Opération Chastise : le raid des Briseurs de barrages

Article de nouvelles / Le 16 mai 2017

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Par Dave O’Malley

Dans les années qui ont suivi la nuit du 16 au 17 mai 1943, la nuit de l’opération Chastise, les événements qui sont survenus cette nuit de pleine lune de printemps ont donné lieu à des longs métrages, des documentaires, des romans, des livres documentaires, des articles de magazine, des toiles spectaculaires, des jeux d’ordinateur, des marches et des bandes dessinées. Ce fut une attaque éclair au cœur de l’Allemagne sur des cibles qu’on a longtemps crues inattaquables.

En cette nuit sombre éclairée seulement par la lune, 133 très jeunes hommes du 617e Escadron ont décollé à bord de 19 bombardiers Avro Lancaster spécialement modifiés, se sont regroupés et ont volé très bas au‑dessus de la Manche en traversant la côte néerlandaise.

Après avoir été formés durant des mois pour livrer une arme très spéciale, les jeunes hommes se dirigeaient vers un rendez-vous avec le destin. Les avions devaient voler bas, sous la couverture radar, naviguer au fin fond de l’Allemagne, localiser et attaquer une série de grands barrages sur les affluents de la rivière Ruhr. Derrière chacun de ces barrages (Möhne, Sorpe, Eder et Ennepe) se trouvaient d’énormes réservoirs d’eau qui, espérait-on, inonderaient les sites industriels en aval, paralysant ainsi une grande partie de la production industrielle allemande.

Les attaques seraient effectuées à l’aide d’un engin explosif spécial qui, lorsque lancé à partir d’un bombardier Lancaster à précisément 60 pieds (18,29 m) au‑dessus du niveau du sol, à exactement 386,24 km/h et à une distance spécifique du côté réservoir du barrage, tomberait à l’eau, puis rebondirait tel un caillou qui fait des bonds de plus en plus courts, jusqu’à ce qu’il tombe exactement en face du barrage.

Les bombes couleraient alors en amont du barrage à une profondeur spécifique où un capteur hydrostatique ferait exploser la bombe comme une grenade sous-marine. Et telle une grenade sous-marine, la bombe utiliserait la pression de l’eau comprimée pour porter un coup dévastateur profondément sous la surface, ce qui affaiblirait l’intégrité structurale du barrage. Le poids énorme de l’eau stockée formerait alors une brèche dans le mur du barrage affaibli et se déverserait dans les vallées, inondant les complexes industriels en aval.

L’escadron était constitué d’équipages bien choisis, sous la direction du charismatique lieutenant-colonel d’aviation Guy Gibson, un vétéran de 24 ans comptant plus de 170 missions de bombardement et de chasse de nuit. Ces équipes comprenaient du personnel de la Royal Air Force (RAF) de plusieurs nationalités différentes ainsi que des membres de la Royal Australian Air Force (RAAF), de l’Aviation royale du Canada (ARC) et la Royal New Zealand Air Force (RNZAF) qui étaient souvent rattachés aux escadrons de la RAF dans le cadre du Programme d’entraînement aérien du Commonwealth. L’escadron était basé à l’aéroport militaire de Scampton, à environ huit kilomètres au nord de Lincoln. Au total, 31 des 133 membres de l’équipage étaient de l’ARC.

Les équipages ont trouvé leurs cibles et, face à des tirs d’artillerie lourde des batteries de canons antiaériens des barrages, ils ont mené à bien leur attaque, avec seulement la lune pour les guider.

Les barrages de Möhne et de l’Eder ont été fissurés. Les inondations étaient massives sur 64 kilomètres à partir du barrage de Möhne et 25 ponts ont été emportés sur l’Eder. On croit maintenant que le barrage de Sorpe, bien qu’endommagé, n’était pas aussi vulnérable face au type d’arme utilisé, car c’était un barrage en terre tandis que les barrages de Möhne et de l’Eder ont été conçus en acier et en béton. L’attaque contre le barrage d’Ennepe a échoué.

« Je me souviendrai très bien de la destruction des barrages Möhne et Eder, alors que j’étais dans un camp de prisonniers », a déclaré le capitaine du groupe, Sir Douglas Bader. « Elle a eu un effet énorme sur les Allemands et, bien sûr, l’effet inverse sur les prisonniers de guerre. »

L’inondation a nécessité un énorme effort pour reconstruire les barrages, les ponts, les voies ferrées et les routes, pour draguer de nouveaux chenaux pour la circulation fluviale, ainsi que pour remplacer et réparer les usines. Soixante-dix mille personnes ont dû délaisser leurs tâches habituelles de temps de guerre seulement pour réparer les routes, les voies ferrées et les ponts. L’approvisionnement en eau et en électricité a aussi été fortement perturbé.

Le succès eut un prix. Sur les 19 avions du 617e Escadron qui ont participé, huit ont été abattus. Sur les 133 hommes impliqués, 53 ont été tués. Parmi ceux-ci, 14 étaient Canadiens. Au total, 17 membres de l’Aviation royale du Canada ont survécu, 16 d’entre eux étaient Canadiens et un était Américain.

Le lieutenant-colonel d’aviation Guy Gibson a reçu la Croix de Victoria pour l’attaque. Cinq Médailles de l’Ordre du service distingué, dix Croix du service distingué dans l’Aviation et quatre barrettes distinguées ainsi que deux Médailles pour actes insignes de bravoure et 11 Médailles du service distingué dans l’Aviation ainsi qu’une barrette ont été remises pour le service durant cette nuit. Sept membres de l’ARC ont été décorés.

L’histoire des Briseurs de barrages est bien racontée, sous toutes ses formes. Nous vous demandons toutefois, les 16 et 17 mai, de prendre un moment pour imaginer que vous êtes l’un de ces jeunes hommes canadiens voûtés dans l’obscurité, dévalant un plan d’eau froid et noir, en plein cœur d’un empire du mal, par une nuit de pleine lune.

Les collines autour de vous sont remplies d’hommes armés qui veulent vous tuer. Imaginez le grondement de quatre moteurs Merlin hurlant à 386,24 km/h à seulement 60 pieds de la mort. Imaginez les éclairs des balles traçantes, la vibration infernale du Lancaster, l’air glacé, les explosions, la détermination farouche, les mains tremblantes, l’odeur de la sueur, du gaz, de l’huile et de la mort, le bruit de la bombe qu’on fait révolutionner de plus en plus vite sous vous, puis qu’on relâche, puis une soudaine ascension qui vous tord les tripes, et les obus et leurs éclats brûlants qui éclatent à travers la mince coque d’aluminium qui vous entoure.

Imaginez la voix ferme du pointeur de bombe dans vos écouteurs, étouffée tout en étant rendue aiguë par la peur. Imaginez le Lancaster devant vous qui explose en survolant le barrage. Imaginez nager en remontant contre une volée de balles traçantes mortelles qui ciblent votre visage, votre corps, vos amis. Imaginez votre famille à 6 000 km de vous. Imaginez que c’est vous à l’avant de ce Lancaster hurlant à la coque si mince.

Puis, demandez-vous si vous avez suffisamment remercié ces hommes.

Les Briseurs de barrages canadiens

  • Sergent James L. Arthur de Coldwater (Ontario). Viseur de lance-bombes du sous-lieutenant d’aviation Burpee. Tué.
  • Sergent de section Joseph G. Brady de Ponoka (Alberta). Mitrailleur arrière du sous-lieutenant d’aviation Burpee. Tué.
  • Sergent Charles Brennan de Calgary (Alberta). Mécanicien de bord du capitaine d’aviation Hopgood. Tué.
  • Sergent de section Ken Brown de Moose Jaw (Saskatchewan). Pilote. A survécu au raid et à la guerre. A été décoré de la Médaille pour actes insignes de bravoure.
  • Sous-lieutenant d’aviation Lewis J. Burpee d’Ottawa (Ontario). Pilote. Tué.
  • Sergent Vernon W. Byers de Star City (Saskatchewan). Pilote. Tué.
  • Sergent Alden Preston Cottam de Jasper (Alberta). Radiotélégraphiste à terre du commandant d’aviation Maudsley. Tué.
  • Sergent de section George A. Deering de Toronto (Ontario). Mitrailleur avant du lieutenant-colonel d’aviation Gibson. A survécu au raid, mais a été tué au combat le 16 septembre 1943. A été décoré de la Croix du service distingué dans l’Aviation.
  • Lieutenant d’aviation Kenneth Earnshaw de Bashaw (Alberta). Navigateur du capitaine d’aviation Hopgood. Tué.
  • Sous-lieutenant d’aviation John W. Fraser de Nanaimo (Colombie-Britannique). Viseur de lance-bombes du capitaine d’aviation Hopgood. A été fait prisonnier de guerre après le raid et a survécu à la guerre.
  • Sergent Francis A. Garbas de Hamilton (Ontario). Mitrailleur avant du capitaine d’aviation Astell. Tué.
  • Sergent Abram Garshowitz de Hamilton (Ontario). Radiotélégraphiste à terre du capitaine d’aviation Astell. Tué.
  • Lieutenant d’aviation Harvey S. Glinz de Winnipeg (Manitoba). Mitrailleur avant du capitaine d’aviation Barlow. Tué.
  • Sergent Chester B. Gowrie de Tramping Lake (Saskatchewan). Radiotélégraphiste à terre du sous-lieutenant d’aviation Rice. A survécu au raid, mais a été tué au combat le 20 décembre 1943.
  • Lieutenant d’aviation Vincent S. MacCausland de Tyne Valley (Île-duPrince‑Édouard). Viseur de lance-bombes du commandant d’aviation Young. Tué.
  • Sergent de section Grant S. MacDonald de Grand Forks (Colombie‑Britannique). Mitrailleur arrière du sergent de section Ken Brown. A survécu au raid et à la guerre.
  • Sergent James McDowell de Port Arthur (Ontario). Mitrailleur arrière du sergent Byer. Tué.
  • Sergent de section Donald A. MacLean de Toronto (Ontario). Navigateur du capitaine d’aviation McCarthy. A survécu au raid et à la guerre. A été décoré de la Médaille du service distingué dans l’Aviation.
  • Sergent Stefan Oancia de Stonehenge (Saskatchewan). Viseur de lance-bombes du sergent de section Brown. A survécu au raid et à la guerre. A été décoré de la Médaille du service distingué dans l’Aviation.
  • Sergent Harry E. O’Brien de Régina (Saskatchewan). Mitrailleur arrière du capitaine d’aviation Knight. A survécu au raid et à la guerre.
  • Sergent Percy E. Pigeon de Williams Lake (Colombie-Britannique). Radiotélégraphiste à terre du capitaine d’aviation Munro. A survécu au raid et à la guerre.
  • Sergent William Radcliffe de la Colombie-Britannique. Mécanicien de bord du capitaine d’aviation McCarthy. A survécu au raid et à la guerre.
  • Capitaine d’aviation David Rodger de Sault Ste. Marie (Ontario). Mitrailleur arrière du Capitaine d’aviation McCarthy. A survécu au raid et à la guerre.
  • Sergent Frederick E. Sutherland de Peace River (Alberta). Mitrailleur avant du capitaine d’aviation Knight. A survécu au raid et à la guerre, mais a été abattu le 16 septembre 1943; s’évade et retourne en Angleterre.
  • Sous-lieutenant d’aviation Torger Harlo « Terry » Taerum de Milo (Alberta). Navigateur du lieutenant-colonel d’aviation Gibson. A survécu au raid, mais a été tué au combat le 16 septembre 1943. A été décoré de la Croix du service distingué dans l’Aviation.
  • Sergent de section John W. Thrasher d’Amherstburg (Ontario). Viseur de lance-bombes du sous-lieutenant d’aviation Rice. A survécu au raid, mais a été tué au combat le 20 décembre 1943.
  • Lieutenant d’aviation Robert A. Urquhart de Moose Jaw (Saskatchewan). Navigateur du commandant d’aviation Maudsley. Tué durant le raid.
  • Lieutenant d’aviation D. Revie Walker de Blairmore (Alberta). Navigateur du capitaine d’aviation Shannon. A survécu au raid et à la guerre. Une barrette est ajoutée à sa Croix du service distingué dans l’Aviation.
  • Sergent de section Harvey Weeks. Mitrailleur arrière du capitaine d’aviation Munro. A survécu au raid et à la guerre.
  • Sous-lieutenant d’aviation Floyd A. Wile de Truro (Nouvelle-Écosse). Navigateur du capitaine d’aviation Astell. Tué.

En outre, le capitaine d’aviation Joseph Charles « Joe » McCarthy, un Américain, était un membre de l’ARC et un des pilotes durant le raid. On lui a décerné l’Ordre du service distingué. Il a survécu à la guerre, est resté dans l’ARC et a obtenu la citoyenneté canadienne par la suite.

Pour consulter la liste complète des membres de l’équipage, visitez le site Web du Bomber Command de la Royal Air Force (en anglais seulement).

Cet article a été publié à l’origine par Les Ailes d’époque du Canada en mai 2013. Traduit et reproduit avec la permission de l’auteur. Article rédigé à l’aide de dossiers du Bomber Command Museum of Canada.

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