James Talbot, un jeune homme aux ambitions nobles

Article de nouvelles / Le 6 avril 2017

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Le cadet James H. Talbot, qui perd la vie le 8 avril 1917 pendant un entraînement au camp Borden, en Ontario, est la première perte du Royal Flying Corps Canada. La 16e Escadre Borden tiendra une cérémonie commémorative ouverte au public pour rendre hommage au cadet Talbot le vendredi 7 avril 2017, à 10 h 45, au cimetière Union, dans sa ville natale de Dorchester, en Ontario.

Par le major Jean-Maurice Pigeon

Le premier accident mortel militaire à avoir lieu au camp Borden survient le 8 avril 1917, soit le dimanche de Pâques. Un avion Curtiss JN-4 piloté par le sous-lieutenant G.C. Husband, instructeur de pilotage, s’écrase. À bord de l’appareil se trouve aussi le cadet n° 70005 James Harold Talbot, apprenti pilote, qui succombe aux blessures qu’il subit dans l’écrasement. L’avion est complètement détruit.

Les deux hommes font partie du 81e Escadron de la Réserve canadienne, fondé le 21 mars 1917, qui figure parmi les cinq escadrons composant la 42e Escadre du Royal Flying Corps Canada. Le premier groupe de cadets vient tout juste d’arriver à Borden; l’ouverture officielle de l’aérodrome doit avoir lieu le 2 mai 1917.

Le matin du 8 avril, lors d’un vol d’entraînement ordinaire, le JN-4 décolle du terrain d’aviation de Borden. Selon certains, il s’agit seulement du deuxième ou du troisième vol de l’apprenti pilote Talbot, arrivé à Borden quelques semaines seulement avant l’accident. On peut lire dans les journaux qu’il avait peut-être suivi une formation à Toronto auparavant. Quoi qu’il en soit, dans sa description de l’accident, le journal local indique que « l’avion a chuté rapidement au sol ». Il semble que celui-ci ait heurté le sol avec une telle violence que, au moment de l’impact, le moteur se serait séparé de la cellule. L’avion se serait renversé, et l’apprenti pilote aurait été projeté contre la cellule, subissant des blessures graves, dont une fracture du crâne. Le pilote survit à ses blessures. On transporte l’apprenti pilote, inconscient, à l’hôpital de Barrie, où il rend l’âme vers 19 h, environ 12 heures après l’écrasement. On croit qu’il n’a jamais repris connaissance après l’accident. Le journal de Barrie rapporte qu’il succombe à ses blessures environ deux heures avant que son père n’arrive à l’hôpital.

James Harold Talbot est né de parents canadiens à Buffalo, dans l’État de New York, le 22 juillet 1893. Il est le seul fils de John Talbot et de sa femme, Jesse Agnes Talbot, née Duffin. Il a une sœur, Elizabeth Gladys Talbot. Leur mère perd la vie dans un accident en mars 1902, alors qu’elle n’a que 41 ans. James Harold a seulement huit ans à l’époque et sa sœur n’a pas encore quatre ans. Le frère et la sœur vivent à Dorchester, près de London, en Ontario, où leur père est maître de poste. La famille est bien connue dans la région. Un des oncles des enfants, Charles Talbot, est ingénieur du comté.

James Harold détient un diplôme du London Collegiate Institute et du Woodstock Collegiate Institute en 1910, où il obtient la bourse de la Western University pour le comté d’Oxford. Fervent presbytérien, il passe les quelques années suivantes en Alberta dans le cadre d’une mission au service de son église. À l’automne 1913, il s’inscrit à l’Université Queen’s à Kingston, en Ontario, où il étudie en sciences politiques. Il se révèle un étudiant accompli et obtient la bourse Andrew Hayden en histoire coloniale en avril 1914, ainsi que la bourse Lochead en sciences politiques en avril 1915. En 1916, il se classe au premier rang des distinctions préliminaires en politique. Il a un don exceptionnel pour le débat, et reçoit le titre d’« orateur de l’année » en 1915-1916. Ses nombreuses réalisations témoignent de sa polyvalence. En plus de diriger divers comités, il est aussi capitaine de l’équipe championne de soccer. Lorsqu’il obtient son baccalauréat ès arts au printemps 1917, il a l’intention de poursuivre ses études en droit. Toutefois, avant la remise des diplômes, « Tal » décide que des tâches plus importantes l’attendent et s’enrôle dans le Royal Flying Corps le 23 janvier 1917.

Trois jours après sa mort, le mercredi 11 avril 1917, James Harold Talbot est inhumé au cimetière Union de Dorchester. On raconte que ses funérailles sont parmi les plus imposantes qu'on ait célébrées dans le comté. Tenue par le révérend D.L. McCrae, de l’église presbytérienne Hamilton Road de London, en Ontario, la cérémonie se déroule à 14 h 30 à la maison de son père. Le révérend J.D. McCrae, fils du révérend D.L. McCrae et camarade de classe de James Harold Talbot, prend la parole pendant les funérailles afin de parler de son ami. On dit du service funèbre qu’il était très simple et non militaire, comme le souhaitait le père endeuillé. Douze officiers de Borden accompagnent le cercueil jusqu’à la tombe. Sur la stèle funéraire, on fait graver : « Un jeune homme aux ambitions nobles mort en service » [traduction].

Dans l’exemplaire de James Harold Talbot de l’album de finissants 1917 de l’Université Queen’s, on peut lire dans l’avant-dernier paragraphe de sa biographie : « Nous ne savons pas où il ira, ni à quoi il consacrera sa vie lorsqu’il quittera cet établissement, mais nous ne nous inquiétons pas de son avenir, nous l’envions » [traduction]. Le dernier paragraphe, « Il fait maintenant partie du Royal Aviation Corps à l’étranger » [traduction] ne s’est malheureusement jamais concrétisé; sa sœur l’a raturé à l’encre noire.

Le présent article a d’abord paru dans le livre Camp Borden: Birthplace of the RCAF, © 16e Escadre, publié en 2004. Le Major Pigeon a été officier de la réserve pendant plus de 25 ans et exerçait les fonctions d’agent du patrimoine à la 16e Escadre à Borden lorsqu’il a signé l’article.

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