La Force aérienne et le maintien de la paix

Par le major Mathias Joost

Quand ils pensent au maintien de la paix, la plupart des Canadiens imaginent des soldats portant un béret ou un casque bleu. Cependant, l’Aviation royale canadienne (ARC) participe depuis longtemps aux missions de paix des Nations unies (ONU) et d’autres organismes internationaux en fournissant un soutien direct ou du personnel. Cette tradition remonte à certaines des premières opérations de l’ONU et se poursuit aujourd’hui; dans certains cas, l’ARC a apporté la seule contribution canadienne.

Ces efforts de maintien de la paix n’ont pas seulement servi à soutenir l’ONU. Le Canada et l’ARC ont appuyé des accords de paix négociés par d’autres organismes. La Force aérienne a participé à la plus longue de ces missions, soit celle de la Force multinationale et Observateurs dans le Sinaï, par suite de la conclusion des Accords de Camp David. Les interventions du Canada ont compris non seulement des missions classiques de maintien de la paix, au cours desquelles des soldats s’interposent entre deux belligérants, mais aussi des opérations de soutien de la paix, où des observateurs doivent surveiller un cessez-le-feu ou l’application d’un accord de paix.

Le travail que la Force aérienne accomplit au chapitre du maintien de la paix s’inscrit dans trois grandes catégories : le transport aérien et le ravitaillement, le déploiement d’unités aériennes dûment formées, et le déploiement de personnel. Dans toutes les missions auxquelles le Canada a affecté des unités complètes, la Force aérienne a assuré le ravitaillement et même transporté les soldats jusqu’au théâtre d’opérations. La première mission à laquelle l’ARC a participé s’est déroulée dans le cadre de la Commission des Nations unies pour la Corée, en 1950, quand le Canada a envoyé deux officiers dans ce pays, dont un observateur de la Force aérienne. Pendant la Commission internationale de surveillance et de contrôle – Vietnam (de 1954 à 1973), le personnel de l’ARC s’est servi de son expertise afin d’évaluer les violations éventuelles de l’accord de cessez-le-feu au moyen d’avions. Au moment du lancement de la première véritable mission de maintien de la paix, soit la Force d’urgence des Nations Unies (FUNU), en 1956, l’ARC a amorcé la tradition consistant à fournir des unités complètes. Par la suite, on a formé les unités expressément en fonction des missions à accomplir, bien que des escadrons précis aient fourni le personnel et les aéronefs nécessaires.

Ayant participé à plus de 100 missions de maintien de la paix, les Forces armées canadiennes ont acquis une réputation enviable fondée sur l’excellence. L’ARC peut être fière de sa contribution à cette réputation, car elle s’est trouvée à l’avant-garde d’un certain nombre d’opérations. Par exemple, en Nouvelle-Guinée occidentale, en 1962-1963, et au Yémen, en 1963-1964, l’ARC a apporté la seule contribution canadienne. Le Contingent canadien de la Force multinationale et Observateurs, en 1986, a constitué exclusivement une opération de la Force aérienne, ainsi que la première opération des Nations Unies à Haïti (opération Pivot), en 1995-1996.

L’ONU a vite constaté les capacités de l’ARC et, dans plusieurs cas, elle en a demandé le soutien au Canada. Au Congo, de 1960 à 1964, l’ARC a dirigé toute la force aérienne de l’ONU, qui comprenait 13 types d’aéronefs et des équipages de 11 nationalités. La Force aérienne continue de fournir seule les services de transport aérien nécessaires à de nombreuses opérations de l’ONU, dont l’opération Halo, à Haïti, en 2004.

Tous les secteurs opérationnels ont pris part aux missions de maintien et de rétablissement de la paix. À l’origine, la majorité des militaires de l’ARC et de la Force aérienne qui participaient aux mesures globales de maintien de la paix faisaient partie du Commandement du transport aérien. Dans les opérations menées par la FUNU et celles que l’ONU a effectuées au Congo, au Yémen et en Nouvelle-Guinée occidentale, c’était d’habitude de services de transport aérien que l’ONU avait besoin, comme c’est encore souvent le cas de nos jours. Toutefois, le Commandement du transport aérien et, plus tard, le Groupe du transport aérien ont également acheminé des ravitaillements aux contingents canadiens à l’étranger.

En plus du travail accompli par les unités de transport aérien, il faut mentionner celui des hélicoptères. Des hélicoptères de divers modèles ont servi dans le Sinaï, en Amérique centrale, à Haïti et en Somalie. Par ailleurs, le personnel des unités aéromaritimes a apporté d’importantes contributions, soit à bord d’hélicoptères affectés à des navires, soit à l’aide d’aéronefs basés à terre. Par exemple, dans le cadre des opérations de l’ONU dans les Balkans, des CH-124 Sea King ont inspecté des navires marchands et des appareils Aurora ont décollé de la base aéronavale de Sigonella, en Sicile. Des unités aéromaritimes ont également mené des missions de paix en Somalie et au Timor oriental.

Même des avions de chasse et leurs équipages ont pris part aux opérations de maintien de la paix, notamment dans l’ancienne Yougoslavie. Des Canadiens ont volé à bord d’avions AWACS de l’OTAN et de la United States Air Force, en plus de travailler dans toute l’Europe et au Moyen-Orient pour soutenir des opérations de paix.

Ces opérations ont toutefois entraîné des pertes. La pire est survenue le 9 août 1974, quand des missiles syriens ont détruit un CC-115 Buffalo, tuant les neuf personnes à bord, dont cinq militaires de la Force aérienne. Des aéronefs ont aussi été pris à partie : en effet, des CC-130 Hercules ont été la cible de tirs en arrivant à Sarajevo, ou ont essuyé des tirs de mortier à Kigali, au Rwanda. Le Groupe d’observateurs militaires des Nations Unies pour l’Inde et le Pakistan a perdu deux avions : la Force aérienne pakistanaise a abattu un Caribou pendant la guerre de 1965, et la Force aérienne de l’Inde, un Twin Otter, pendant la guerre de 1971.

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