Profil de courage – Bataille d’Angleterre : le sous lieutenant d’aviation Kirkpatrick MacLure Sclanders

Biographie / Le 28 août 2015

Par le major Bill March

Le 242e Escadron « canadien » de la Royal Air Force

Kirkpatrick MacLure « Pat » Sclanders naît à Saskatoon, en Saskatchewan, en 1916, mais peu après sa naissance, sa famille déménage à Saint John, au Nouveau‑Brunswick.

Il semble que ce jeune Néo‑Brunswickois a toujours nourri une passion pour l’aviation. À dix ans, il gagne un concours parrainé par le magazine Flying Aces, une publication américaine, en trouvant le plus grand nombre d’erreurs dans la description technique d’un aéronef. Le prix décerné, un casque en cuir et une paire de lunettes d’aviateur, arrive à point nommé pour son vol en solo effectué à l’âge de 15 ans, au Saint John Flying Club, situé à l’aéroport de Millidgeville, après avoir suivi seulement cinq heures et quarante minutes d’instructions de vol en double commande. Il avait payé ses leçons de vol en travaillant dans les bureaux de Pan American à l’aéroport et à titre de correspondant de Saint John pour Aero Digest, publié à New York. L’écriture est également une de ses passions. Après avoir obtenu son diplôme du Saint John High School, en 1932, il trouve un emploi au journal local Evening Times-Globe.

Toute la vie de Sclanders tourne autour de l’aviation. Son seul regret est de ne pas pouvoir se laisser pousser une moustache digne d’un vrai aviateur. À l’âge de 17 ans, il traverse l’Atlantique à bord d’un transporteur de bétail pour se rendre en Angleterre. Il perd tous ses effets personnels à la suite d’une mésaventure au cours du voyage, mais il arrive sain et sauf et est accepté dans la Royal Air Force (RAF) en septembre 1935. Après une formation à la 3e École de pilotage de la RAF de Grantham, dans le Lincolnshire, il est affecté au 25e Escadron (de chasse) de la RAF, à Hawkinge, dans le comté de Kent.

Puis le destin frappe, sous la forme de graves maux d’estomac : Sclanders échoue à son évaluation médicale. Dans une lettre envoyée à un ami en 1937, il indique : « Je quitterai le service le 1er août. Toutefois, n’en déduis pas trop rapidement que j’ai été expulsé pour avoir abusé de l’alcool et volé l’avion du commandant, ou quelque chose du genre. Je pars en raison d’un mauvais état de santé – j’ai été malade cet hiver… et Dieu merci, je recevrai suffisamment d’argent à titre d’allocation de départ pour me permettre de manger pendant quelque temps. » Même avec ces mauvaises nouvelles, le jeune Canadien était déterminé : « Malgré les déclarations inquiétantes des experts médicaux de l’Air Ministry, j’ai bon espoir de piloter à nouveau très bientôt. »

Libéré de la RAF et de retour au Canada, Sclanders ne peut s’enrôler dans l’Aviation royale canadienne en raison de son état de santé. Élargissant ses horizons, il envisage d’aller en Chine pour combattre les Japonais, mais en 1939, Sclanders apprend que l’Armée de l’air finlandaise accepte des volontaires pour aider ses pilotes à repousser les forces de l’Union soviétique. Il est accepté par les Finlandais, mais la guerre d’Hiver (novembre 1939 – mars 1940) se termine avant son départ du Canada. À ce moment‑là, cependant, la France recherche des pilotes. Sclanders modifie donc ses plans pour se rendre à Paris. Il y arrive au plus fort de la bataille de France et devient rapidement un réfugié à Londres. Il fait une autre demande à la RAF, qui manque cruellement de pilotes et qui est disposée à se montrer plus conciliante avec ses exigences médicales de temps de paix.

Le sous‑lieutenant d’aviation Sclanders de la RAF (pour la deuxième fois) suit un entraînement accéléré et arrive à la 6e Unité d’entraînement opérationnel de la RAF, à Sutton Bridge, le 2 août 1940, afin d’obtenir une formation préalable sur les avions de chasse Hurricane. Un peu plus de trois semaines plus tard, il intègre le 242e Escadron (canadien) de la RAF, à Coltishall, Norfolk. L’escadron, sous la direction du commandant d’aviation Douglas Bader, et un peu moins « canadien » en raison de l’afflux de pilotes de la RAF compensant les pertes, se trouve en plein cœur du combat aérien au‑dessus de l’Angleterre.

Le 30 août, l’escadron effectue temporairement ses manœuvres à partir du terrain d’aviation de Duxbord, dans le Cambridgeshire, et se trouve à combattre la Luftwaffe toute la journée. Le sous‑lieutenant d’aviation Sclanders participe à un intense combat aérien en fin d’après‑midi. En rentrant à la tombée de la nuit, l’une de ses ailes accroche un appareil Hurricane stationné, ce qui fait culbuter son aéronef sur le nez. À l’arrêt subit de son appareil, Sclanders se retrouve plaqué contre son viseur. Ébranlé, couvert d’ecchymoses et plutôt embarrassé par son atterrissage maladroit, il n’a pas fière mine lorsqu’il rencontre son commandant d’escadron dans le mess des officiers ce soir‑là.

Bader est ravi des 12 victoires de l’unité et des félicitations que lui a adressées le chef d’état‑major de la Force aérienne, louangeant le « combat admirable » livré par l’escadron, qui avait, selon lui, dominé l’ennemi et démontré son bon usage des grandes traditions héritées de la dernière guerre. Ainsi, lorsque Sclanders vient s’excuser auprès de Bader d’avoir « abîmé » son appareil Hurricane, Bader minimise l’affaire, lui donne une tape dans le dos et lui dit en souriant : « Et bien, nous avons plusieurs autres Hurricanes. Nous en aurons un autre demain, mais je doute que cet œil ne guérisse avant une semaine. »

Le sous‑lieutenant d’aviation Sclanders vécut tout juste assez longtemps pour voir ses ecchymoses guérir. Dix jours plus tard, au début de la soirée du 9 septembre 1940, le 242e Escadron (canadien) aide la RAF à repousser l’attaque menée par 120 aéronefs des forces allemandes dans le ciel de Londres. Pris en chasse par deux avions de combat allemands, l’appareil Hurricane de Sclanders est gravement endommagé. En flammes et produisant une épaisse fumée noire, l’aéronef de Sclanders s’écrase près de Marden Park Farm, dans le sud‑est de l’Angleterre.

Le Canadien de 24 ans, qui arborait une magnifique moustache d’aviateur, fut enterré au cimetière St. Luke, à Whyteleafe, dans le comté de Surrey. 

Avec des dossiers du Mémorial de la bataille d’Angleterre à Londres

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