Profil de courage – Bataille d’Angleterre : le capitaine d’aviation Forgrave Marshall « Hiram » Smith

Biographie / Le 11 septembre 2015

Par le major William March

72e Escadron, Royal Air Force

Forgrave Marshall « Hiram » Smith est né le 17 août 1913 à Edmonton, en Alberta. À l’âge de 20 ans, il se joint à une unité de milice locale et passe trois années à apprendre tout ce qu’il peut de l’Armée canadienne à son meilleur. Toutefois, il essaie également d’obtenir son brevet de pilote privé au North Alberta Aero Club, et il décide, vers la fin de 1935, de poursuivre une carrière en aviation. Il se rend alors en Angleterre et est accepté dans la Royal Air Force (RAF) pour une affectation de courte durée. Le 14 mars 1936, il se présente à la 3e École de pilotage de la RAF Grantham, Lincolnshire.

Un peu plus d’un an plus tard, le nouveau sous‑lieutenant d’aviation se joint au 1er Escadron de combat de la RAF Tangmere, Sussex (à ne pas confondre avec le 1er Escadron de l’ARC). Le séjour de Smith au sein du 1er Escadron est toutefois de courte durée, car la RAF prend rapidement de l’expansion et utilise l’escadrille B de l’Escadron pour former le noyau d’une nouvelle unité. Créé en février 1937, le 72e Escadron de chasse était basé à la RAF Church Fenton, North Yorkshire, et, à la fin mars, Smith se joint à cet escadron et développe ses compétences à bord de l’avion biplan Glouster Gladiator. En avril 1939, le 72e Escadron est rééquipé avec le nouvel avion Supermarine Spitfire. Smith est l’un des premiers Canadiens à piloter ce puissant chasseur.

Pendant les premiers mois de la guerre, Escadron mène des patrouilles défensives et de convoi, ne se retrouvant que très rarement en présence de l’ennemi. Dans le nord de l’Angleterre et en Écosse, le temps était souvent affreux; à la fin d’une longue patrouille au‑dessus des eaux, les pilotes étaient accueillis par de la pluie et de la brume. Plus d’une fois, Smith réussit à atterrir sans visibilité ou est forcé de se diriger vers un autre terrain d’aviation alors que son réservoir d’essence est presque vide. Pour les aviateurs du 72e Escadron, une rencontre avec les Allemands aurait semblé plus sécuritaire que d’affronter les conditions météorologiques de l’Angleterre.

Après avoir fait l’expérience du combat à Dunkerque, en juin 1940, le capitaine d’aviation Smith (également chef de section à cette époque) a dû repousser, pendant les mois de juin et de juillet, des attaques répétées de la Luftwaffe ayant pour cible le terrain d’aviation de l’Escadron. Menant ses activités à partir d’un petit terrain d’aviation auxiliaire afin d’éviter les bombes des Allemands, Smith remporte sa première victoire le 29 juin. À la fin d’une longue nuit dans le lieu de stationnement des avions, les membres de sa section s’apprêtent à aller prendre une tasse de thé avant d’aller se coucher pour un repos bien mérité lorsqu’ils reçoivent l’ordre de décoller d’urgence afin d’intercepter un avion solitaire non identifié. Après un vol de 40 minutes, Smith et les trois autres membres de la section jaune se rapprochent de l’avion et émettent les signaux d’identification du jour. Si l’absence de réponse appropriée n’est pas suffisante pour convaincre les pilotes des Spitfire qu’il s’agit d’un avion allemand, les tirs des tourelles ne laissent planer aucun doute. Smith s’approche de l’arrière à une distance de tir et crible de balles un bombardier Dornier 17, mais il s’éloigne après avoir été atteint par un tir défensif. Les autres membres de la section l’attaquent chacun à leur tour jusqu’à ce que le Dornier s’écrase dans la mer. On a attribué à Smith et à deux autres membres de la section la destruction d’un tiers d’un avion ennemi.

Smith se retrouve une fois de plus dans le feu de l’action le 15 août, alors que le 72e Escadron participe à la riposte de la RAF à plusieurs attaques allemandes pendant la journée. Dépêchés au courant de l’après‑midi, le 72e Escadron et deux autres escadrons croisent plus de 100 avions de la Luftwaffe, principalement des Junkers 88 et des bombardiers Heinkel 111 qui sont escortés par des chasseurs Messerschmitt Bf 110, lesquels proviennent de bases au Danemark et en Norvège. Le soleil dans le dos, Smith et les membres de son escadron plongent parmi les escortes de chasseurs allemands et attaquent les bombardiers. Sélectionnant un Heinkel 111 comme cible, Smith s’approche à 100 verges (91,5 mètres) avant de faire feu, endommageant l’un des moteurs de l’appareil qu’il abandonne dans un nuage de fumée. Se déplaçant à grande vitesse à côté du bombardier endommagé, un deuxième Heinkel apparaît devant lui; grâce à un tir rapide, ce dernier s’écrase dans la mer. Effectuant un virage serré pour retourner dans le feu de l’action, Smith fixe son regard sur le dernier avion d’une lignée de bombardiers Heinkel et l’attaque à une distance de moins de 100 verges. L’appareil se désintègre dans une détonation, ce qui force Smith à prendre des mesures d’évitement violentes pour esquiver les débris. Ce faisant, il saisit l’occasion de tirer sur un Messerschmitt qui apparaît devant lui.

À court de munitions et ne disposant que de très peu d’essence, l’escadron prend le chemin du retour, satisfait d’un travail bien fait.

Plus tard le même mois, le 72e Escadron reçoit l’ordre de se rendre dans le sud à Biggin Hill, et c’est de ce terrain d’aviation, le 31 août, que la participation de Smith à la bataille d’Angleterre prend subitement fin. Un peu plus de trois heures après leur arrivée à leurs nouvelles installations, les membres de l’escadron décollent immédiatement pour combattre des navires allemands. Sans que l’on sache comment, Smith et trois autres pilotes sont séparés du reste de l’Escadron et se retrouvent seuls dans le ciel, si l’on exclut la centaine d’avions ennemis qui se trouvent à quelques milliers de pieds au‑dessous d’eux. Les quatre aviateurs n’hésitent pas un instant et se lancent à l’attaque. Smith est immédiatement mis au défi par un Messerschmitt effectuant un face à face, ses canons et ses mitrailleuses déchaînés; le Spitfire de Smith est irrémédiablement endommagé. Un obus de canon explose près de sa tête et des éclats d’obus viennent se loger dans sa tête, son cou, ses épaules et son bras.

Son appareil en chute libre, le pilote canadien confus et couvert de sang largue la verrière du poste de pilotage et essaie de sortir de l’avion. Le souffle de l’hélice cloue Smith à l’arrière du poste de pilotage et il se retrouve moitié à l’intérieur moitié à l’extérieur du Spitfire. Plus tard, Smith a déclaré que tous les efforts ayant été déployés en vain et après avoir vécu la gamme complète d’émotions – l’urgence, la frustration, la consternation, la peur, la panique et la supplication – il lui est apparu évident qu’étant donné la vitesse à laquelle il se rapprochait du sol, ce n’était qu’une question de temps avant qu’il s’écrase. Il est donc devenu complètement calme et résigné devant sa mort imminente.

Puis soudainement, et étonnamment, il parvient à se libérer de l’avion. Il tire donc avec empressement sur le câble d’ouverture de son parachute et il descend progressivement avant d’effectuer un atterrissage brutal, mais satisfaisant. Après avoir convaincu un membre de la Garde territoriale qu’il était en effet un aviateur « anglais » et qu’on ne devait pas le tirer; il est transporté à un poste d’évacuation sanitaire.

 Smith a survécu à ses blessures, mais il a dû attendre trois mois et demi avant de pouvoir piloter de nouveau un avion. Il a ensuite commandé des escadrons au Moyen‑Orient et en Extrême‑Orient. Il a été promu lieutenant‑colonel d’aviation et a reçu une Croix du service distingué dans l’Aviation. Il a pris sa retraite de la RAF en octobre 1957 à ce grade et il est allé travailler pour la compagnie British Petroleum. Le lieutenant‑colonel d’aviation Smith (à la retraite) est mort de causes naturelles en 1994.

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