Profil de service : Llewellyn William Lloyd – technicien en météorologie

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Biographie / Le 13 septembre 2013

Par Dominique Boily

Des attelages de chiens de traîneau, des bâtiments de type Quonset, des icebergs et le Newfy Bullet… 

Voilà certaines des choses que Llewellyn William (Bill) Lloyd a appris à bien connaître durant son affectation à Cape Bauld (Terre‑Neuve) à titre de caporal de l’Aviation royale canadienne responsable de la station météorologique et de technicien en météorologie chargé de soutenir les efforts de guerre durant la Seconde Guerre mondiale.

L’importance des prévisions météorologiques en temps de guerre est souvent sous‑estimée. Son importance est telle que le gouvernement canadien a promulgué un décret en novembre 1941 interdisant aux propriétaires de journaux de publier tout article sur la météo. Même les Allemands avaient installé une station météorologique à l’extrémité nord du Labrador pour mesurer la température, la pression atmosphérique ainsi que la vitesse et la direction du vent dans l’Atlantique Nord.

Situé sur l’île Quirpon à l’extrémité nord de Terre‑Neuve, soit à 20 miles au sud de Belle Isle et à 40 miles au nord de St. Anthony, Cape Bauld semblait l’endroit le plus désolé qui soit. Pendant les quelque 18 longs mois qu’il a passés à la station, Lloyd a eu la chance de compter parmi les employés de l’ARC affectés au Détachement no 30 à l’étranger (« à l’étranger » parce que Terre‑Neuvre était encore une colonie britannique en 1943). 

Les bulletins météorologiques émis par la station de Cape Bauld étaient cryptés au cas où ils seraient interceptés par l’ennemi puis envoyés à Gander (Terre‑Neuve), et ce, toutes les heures, 365 jours par année. À Gander, les bulletins étaient décodés et diffusés sur le réseau nord‑américain d’information météorologique et communiqués dans le monde entier, sauf en territoires ennemis.

L’information devait être traitée pour aider les navires et les avions de patrouille, dont la tâche consistait à détecter les sous‑marins et les autres embarcations et aéronefs ennemis, ainsi que pour escorter à l’extérieur d’Halifax les convois qui se dirigeaient vers l’Europe pour réapprovisionner les alliés durant la guerre.   

« Il y avait une grande base à Yarmouth et une autre à Saint John. Leurs escadrons se rendaient en mer pour détecter les sous‑marins… un certain nombre d’entre eux réussissaient à passer. J’étais indirectement lié à eux parce que je fournissais les renseignements météorologiques dont les membres de leur équipage avaient besoin pour se rendre en mer et pour s’acquitter de leur mission de surveillance, de patrouille et d’escorte des convois à l’extérieur d’Halifax.

« Ils utilisaient [l’avion amphibie PBY-5A Canso qui] pouvait se poser sur terre ou en mer. L’appareil servait à effectuer les patrouilles au‑dessus de l’océan. Au fil des mois, l’avion a pu rester en vol plus longtemps, soit jusqu’à 12 heures d’affilée, et se rendre plus loin en mer avant de faire demi‑tour. Nous devions donc fournir des renseignements météorologiques à l’ensemble de l’équipage », a‑t‑il expliqué.

Lorsque les employés sont arrivés sur les lieux, leur première tâche a consisté à démanteler la station météorologique de Canada Bay pour la réinstaller à Cape Bauld afin d’établir un nouveau poste d’observation météorologique devant être relié aux installations de relais radars et sans fil qui s’y trouvaient déjà.

Les installations et l’équipement comprenaient une centrale électrique au diesel et les bâtiments abritant les émetteurs sans fil, ainsi qu’un abri radar équipé d’un transmetteur/receveur en hauteur. Une fois de retour sur les lieux, on a fourni aux employés les provisions dont ils avaient besoin pour un an, ainsi que de nombreux matériaux pour la construction des casernes.

Les installations étaient rudimentaires, car l’environnement rendait le travail extrêmement ardu. Le sol étant constitué de blocs rocheux, il était difficile d’ancrer l’équipement extérieur comme l’abri Stevenson (un bâtiment servant à protéger les instruments météorologiques des intempéries tout en permettant à l’air de circuler librement autour des instruments) et le mât de mesure.  

Dans l’ensemble, la vie à Cape Bauld était triste et solitaire. Les employés avaient bien peu de choses à faire à part s’acquitter de leurs tâches quotidiennes, qui étaient importantes en soi, et veiller à ce que les avions comme le Canso puissent voler en toute sécurité quelles que soient les conditions météorologiques tout en effectuant leurs missions de patrouille et d’escorte dans l’océan Atlantique.

Les principales distractions des employés étaient le courrier et les provisions qu’ils recevaient chaque mois, les darnes de saumon frais qu’ils se procuraient discrètement auprès d’un couple de résidents sympathique – et qui agrémentaient leurs rations quotidiennes de pommes de terre et d’œufs en poudre –, ainsi que les sports improvisés, les soirées de chansons et l’observation occasionnelle d’icebergs.    

À certains moments, la guerre semblait très proche et très réelle. À une occasion en particulier, les employés de l’ARC ont été informés de la présence possible d’un sous‑marin ennemi se dirigeant tout droit vers leur côte. Les employés sont restés éveillés toute la nuit, effectuant des quarts de patrouille, pour se rendre compte au matin, à leur grand soulagement, que le danger ne provenait que d’un iceberg dérivant dans leur direction.   

Lloyd n’a appris que récemment que des charges de dynamite avaient été posées sous l’abri radio et les installations radars. Si un sous‑marin ennemi avait accosté, ces charges auraient explosé.

La météo elle‑même, bien sûr, occupe une place centrale dans les récits du Cpl Lloyd. Au cours de l’hiver, un blizzard a soufflé si violemment sur la station météorologique qu’il a dû cesser ses opérations et se réfugier dans l’une des pièces intérieures, la neige et le vent ayant brisé les fenêtres.

Après son séjour à Cape Bauld, le Cpl Lloyd a été affecté à la Station de l’ARC Pennfield Ridge, une base d’instruction pour les pilotes située près de Saint John, au Nouveau‑Brunswick.

Pendant le reste de sa carrière militaire, à Yarmouth (Nouvelle‑Écosse) où il était affecté, le travail du Cpl Lloyd a consisté à représenter graphiquement des données météorologiques de façon à établir une carte synoptique (une carte faisant état des systèmes météorologiques) du continent nord‑américain –, et ce, toutes les six heures. Il a été libéré pour raisons médicales en 1945.

« Mon travail m’a rendu heureux. Je n’ai aucun regret. J’ai travaillé pendant 20 ans comme instructeur à Halifax (Winnipeg), où j’ai enseigné à des observateurs météorologiques, à des opérateurs radio et à des contrôleurs aériens. »

Le Cpl Lloyd a épousé une fille de Yarmouth, Jennie Rogers. Ils ont été mariés pendant 47 ans et ont eu quatre enfants, neuf petits‑enfants et quinze arrière‑petits‑enfants. 

 « Je crois que certaines personnes ne se rendent pas compte que la guerre et le service sont réels », a indiqué le Cpl Lloyd en soulignant l’importance de commémorer des événements comme la bataille d’Angleterre. « Je suis toujours fier lorsque je vois des cadets vendre des coquelicots ou des épinglettes dans la rue. »

L’une des personnes qu’il admire le plus est le capitaine d’aviation David Hornell, de Mimico (Ontario). [Traduction] « Il faisait partie du 162e Escadron à Yarmouth. [Le 24 juin 1944, lors d’une patrouille près de l’Islande] lui et son équipage ont coulé un sous‑marin, mais celui‑ci avait mis le feu à leur avion. L’un de leurs canots pneumatiques a explosé et ils ne disposaient plus que d’un radeau à cinq places pour sept hommes. Ils ont dû se relayer à bord de l’embarcation dans les eaux glacées de l’Atlantique Nord. Le capitaine d’aviation est mort d’hypothermie parce qu’il voulait que ses hommes passent moins de temps dans l’eau que lui. »

Le capitaine d’aviation Hornell a reçu la Croix de Victoria à titre posthume. Cette décoration est décernée pour bravoure face à l’ennemi.

 « Je le connaissais, car je lui avais communiqué des renseignements météorologiques. Il est mon héros. »

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