L’Aviation royale canadienne réintroduit l’instruction de survie dans l’Arctique pour le personnel navigant
Alors que vous réussissez à vous sortir de l’épave de votre aéronef, le vent souffle sur un paysage glacé qui ressemble plus à la surface de la lune qu’à tout autre coin de la terre.
Le dernier bulletin météo que vous avez entendu avant de quitter la base annonçait que la température chuterait à moins 40 degrés Celsius, et qu’avec le facteur éolien le froid ressenti serait de moins 60 degrés.
Il est peu après midi, et pourtant il fait sombre, comme s’il était minuit. Dans les ténèbres, vous vous efforcez de revêtir vos vêtements d’hiver et vous cherchez parmi les quelques outils à votre disposition ce qui vous permettrait de construire une sorte d’abri où vous pourrez attendre des secours, pendant plusieurs heures, ou peut-être plusieurs jours.
Retour à l’instruction de survie en Arctique
Le scénario proposé est sinistre, mais il représente une possibilité bien nette pour chaque membre de l’Aviation royale canadienne participant à des opérations dans le Nord du Canada. Voilà pourquoi la 2e Division aérienne du Canada a réintroduit l’instruction de survie dans l’Arctique pour le personnel navigant offerte par l’École de survie et de médecine de l’air des Forces canadiennes (ESMAFC), située à la 17e Escadre, à Winnipeg (Manitoba).
Le cours est un mélange d’enseignement en salle de classe et d’exercices pratiques, la portion pratique étant offerte à Crystal City, un secteur d’entraînement des Forces canadiennes près de Resolute Bay, au Nunavut. Deux séries de cours de 10 jours ont été données du 11 au 27 janvier.
L’École de recherche et sauvetage des Forces canadiennes donne un cours semblable pour les candidats au poste de technicien en recherche et sauvetage à Crystal City depuis 1996, mais c’était la première fois que ce cours était donné au personnel navigant depuis 1995.
Les opérations dans le Nord augmentent
« Le Nord canadien est une grande priorité pour le gouvernement du Canada, et c’est pourquoi nos opérations augmentent dans cette région », a déclaré le brigadier-général Martin Galvin, commandant de la 2e Division aérienne du Canada, qui est responsable de l’instruction de l’ARC. Accompagné de l’adjudant-chef de la Division Luc Tremblay, il s’est rendu à Resolute Bay pour vérifier l’instruction qui y est donnée.
« En raison du nombre croissant d’aéronefs de l’ARC qui survolent l’Arctique, nous voulons que le personnel navigant qui participe souvent à des opérations dans cette région ait les compétences de base nécessaires pour survivre dans cet environnement », a indiqué le Bgén Galvin.
L’ARC est très active dans le Nord, où elle effectue des patrouilles aériennes de souveraineté, de reconnaissance et de surveillance, dirige des opérations de recherche et sauvetage, soutient des opérations annuelles d’entraînement et de souveraineté, et fournit des services de transport aérien et de réapprovisionnement.
Malheureusement, cette activité accrue augmente les risques d’un écrasement d’aéronef dans l’Arctique, ce qui correspond exactement au scénario de l’instruction pour lequel nous voulons préparer le personnel navigant.
Techniques de survie et utilisation de l’équipement
« Fondamentalement, notre but est de transmettre aux participants les techniques dont ils ont besoin pour survivre dans un environnement arctique pendant qu’ils attendent des secours », a déclaré le sergent Bill Clouter, technicien en recherche et sauvetage qui était l’un des instructeurs de l’ESMAFC.
Au total, 43 participants ont appris les rudiments de la survie dans l’Arctique sous la direction d’instructeurs possédant des années d’expérience comme techniciens et recherche et sauvetage et dans les armes de combat, et avec l’appui d’instructeurs inuits qui leur ont transmis des connaissances traditionnelles.
Les points à l’étude dans le cours couvrent un large éventail qui va des conseils et des trucs à la formation pratique, notamment les techniques de construction d’abris tels que les cavernes creusées dans la neige et les igloos. Les participants ont également appris à signaler leur emplacement aux chercheurs à l’aide d’équipements tels que des fusées éclairantes, mais aussi en utilisant de la neige, des roches et d’autres éléments que l’on trouve dans la nature.
L’une des choses les plus importantes que les participants auront apprises concerne l’équipement de survie qu’ils transportent dans l’aéronef et la façon de l’utiliser. Le capitaine Iain Hannam, pilote de CF-18 Hornet au sein du 409e Escadron d’appui tactique de la 4e Escadre Cold Lake (Alberta), sait que l’attirail qui se trouve dans son siège éjectable est différent de l’équipement transporté dans un CC-130 Hercules, un CH-146 Griffon ou un CP-140 Aurora.
« L’équipement du CF-18 est, dans l’ensemble, plus petit et plus limité », souligne-t-il. « Ce cours constituait une occasion de faire l’essai de cet équipement dans l’environnement où vous en auriez le plus besoin, plutôt que d’avoir à l’utiliser pour la première fois dans une réelle situation d’urgence. J’ai donc trouvé cette partie de l’entraînement très précieuse. »
Les participants ont également appris comment éviter d’avoir de la neige sur leurs vêtements (en fondant, la neige réduit la capacité d’isolation du matériel), la vitesse de travail recommandée et la façon de superposer les couches de vêtements afin d’éviter la sudation (qui cause une perte plus rapide de la chaleur du corps durant les périodes d’inactivité). Ces détails peuvent paraître mineurs, voire triviaux, mais dans un environnement aussi hostile que l’Arctique, ils peuvent être des facteurs de vie ou de mort.
Prêts pour affronter la réalité
Le plus grand défi à relever pour les participants et les instructeurs était naturellement le froid, surtout pour les stagiaires en fait, qui ont dû travailler et dormir à l’extérieur pendant une grande partie de la semaine. Entre le mercure qui se maintenait habituellement entre moins 35 et moins 40 degrés Celsius, les vents forts et la poudrerie élevée, la météo a donné aux participants une dose importante de la réalité de l’Arctique.
« C’est un cours qui est dur, bien sûr, mais en vérité la souffrance est le meilleur instructeur », a affirmé le Sgt Clouter.
« Il va sans dire que personne n’aime les aspects difficiles de cette expérience, mais c’est une partie importante de ce que nous souhaitons enseigner aux participants. Une fois qu’ils auront terminé l’entraînement, ils sauront à quoi s’attendre dans ce genre de situation, et ils seront prêts à y faire face physiquement et mentalement. »
Objectifs de formation
Les participants, dont le major Clint Mowbray, commandant du 103e Escadron de recherche et de sauvetage de la 9e Escadre Gander (Terre-Neuve) qui a suivi la première série du cours, sont du même avis que le Sgt Clouter.
« Je compare cela à la formation portant sur l’évacuation subaquatique – c’est désagréable par moments, mais une fois que vous avez fini, vous comprenez très vite que ce que vous avez appris pourrait un jour vous sauver la vie », explique le Maj Mowbray.
Le Maj Yves Soulard, commandant de l’ESMAFC, a indiqué que le but est d’entraîner jusqu’à 48 personnes par année. Idéalement, il faudrait que tout le personnel navigant reçoive ce niveau d’entraînement, mais le cours exige beaucoup de main-d’œuvre et de ressources.
« Nous ne pouvons offrir ce cours à tous les membres du personnel navigant de l’ARC, mais nous voulons entraîner les militaires dont les escadrons participent souvent à des opérations dans le Nord », a-t-il dit. « Plus il y a de personnes qui reçoivent cet entraînement, plus nous serons capables de mener des opérations dans l’Arctique; nous encourageons donc tous les membres du personnel navigant à parler avec leur superviseur et leur commandant au sujet d’une inscription future à ce cours. »





