De l’Avro Arrow au planeur de Gimli

Article de nouvelles / Le 8 janvier 2018

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Par l’adjudant-chef Dan Campbell

Le 15 novembre 2017, l’École de technologie et de génie aérospatial des Forces canadiennes (ETGAFC) a accueilli deux invités très spéciaux : John Burzynski, cofondateur de la Minière Osisko, et Bob Pearson, pilote du fameux planeur de Gimli. Les deux hommes se sont rendus à la 16e Escadre Borden, en Ontario, pour parler de leur expérience aux stagiaires et au personnel de l’école.

La passion de M. Burzynski pour l’aviation et l’histoire l’a amené à se lancer dans la recherche des neuf modèles d’essai de l’Avro Arrow lancés au milieu des années 1950 des rives du lac Ontario et dormant désormais dans ses profondeurs.

M. Burzynski a parlé du programme de l’Avro Arrow et de la façon dont la nécessité d’acquérir des chasseurs pour l’ARC allait faire du pays un chef de file dans la technologie de l’aviation. La légende de l’Arrow est encore racontée de nos jours, surtout en raison de la façon dont le gouvernement fédéral a annulé le programme en 1959. On a donné l’ordre de détruire tous les appareils, l’outillage et les plans, privant du coup quelque 30 000 travailleurs de leur emploi. Il s’agissait d’un projet de 400 millions dollars, ce qui représenterait aujourd'hui une somme de 3,3 milliards de dollars.

M. Burzynski a raconté à un auditoire fasciné les mesures que son équipe et lui-même ont prises pour fouiller le fond du lac Ontario, une recherche qui l’a mené à la découverte non pas d’une, mais de deux versions hâtives des modèles d’essai de l’Avro Arrow. Il n’a pas mis fin à ses recherches après avoir trouvé les deux modèles d’essai, car il n’avait parcouru que quelque 20 pour cent de la zone de fouille. Les 80 pour cent restants seront fouillés dès le retour de températures plus clémentes. Une fois les autres modèles trouvés, on les transportera au Musée de l’aviation et de l’espace du Canada, à Ottawa, en Ontario, et au Musée national de la Force aérienne du Canada, à la base des Forces canadiennes Trenton, en Ontario.

Pendant le dîner militaire annuel de l’ETGAFC, ce soir-là, le conférencier Bob Pearson a ramené les invités en 1983, à l’époque où les ordinateurs et les postes de pilotage automatisés étaient une nouveauté dans le secteur de l’aéronautique.

Le 23 juillet 1983, le vol 143 d’Air Canada, un vol de passagers voyageant de Montréal, au Québec, à Edmonton, en Alberta, a manqué de carburant à 12 497 mètres d’altitude, à mi-chemin de son trajet. À l’ancienne base de l’Aviation royale canadienne Gimli, au Manitoba, devenue à l’époque le Gimli Motorsports Park, le capitaine Bob Pearson et le copilote Maurice Quintal, d’Air Canada, ont posé en toute sécurité leur tout nouveau Boeing 767, réussissant leur atterrissage d’urgence sur une piste désaffectée convertie en piste de course automobile. L’appareil s’est posé sans difficulté 17 minutes après avoir manqué de carburant, ce qui a permis de sauver la vie de ses 69 passagers et membres d’équipage.

Cette situation peu commune en aviation a valu à l’aéronef le surnom de « planeur de Gimli ».

L’enquête qui a fait suite à l’événement a révélé que, en raison d’une combinaison d’erreurs commises par l’entreprise aérienne, d’erreurs humaines et de confusion quant aux unités de mesure, l’aéronef ne disposait pas de suffisamment de carburant pour le vol prévu. Il s’agissait en fait d’une erreur de calcul. Le personnel de piste a mal déterminé la quantité de carburant, se servant de livres plutôt que de kilogrammes, avant le vol. Le Canada, à ce moment, procédait à la conversion au système métrique.

M. Pearson a bien souligné à son auditoire l’importance du travail d’équipe, de l’excellence et du professionnalisme et a insisté sur le fait qu’un manque de formation et de connaissances peut mener à la catastrophe.

Prié de dire s’il lui était venu à l’esprit qu’ils pourraient s’écraser et tous y laisser leur vie, il a répondu : « Ça ne m’a jamais traversé l’esprit. Je ne voyais que la tâche à accomplir; j’étais entièrement concentré sur elle. Je savais que j’étais capable de poser l’avion. Je me demandais seulement où le poser ».

Le planeur de Gimli est l’unique Boeing 767 de l’histoire à avoir plané sans problème et effectué un atterrissage contrôlé après une panne de carburant et le seul dont tous les passagers et membres d’équipage aient survécu. L’histoire du planeur de Gimli a inspiré un épisode de la série Mayday et un film pour la télévision, et des négociations sont en cours pour en tirer un film hollywoodien à grand déploiement.

Rappelons un fait plutôt cocasse : après l’atterrissage à Gimli, des techniciens ont été dépêchés pour réparer l’appareil, mais leur véhicule est tombé en panne sèche en chemin vers l’endroit.

Ce jour a donné tout leur sens au leadership et au perfectionnement professionnel. Ces deux messieurs, qui ne venaient pas du tout du même milieu, l’un étant un géologue accompli et l’autre, pilote de carrière, tous les deux des meneurs dans leur domaine, partageaient néanmoins de grands traits de caractère, comme la confiance en soi, qui assure le succès de n’importe quelle entreprise, et l’optimisme, qui met de grandes choses à sa portée : voilà qui décrit éloquemment ce qu’on peut réussir si l’on y croit.

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