligne de démarcation entre la RSR et/ ou d’autres moyens de collecte. À mesure que l’ARC acquerra d’autres détecteurs spécialisés et/ou moyens de collecte et qu’elle approfondira ses concepts de fonctionnement, ces débats sur la distinction faite entre la RSR et la RSTNT finiront sans doute par se régler. Par exemple, le CP140, qui a servi dans le passé de plate-forme traditionnelle de lutte ASM, sert aujourd’hui, dans le contexte de la RSRNT, de plate-forme de collecte au-dessus de régions terrestres, grâce à l’évolution des concepts et des capacités et aussi aux directives du commandement au sujet de l’utilisation de cet avion. Grâce à un entraînement supplémentaire et à son emploi comme avion patrouilleur au-dessus de la terre, il est devenu une plate-forme de RSR (plutôt que de RSRNT). À mesure que le CP140 évolue, la nature de ce qui est « traditionnel » et « non traditionnel » continue elle aussi de changer; cela montre que ce qui est non traditionnel maintenant pourrait devenir traditionnel dans l’avenir.

Les ressources de RSR non traditionnelle (utilisées comme moyens de collecte) sont perçues comme des plates-formes qui ne sont pas réservées normalement aux opérations de collecte, mais qui sont plutôt chargées de missions découlant des besoins de collecte et du plan de recherche du renseignement. Il importe de plus en plus que les planificateurs et les gestionnaires de la collecte prennent ces ressources de RSRNT en compte quand ils dressent le plan de recherche de renseignement et le plan principal d’activité aérienne, car il arrivera rarement que les ressources spécialisées de collecte RSR dans les FC permettront de répondre à tous les besoins de collecte, vu la faible disponibilité des plates-formes réservées exclusivement à la RSR.

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Les capacités de RSRNT du Canada comprennent non seulement le CF188 muni d’une nacelle Sniper [quand l’avion filme en vidéo pleine vitesse à lecture en transit du fichier visuel, par l’intermédiaire de la liaison de données tactiques communes (LDTC)] et le système interopérable de surveillance (escorte et reconnaissance) (INGRESS) installé à bord du CH146 Griffon, mais aussi toute plate-forme munie de détecteurs ou de moyens permettant de recueillir les données ou les informations voulues pour remplir la mission de collecte. Cela peut comprendre l’utilisation générique de détecteurs visuels ou électroniques à bord de n’importe quel aéronef des FC, ou l’exécution de missions avec des capacités expressément désignées à cette fin. Par exemple, les CF188 sont d’ordinaire guidés par des radars de contrôle tactique ou par les radars du Secteur de la défense aérienne du Canada qui coordonnent les mouvements des aéronefs et assurent une alerte aérospatiale lointaine, ce qui procure en fin de compte des données et des informations utiles aux services de renseignement de la Région canadienne du Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord (NORAD). Ces appareils pourraient aussi être chargés de mener des opérations de collecte quand ils s’approchent de l’endroit visé ou quand ils le quittent. Ce faisant, ils pourraient fournir des données (et, souvent, des renseignements bruts de combat à durée de vie critique) avant et après l’attaque d’objectifs connus et/ou transmettre des indications sur des menaces nouvelles ou éventuelles, ou donner l’alerte à leur égard. L’emploi du CF188 dans un rôle de RSRNT est complexe et difficile, car il faut intégrer l’ensemble des opérations régulières de l’avion dans le plan de collecte. Cet exemple confirme la nécessité, pour les états-majors du renseignement, des plans et des opérations, dans n’importe quelle organisation, de coordonner, d’intégrer et de synchroniser tous leurs efforts.

SOMMAIRE

La compréhension solide et l’utilisation judicieuse des concepts et des principes relatifs à la RSR, tels qu’ils ont été exposés dans le présent chapitre, permettront aux commandants d’acquérir une connaissance de la situation et d’émettre les directives voulues pour diriger les forces de manière qu’elles atteignent leurs objectifs militaires. Par conséquent, l’intégration étroite des ressources humaines, des organisations, de l’équipement et des processus qui constituent les capacités de RSR est essentielle et elle doit être dirigée par le commandement. 

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Notes

1. BTD fiche 1105. (retourner)

2. Il convient de souligner que, même si les professionnels du renseignement (spécialistes du renseignement, techniciens en géomatique, chercheurs en communications, techniciens météorologues et police militaire) forment l’épine dorsale de l’entreprise du renseignement, sa mise en oeuvre nécessite l’apport de membres d’autres groupes professionnels militaires (ID SGPM). Le renseignement résulte des efforts d’organisations variées constituées de membres appartenant à de multiples GPM. En fin de compte, l’entreprise du renseignement appartient au commandant, et non à l’officier supérieur du renseignement (OS Rens) ou au « chef » du renseignement. (retourner)

3. BTD fiche en cours de préparation. (retourner)

4. BTD fiche 41399. (retourner)

5. Les trois définitions sont tirées de la BTD, de l’AAP-6 Glossaire OTAN de termes et définitions (anglais et français) et de l’énoncé du concept dynamisant de la RSR. (retourner)

6. Le cycle du renseignement sera examiné de plus près, plus loin dans le présent chapitre. Voir aussi une explication connexe dans la publication B-GJ-005-200/FP-002, Publication interarmées des Forces canadiennes, PIFC 2-0, Le renseignement. (retourner)

7. Définition du mot « actif » : « En surveillance, adjectif s’appliquant à des méthodes ou à des équipements émettant une énergie susceptible d’être détectée. » (BTD fiche 3274) (retourner)

8. Définition du mot « passif » : « En surveillance, adjectif s’appliquant à des actions ou équipements n’exigeant pas d’émission d’énergie détectable. » (BTD fiche 5031) (retourner)

9. Les principes régissant le renseignement sont les suivants : contrôle centralisé, actualité, exploitation systématique, objectivité, accessibilité, adaptabilité, protection des sources et examen continu. Voir la publication B-GJ-005-200/FP-002, p. 2-3. (retourner)

10. Ces principes sont décris dans la publication B-GL-352-001/FP-002, Renseignement, surveillance, acquisition d’objectifs et reconnaissance (ISTAR), p. 1-2; dans la DIA-2 Doctrine interarmées Renseignement d’intérêt militaire et Contre-ingérence (RIM & CI), 7 octobre 2010, http://www.cicde.defense.gouv.fr/IMG/pdf/DIA_2.pdf (consulté le 30 mai 2012). (retourner)

11. United States Air Force, Air Force Doctrine Document (AFDD) 2-0, Global Integrated Intelligence, Surveillance, and Reconnaissance Operations, 6 janvier 2012, p. 46-47. (retourner)

12. AJP 2-0, p. 1-4-4. (retourner)

13. La figure repose en partie sur le Intelligence, Surveillance & Reconnaissance Primer [figure tirée de l’AJP 2.0 (p. 1-4-4) de l’OTAN] qui a été adapté pour décrire l’activité de RSR et le processus des opérations de collecte présenté ici. (retourner)

14. BTD fiche 5786. (retourner)

15. BTD fiche 4100. (retourner)

16. AFDD 2-0, p. 25-33. (retourner)

17. Voir la publication B-GA-402-001/FP-000, Doctrine de l'Aviation royale canadienne - Renseignement aérosatial (à être adopté). (retourner

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