Un exemple de courage : Alan Arnett McLeod, VC

Article de nouvelles / Le 20 juin 2017

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En 2017, l’Aviation royale canadienne souligne le centenaire du premier cours de pilotage militaire au Canada. Le Royal Flying Corps Canada a été établi à la fin janvier 1917 en Ontario pour recruter et former des Canadiens en vue de leur service dans le RFC lors de la Première Guerre mondiale.

Par le major Bill March

Alan Arnett McLeod est possiblement le diplômé le plus connu du Royal Flying Corps Canada (RFCC). Il était originaire de Stonewall, au Manitoba, et sa famille a gardé plusieurs des lettres qu’il a envoyées à la maison pendant la Première Guerre mondiale. Comme bon nombre de ses contemporains, il avait hâte de s’enrôler et de « faire son devoir » pour le roi et la patrie.

Cependant, il fallait respecter les règles. Né le 20 avril 1899, Alan McLeod se voit refuser sa première demande dans une lettre assez sèche envoyée par le quartier général du RFC à Toronto, en Ontario, le 29 mars 1917. « Si vous aviez lu les règles concernant l’inscription, vous sauriez que vous n’êtes pas admissible, parce que vous n’avez pas encore 18 ans. Dès que vous aurez atteint l’âge de dix-huit ans, veuillez m’en aviser et votre demande sera examinée de nouveau. »

Moins d’un mois plus tard, le jeune d’à peine 18 ans est à bord d’un train en route vers Toronto, où l’attend la vie d’un aviateur stagiaire.

Il arrive à Toronto tard le soir du 24 avril, et il passe le lendemain à subir une batterie de tests effectués par le Corps médical militaire canadien. Tous les candidats doivent passer ces examens, et Alan McLeod se plaint ainsi à ses parents : « Ça, alors, mais ils vous font passer un de ces examens médicaux! Vous devez voir six docteurs, chacun spécialiste de son propre domaine. Beaucoup de gars ont été refusés. Je suis content que ça n’ait pas été mon cas. »

Le jour suivant, il emménage dans sa chambre à Burwash Hall, une résidence située à l’Université de Toronto. Pendant la guerre, une bonne partie de l’université est mise à la disposition des forces armées pour l’instruction militaire et l’entraînement au vol. Le jeune Manitobain admet, dans une lettre à ses parents, qu’il n’a jamais su ce qu’était le mal du pays avant d’arriver ici, où tout le monde lui est étranger. Sa vie est d’autant plus difficile parce que « les officiers sont terribles. Ils sont tous anglais et ils sont si stricts. Ils ne disent jamais un mot gentil, du matin au soir ». Et puis, il y a la sempiternelle plainte de toutes les recrues : « les pantalons de mon uniforme sont trop petits, et on pourrait mettre deux gars comme moi dans mon manteau, facilement, tellement il est grand », raconte l’élève-officier McLeod dans le désespoir. Pas surprenant, donc, qu’il écrive à sa famille, la plupart du temps : « Ah, j’aimerais être à la maison. »

L’instruction commence sérieusement, et l’élève-officier McLeod suit des cours de télégraphie (radio) sans fil, de cartographie, de moteurs d’aviation, et de nombreux sujets que le RFC croit nécessaires aux aviateurs. Et puis il y a les exercices militaires. Des heures et des heures d’exercices militaires. McLeod ne semble pas aimer cet entraînement, affirmant qu’on le fait s’exercer sans cesse. « En ce moment même, ce soir, je peux à peine me tenir sur mes deux pieds, car ils sont si engourdis d’avoir porté ces grosses bottes militaires. Ils étaient si enflés ce matin que je n’arrivais pas à enfiler mes bottes. » 

Apparemment, la grande ville, avec tout le dur labeur, toutes les études et tous les pieds engourdis n’ont pas attiré ses faveurs; il informe solennellement ses parents que, bien que tout le monde lui ait dit que Toronto était une ville charmante, il ne le voit pas. « Je n’ai jamais vu un trou comme celui-ci de toute ma vie. C’est sale et il y a la foule, et il n’y a rien de beau… Rien n’arrive à la cheville du bon vieux Stonewall. »

Pourtant il persévère et, au début de juin, on l’avise qu’il commencera son entraînement au vol à Long Branch, un aérodrome dans la partie nord de la ville. Se préparant à partir, McLeod apprend qu’Allan Fraser, un ami de Winnipeg, au Manitoba, qui l’avait accompagné à Toronto, est mort dans un accident d’avion le 31 mai à Deseronto, en Ontario. L’instructeur d'Allan Fraser était le lieutenant Vernon Castle, danseur de salon et artiste reconnu. Selon un journal local, « l’élève-officier Fraser a été saisi de trac. Il a agrippé et tenu le volant rigidement, la machine est sortie du hangar, et a monté immédiatement dans les airs. L’avion a ensuite reculé et s’est écrasé dans le hangar. Le réservoir de carburant a explosé et mis feu au hangar. Castle a été éjecté de la machine, mais Fraser, resté dans l’avion, est mort dans le brasier. »

McLeod écrit à sa famille : « Cette nouvelle me fend le cœur. Je n’arrive pas à penser à autre chose. »

Le 4 juin, moins d’une semaine après la mort de son ami, McLeod effectue son premier vol, qui dure un total de dix minutes. Son instruction progressant, il écrit à son père : « J’ai eu un excellent vol aujourd’hui. J’ai fait la course avec un train... Je trouve ça vraiment génial, voler. C’est certainement formidable. J’adore tout simplement ça, mais c’est épuisant, alors ils ne nous surchargent pas. Nous restons couchés la majorité du temps. » Cinq jours après son premier jour de vol, il vole en solo, n’ayant à peine que deux heures et quinze minutes de pilotage à son actif.

Dix jours plus tard, il est envoyé à Borden pour y suivre une instruction avancée. Son arrivée à l’aérodrome canadien le plus imposant du RFC le surprend un peu. « Je suis arrivé au camp Borden hier. C’est un trou horrible. Pour le moment, je déteste ça, mais j’imagine que je vais m’y faire. Je me sens seul ici. C’est une masse de sable et de tentes, et le Flying Corps a quelques bâtiments, mais ils sont remplis, alors nous dormons dans des tentes sans planchers. Nous sommes dix par tente. Nous n’avons pas de commodes ou de meubles de toilette. Nous devons marcher environ un quart de mille [environ 400 mètres] jusqu’au bâtiment pour nous laver... »

De longues journées de vol entrecoupées de cours théoriques s’ensuivent. Autant que faire se peut, on envoie les élèves-officiers piloter pour qu’ils acquièrent autant d’expérience que possible, ce qui donne parfois des résultats intéressants, comme le relate l’élève-officier McLeod à sa mère le 22 juin. « Je suis allé voler vers 4 h 30 ce matin, et c’était très brumeux. Trois autres gars sont aussi montés, et nous nous sommes tous perdus. Je suis revenu au bout de 30 minutes environ, et j’ai atterri dans un champ près de l’aérodrome, et j’ai dû rouler pour revenir. Je ne voyais presque rien dans la brume. Les trois autres gars ont atterri à environ 20 milles [32 kilomètres]. L’un d’eux s’est écrasé... J’étais heureux de toucher le plancher des vaches. »

Plutôt que de partir directement à l’étranger, le nouveau sous-lieutenant McLeod reste à Borden comme instructeur. Dans une lettre à sa famille le 5 juillet, il dit : « J’ai passé tous mes examens d’instructeur. Ce n’était pas gagné d’avance. Je devais faire quatre figures en huit dans les airs à une hauteur de 3 000 pieds [environ 900 mètres] et redescendre en coupant le contact du moteur, et atterrir au centre d’un cercle... Le prochain contrôle est un examen de cross-country. Il faut piloter 100 milles [environ 160 kilomètres] et faire trois atterrissages extérieurs. Je les ai tous eus, alors je donne maintenant des ordres à de nouveaux gars. C’est tout un travail. »

Finalement, en août 1918, son occasion d’aller en Europe arrive finalement. Le 20 août, il monte à bord du SS Metagama en route vers l’Angleterre, et écrit à ses parents : « Nous sommes tous en première classe, et nous avons chacun une cabine. Elles sont plutôt petites, mais très confortables. Je crois que je vais aimer le voyage, si je n’ai pas le mal de mer. » Un peu plus d’une semaine plus tard, escorté par un destroyer anti-sous-marin pour la dernière partie du voyage, le navire accoste à Bantry Bay, en Irlande, et le sous-lieutenant McLeod arrive à terre, où il continue l’entraînement qu’il a reçu au Canada pour devenir pilote du RFC.

Quatre mois après son arrivée en Angleterre, il est envoyé en France comme pilote d’un Armstrong-Whitworth FK8, avion à deux places. Servant dans l’escadron no 2 sur le front occidental le 27 mars 1918, ce jeune aviateur reçoit la plus haute récompense du Commonwealth pour sa bravoure, dans un acte d’héroïsme qui dépasserait un scénariste d’Hollywood. Le sous-lieutenant Alan Arnett McLeod reçoit la Croix de Victoria parce qu’il a sauvé la vie d’un observateur, de même que sa propre vie, bien qu’il ait été blessé cinq fois et que son avion ait pris feu lorsqu’il a été attaqué par huit avions ennemis.

Et pourtant, en lisant sa correspondance, on comprend rapidement que le sous-lieutenant McLeod est un jeune homme ordinaire, enthousiasmé par la nouvelle aventure dans laquelle il s’embarque, mais mécontent d’être loin des visages et des endroits qui lui sont familiers. Il profite de chaque occasion pour maugréer, tout en excellant dans sa formation. Et, quand le devoir l’appelle, comme tant de jeunes hommes et de jeunes femmes dont notre pays dépend en temps de crise, il réalise un exploit incroyable.

Après avoir pris six mois pour se remettre des blessures qu’il a reçues en mars, le sous-lieutenant Alan Arnett McLeod, diplômé du Royal Flying Corps Canada et vétéran du combat, retourne à son très cher Stonewall, au Manitoba. Affaibli par son épreuve, il succombe à la grippe. Entouré de sa famille et de ses amis, il meurt le 6 novembre 1918, à l’âge de 19 ans.

Il était le plus jeune aviateur canadien à recevoir la Croix de Victoria pendant la Première Guerre mondiale.

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